‹ 40 poires pour les dix mois de juillet à maiChapitre 20 sur 32 · DU POIRIER EN FUSEAUX, EN CORDONS OBLIQUES ET EN CORDONS HORIZONTAUX · texte numérisé non relu

DU POIRIER EN FUSEAUX, EN CORDONS OBLIQUES ET EN CORDONS HORIZONTAUX

Ces formes, qui datent de peu d’années, étaient trop nouvelles et trop peu éprouvées, lorsque M. Hardy publia son traité ; aussi n’en parle-t-il pas. Je dois dire aussi que M. Hardy est un peu le classique du genre et que peut-être a-t-il dédaigné ces formes romantiques. Toujours est-il que les nouvelles venues ont conquis droit de cité ; qu'elles se sont promptement répandues et qu’elles présentent , dans certains cas, des avantages réels. J’entrerai donc dans quelques détails à leur sujet.

Le fuseau n’a pas de branches de charpente ; il consiste en une seule tige, qu'il s’agit de garnir de productions fruitières de la base au sommet.

Dès le principe, deux méthodes différentes ont été prônées pour atteindre ce résultat : l’une qui consiste à maintenir le fuseau le plus étroit possible et à traiter la tige même de l'arbre, comme l’est un simple membre dans les grandes formes, de telle sorte, qu’elle ne soit garnie que de lambourdes et de dards très-courts et que les boutons à fleurs soient toujours le plus près possible de la tige.

L'autre, au contraire, qui accorde au fuseau un peu plus de largeur, qui admet des rameaux courts, des brindilles et des dards portant les boutons à fruits et ayant de 20 à 95 cent. de longueur.

Dans les deux cas, il faut chaque année, à la taille du printemps, allonger beaucoup la flèche; généralement on coupe de la moitié aux deux tiers le jet de l’année, mais là s'arrête l’analogie, la taille ensuite est différente.

Pour les fuseaux qu'il s’agit de maintenir très-étroits, il ne faut laisser intacts que les dards très-courts et garnis à leur extrémité d’un bouton à fruits. Les dards trop lonss et les brindilles doivent être raccourcis sur l’œil le plus près de la base et les rameaux taillés sur leur empatement même ; lorsque les sousyeux se développeront, ils doivent être rigoureusement pineés, et dans le courant de l'été on taillera en vert tout ce qui tendrait à dépasser les limites assignées au fuseau. Dans les fuseaux plus larges, au contraire, les dards seront tous laissés intacts, les brindilles taillés moins courtes, et les rameaux, au lieu d’être entièrement retranchés, seront coupés à peu de distance de leur empatement sur un de leurs veux les plus faibles et de préférence sur des yeux de dessous ; le pincement sera moins rigoureux et lorsqu'on risquera de faire partir à bois des boutons à fruits, on laissera l’œil de prolongement se développer, sauf à le pincer plus tard, ou à le casser à demi dans le courant du mois d’août pour que le rameau ne prenne pas trop de force et pour favoriser la formation des boutons à fruits.

Voyons maintenant les avantages et les inconvénients des deux méthodes :

Il est évident que le fuseau étroit est d’une formation pius facile et qu’une fois que l’on aura réduit en lambourdes et en bourses tous les yeux qui primitivement étaient destinés à former des rameaux latéraux, la direction sera des plus simples. Il est également vrai que l’arbre, continuellement fatigué et privé de presque tous ses organes respiratoires, acquerra moins de développement et tendra moins à prendre une élévation exagérée, ce qui est un des inconvénients de la forme en fuseau ; mais il est incontestable aussi que des arbres ainsi torturés ne seront pas de longue durée et que leur existence sera abrégée d’autant.

Le fuseau plus large sera plus difficile à diriger, par ce seul fait, que les rameaux latéraux tendront souvent à s'emporter; il faudra, les premières années surtout, une survellance continuelle pour parer à cet inconvénient ; d'un autre côté, 1lest un fait de physiologie végétale certain, à savoir : que tout arbre aspire par ses feuilles comme par ses racines, d’où il est facile de conclure que le fuseau un peu large prendra plus de développement et s'élévera davantage que celui qui sera maintenu très-étroit. Un de nos plus habiles confrères prétend qu'avec de telles formes il faudra se munir d’abord de l'échelle de Jacob et d'un jardinier acrobate. Malgré cette spirituelle critique, j'avoue ma préférence pour les fuseaux de 20 à %5 cent. de largeur de chaque côté, ce qui fait une largeur totale de 40 à 50 cent. Voyons d'abord les avantages de ce mode; nous tâcherons après de parer à ces inconvénients. Comme je l’ai déjà dit, l'arbre, moins mulilé, sera plus vigoureux par cela même que vous lui laissez plus d'organes, et par contre il sera d’une plus longue durée. Il donnera aussi une bien plus grande quantité de fruits, puisqu'il offrira plus de développement et qu'il sera garni de la base au sommet de brindilles et de légers rameaux munis de boutons à fruits ; ceci est mathématique.

