QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA TAILLE DU POIRIER
Le poirier sur franc et à plein vent ne demande à être taillé, ou plutôt dirigé, que pendant les premières années qui suivent la plantation. L'essentiel est de lui former une tête bien arrondie sur trois ou quatre branches principales, de faire en sorte que la sève se répartisse avec assez d'égalité dans ces branches de charpente pour qu’elles se maintiennent toujours à peu près de même force, d’évider parfaitement l’intérieur. Une fois ces trois points obtenus, l’arbre n’a plus besoin de direction, il suffit de le tenir émondé, d'enlever le bois mort et les branches gourmandes, qui, par la suite, pourraient faire confusion. Aussi l'arbre plein-vent n’est-il pas, à proprement parler, considéré comme soumis à la taille, tandis qu’elle est régulière et rigoureuse pour toutes les autres formes. Je n’ai pas l'intention de parler de toutes celles auxquelles on peut assujettir le poirier, je dirai seulement que celle que je préfère est la palmette simple, soit au mur pour espalier, soit en plein air pour contre-espalier ; la palmette est la forme qui permet de donner le plus d’air et de soleil aux fruits et qui par contre procure les plus beaux et les plus savoureux. C’est en même temps une forme facile à diriger et flatteuse à l'œil. Je ferai à ce propos observer qu'un des défauts les plus habituels dans la taille du poirier, quelle que soit d’ailleurs la forme adoptée, est de laisser trop de bois et d’intercepter ainsi l'air et la lumière, si nécessaires à la perfection des fruits. Peu de jardiniers ont le courage de faire tous les retranchements nécessaires : c’est surtout dans la pyramide que ce (léfaut se rencontre le plus habituellement. Il ne faut jamais perdre de vue que chaque branche latérale doit être simple et qu'elles doivent être distancées de 48 à 25 cent. les unes des autres. Elles doivent être parfaitement garnies de productions fruitières dans toute leur longueur ; mais ces productions fruitières doivent être tenues le plus court possible et le plus contre bois que faire se pourra.
Lorsque je parle de trop de bois, j'entends surtout une trop grande quantité de branches latérales ou de charpente. En un mot, quelle que soit la forme adoptée, il faut que l'air et la lumière puissent circuler librement dans l’intérieur de l'arbre.
En fait de taille proprement dite, il n’y a pas de principes absolus. Ce serait une grave erreur de vouloir soumettre tous les arbres et toutes les variétés de poiriers à une taille uniforme ; elle doit varier et se modifier suivant l’âge et la vigueur des arbres, suivant leur degré de fertilité, suivant le sujet sur lequel ils sont greffés. Chaque variété comporte, pour ainsi dire, des modifications qui lui sont propres : les unes veulent être taïilées plus court, les autres plus long ; celles-ci exigent un pincement rigoureux et souvent répété, sur celle-là au contraire, il doit être très-modéré et n'avoir lieu qu'au printemps. Il est des espèces dont tous les yeux se développent, il en est d’autres dont les veux inférieurs s’annulent ou qui en sont dénudés jusqu’à une certaine distance de leur empatement; telle variété porte son fruit contre bois, telle autre ne fructifie qu’à l'extrémité des dards ou des brindilles. C’est au jardinier intelligent à étudier ses arbres pour donner à chaque variété la taille la plus appropriée à son mode de végétation.