‹ 300 pages, mélanges philosophiquesChapitre 14 sur 21 · EX FAVEUR DE QUELQUES HONNETES FEMMES · texte numérisé non relu

EX FAVEUR DE QUELQUES HONNETES FEMMES

On racontait dernièrement dans les journaux, — qu'à une petite distance de Paris, un conducteur d'un chemin de fer avait entendu des cris qui sortaient d'un wagon, Ces cris étaient poussés par une jeune fille qui se défendait contre les insultes d'un homme qui se trouvait seul avec elle dans ce wagon. C'est un grave inconvénient qui doit arriver plus souvent qu'on ne le sait, parce que ces insultes peuvent n'être portées qu'à des moindres degrés, et ensuite parce que la réserve des femmes peut avoir eu assez à souffrir du fait pour ne pas se résigner à souffrir encore du récit. Ajoutons que c'est par hasard que le conducteur a entendu les cris •—

qu'il y a des personnes que la terreur peut empêcher de crier; —et enfin qu'il dépend de l'agresseur d'élouffer les cris de sa victime, et tout le monde sera d'accord avec moi qu'il faut trouver un moyen de parer à ce genre de dangers.

Ce moyen est tout trouvé.

Sur quelques lignes de chemin de fer, on réserve un compartiment pour les femmes qui voyagent seules, et qui croient prudent et convenable de ne se trouver qu'avec des personnes de leur sexe.

Mais...

Pourquoi cette mesure, qui ne coûte absolument rien aux administrations, que le danger de conserver quelques places vides, n'est-elle pas universellement adoptée?

Mais...

Je crois que cette mesure, là même où elle est adoptée, n'est prise qu'en faveur des personnes qui ont des billets de première classe. — Si ma mémoire me trompe, j'accueillerai avec empressement une rectification appuyée de preuves.

Outre ce qu'il y aurait d'odieux avoir des femmes n avoir pas le moyen d'être respectées, il est facile de reconnaître que ce sont précisément les moins riches qui ont le plus besoin d'être protégées sous

ce rapport Une femme du monde, —je parle de celles qui ont de bonnes manières, de la réserve et de la tenue, — une femme du monde, une dame, en imposera beaucoup plus qu'une autre femme aux insolents. Je constate là un des côtés de la lâcheté humaine.— De plus, dans les voitures de première classe, elle sera exposée à trouver tout autant de vice, mais elle peut compter y trouver de meilleures manières. On ne sait pas jusqu'où va la timidité d'un homme bien élevé, à l'égard des femmes.

Si l'on veut prendre en considération qu'un convoi de chemin de fer n'est pas une voiture comme une autre, — que les conducteurs sont placés fort loin de certains wagons, — que les roues et la machine font un grand bruit, surtout sous les voûtes, je ne sais trop quelle objection on trouvera à demander avec moi qu'il soit, à l'exemple de certaines lignes, réservé dans chaque convoi un compartiment pour les femmes seules qui demanderaient à y être admises, et que cette mesure s'applique aux voitures de toutes les classes.

Si l'on trouve une meilleure garantie, je suis prêt à y donner mon approbation.

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