Quel moyen, maintenant, employer pour éviter une élévation exagérée?

Mon habile confrère nous l'indique lui-même, je transcris: « Si l’on conduit toute une ligne d'arbres sous cette forme élémentaire, on peut, dès que la tige s’est élevée d’un mètre et cinquante centimètres, la faire se bifurquer, et courber plus tard en sens opposé chacune des deux branches ainsi obtenues, vers la tige voisine également bifurquée. On forme de cette manière, sur toute la ligne, des portiques dont le sommet ne dépasse pas deux mètres de hauteur. Cette disposition est élégante; elle permet la libre circulation du jardinier et laisse à la poriée de sa main toutes les parties de larbre. »

Je sais que dans l'esprit de l’auteur ces indications sont données pour les fuseaux étroits ; mais elles peuvent parfaitement s’appliquer à ceux que l’on maintient un peu plus larges. J’ajouterai que les fuseaux seront plantés à deux mèétres de distance dans la ligne ; que lorsque les tiges bifurquées se joindront, on les greffera en approche ; que si l'arbre tend encore à s'emporter, on laissera partir sur le point de jonction une nouvelle tige qui sera arrêtée à 40 centimètres pour la bifurquer de nouveau et former, en sens inverse, un nouveau porlique qui, cette fois, exigera l'emploi de l'échelle; mais au moins nous n’aurons plus besoin de celle de Jacob.

Il faut maintenant empêcher les branches latérales de prendre trop de développement et de force, et les maintenir dans un état de faiblesse relative qui empêche les yeux dont elles sont garnies de s’emporter à bois, et les forcent à se développer en boutons à fruits; non-seulement pour atteindre ce résultat il n’y a pas de difficultés insurmontables, mais je n’en vois pas même de sérieuses ; la seule chose nécessaire est une surveillance très-active, surtout les premières années.

En taillant sur les yeux les plus faibles et de dessous, en pinçant régulièrement et d’une manière intelligente, en pratiquant des erans sous l’empatement des rameaux qui tendraient à prendre trop de force; en ravalant de temps à autre sur la taille précédente, on maintiendra parfaitement les rameaux. J'ajoute de plus que par suite du prolongement considérable et annuel de la flèche et. par la quantité de fruits dont les arbres se couvrent, les rameaux ne tardent pas, à mesure que l'arbre s'élève, à n’émettre plus ou presque plus de bois.

Au reste, quel que soit le fuseau que l’on adopte, je dirai à ceux qui veulent conduire des poiriers sous cette forme, qu’elle n’est pas difficile à établir, que la taille du printemps n’est rien, mais que nulle autre n’est aussi assujettissante et n’exige pendant tout le cours de l’année autant de surveillance. El ne faut pas planter de fuseaux si l’on ne‘peut pas les passer en revue au moins une fois tous les quinze jours, encore ce laps de temps est-il trop considérable, mieux vaudrait tous les huit jours, car il ne faut pas oublier que les pincements ne doivent jamais s’opérer tous à la fois, ils doivent être successifs, sous peine d’apporter tout d'un coup trop de perturbation dans la sève et de faire partir à bois des yeux destinés à produire du fruit.

Tout ce que je viens de dire du fuseau s'applique exactement au cordon oblique , qui n’est qu'un fuseau incliné sur un angle de 40 à 45 degrés et au cordon horizontal, qui n’est qu'un fuseau coudé à une hauteur variable. Le cordon oblique est toujours appliqué à un mur ou à un treillage en contre-espalier; l’un et l’autre doivent être très-élevés, mais si l’on a un mur à consacrer au poirier, il vaut infiniment mieux, selon moi, adopter la forme en palmette. Lorsque l'on conduit le poirier en cordons, on en superpose habituellement deux; le premier est établi à 50 centimètres du sol, le second à un mètre. Les arbres sont espacés dans la ligne d’un mètre et cinquante centimètres. Chaque arbre du cordon inférieur à ainsi 3 mêtres 50 à parcourir, et chacun de ceux du rang supérieur a quatre mètres. Lorsque les arbres s’atteignent, on les greffe par approche, ou mieux encore, on taille sous un œil et en bec aminci, le jet qui a atteint l'arbre voisin; on fait sur le tronc de celui-ci une incision cruciale, comme pour la greffe en écusson, et l’on y introduit l'extrémité du jet de manière à ce que l’œil terminal soit au centre de l'écorce soulevée et fasse appel à la sève ; on ligature comme pour l’écusson, cette greffe ne manque jamais. On a ainsi d’un bout de la ligne à l’autre un seul cordon continu, soutenu par une masse de pieds.

Les cordons ne doivent jamais être courbés en arceaux, mais parfaitement horizontaux ; si le terrain est en pente, il faut avoir soin de diriger le cordon de bas en haut, pour que la sève ait une légère ascension.

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