‹ 40 poires pour les dix mois de juillet à maiChapitre 3 sur 32 · GRENOBLE, PRUDHOMME, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, RUE LAFAYETTE · texte numérisé non relu

GRENOBLE, PRUDHOMME, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, RUE LAFAYETTE

PROPRIÉTÉ DE L'ÉDI

A À Vs k AVIS DE L'ÉDITEUR.

M. P. de M., en donnant au Sud-Est l'intéressante notice des Quarante poires, a eu la bienveillance d’ajouter en note, au passage guillemeté de la page 10: A supprimer si l'éditeur le juge convenable. Nous nous garderons bien de faire la moindre suppression aux articles de M. P. de M. : on ne peut que les trouver trop courts. La publication de notre méthode pratique de la classification des porres (*) a été faite dans le but d’obvier, quant à ces fruits, à la regrettable lacune d’un classement par ordre de mérite de toutes les variétés de plantes alimentaires. Le travail du congrès pomologique de Lyon sur le degré des diverses qualités de chaque poire nous a suggéré l’idée de chercher, au moyen de ces données, à mettre par ordre de mérite les fruits étudiés par le congrès. D’après M. P. de M., ce travail n’atteint pas le but proposé, et les raisons qu'il donne paraissent péremptoires. Nous ne regrettons pas cependant cette tentative, puisqu'elle appelle l'attention sur un sujet aussi important que celui de créer une marche rationnelle de culture ; notre but principal a été atteint. Quoi qu’il en soit, nous reviendrons plus tard sur cette méthode pour essayer si elle ne serait pas susceptible d'amélioration dans le sens très-judicieux de la critique.

Il y a toujours lieu de s'étonner que les sociétés se préoccupent si peu du classement de toutes les espèces végétales d'agriculture et d’horticulture alimentaires par ordre de mérite, avec l'indication des qualités nutritives de chacune, des sols, des expositions, des altitudes et des latitudes qui leur sont propres, et les modes de culture qu’elles réclament. On ferait alors son choix en raison de ses facultés. C’est un travail énorme sans doute, mais il semble que tout gouvernement devrait avoir à cœur de le faire exécuter, et il ne serait certainement pas indigne de la section des sciences de l’académie ; car la science de la vie domine toute autre science, et en rendre la pratique accessible à tout le monde est éminemment social. Pour aller vite, il faudrait une section spéciale dans laquelle seraient admises toutes les personnes qui auraient produit les travaux les plus utiles dans ce genre.

Nous devons rappeler que M. Payen, notre grand chimiste, a déjà publié sur ce sujet un volume des plus intéressants qui fait partie de la bibliothèque des chemins de fer ; il est intitulé : Des substances alimentavres et des moyens de les améliorer, de les conserver et d’en reconnaître les altérations. Prix : 3 fr., chez Hachette, rue Pierre- Sarrazin, 14.

(!) Sud-Est de 1859, p. 80.

Pourquoi quarante Poires ?

La livraison n° 18 de la Revue horticole, publiée à Paris sous la direction de M. J.-A. Barral, contient dans sa chronique les lignes suivantes :

Puisque nous parlons de poires, nous ne devons pas non plus manquer 7 signaler une intéressante notice que M. P. de M. a adressée au journal agricole et horticole le Sud-Est, et qui est intitulée : les Quarante Poires. Pourquoi quarante ? l’auteur dit que c’est beaucoup et même trop. Si c’est trop, il ne fallait pas chercher systématiquement 4 dizaines. Quoi qu'il en soit, l’auteur suppose un amateur qui veut 10, 20, 30 ou 40 poires, et il dit successivement comment chaque dizaine doit être composée.

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L'auteur à aussitôt adressé la réponse ci-après à M. Barral, et M. Barral l’a insérée dans la Revue horticole, n° 19 en la faisant précéder de ces lignes :

En rendant compte, dans notre dernière chronique , d’une notice très-intéressante sur les poires, dont la première partie est publiée dans le journal le Sud-Est, nous avons fait quelques remarques qui nous valent la lettre suivante. Par une modestie excessive, notre correspondant désire continuer à garder l’anonyme ; nous respectons son désir, mais nous pensons qu'il peut exercer une sérieuse action sur les progrès de la pomologie, et qu’il devra un jour combattre à enseignes découvertes :

Meylan, le 22 septembre 1859.

Monsieur le Directeur,

Pour répondre aux désirs de quelques amis, j'ai adressé au Sud-Est une liste de fruits que je crois les meilleurs et les plus avantageux à cultiver ; j'y ai joint une figure au trait et une courte description de chaque variété.

Mon éditeur, trop bienveillant, a déciaré tout d’abord qu'il voulait reproduire en brochure ce petit travail ; d’un autre côté, vous avez bien voulu le remarquer, puisque vous en entretenez vos lecteurs dans la Revue horticole. Cette double preuve d'attention, je dirai presque ce double succès, me met dans l'obligation de répondre à votre question et à la réflexion qui l'accompagne : « Pourquoi quarante poires ? l'auteur dit que c’est trop, il ne fallait pas chercher à fournir systématiquement quatre dizaines. »

Les planteurs d'arbres à fruits ne poursuivent pas tous le même but, et peuvent, par contre, se diviser en plusieurs catégories.

Les uns font de la pomologie une étude sérieuse et essaient toutes les nouveautés. Ils savent d'avance les déceptions qui les attendent ; mais ils s’estiment heureux, quand, après vingt essais, ils ont trouvé un bon fruit ; non contents d'expérimenter les gains des autres, ils cherchent encore à les accroître par des semis. A ceux-là, je dis: Courage et persévérance ! Je suis des vôtres.

Ce n’est pas pour eux que j'ai écrit : hommes d'étude et de pratique, je n'ai rien à leur apprendre ; je leur soumets mon travail, voilà tout.

Les autres, étrangers par leurs goûts autant que par leurs occupations habituelles à la pomologie, ne cherchent dans l'arbre qu'ils plantent, ou plutôt qu’ils font planter, que le meilleur et le plus grand produit possible; laissant à d'autres le soin d’expérimenter et de collectionner, ils veulent s’en tenir aux variétés éprouvées. Voici, leur dis-je, les quarante poires que je crois les meilleures ; elles vous tiendront lieu avantageusement de toutes les autres,et vous donneront pendant toute l’année de beaux et excellents fruits.

Il est aussi des fortunes modestes, des jardins circonscrits ; en vain l’on mesure en long et en large, l’espace ne comporte ici que vingt, là que trente arbres ; celui-ci peut prendre mes deux premières séries ; celui-là y ajouter la troisième. Telle est la raison de ma division par dizaine comprenant des fruits de toute saison.

Vient enfin le jardinier horticulteur qui compte sur son jardin pour vivre, qui a besoin de faire le plus d'argent possible pour nourrir sa famille. Incontestablement, pour lui quarante variétés, c’est trop! c’est beaucoup trop! S'il m'en croit, il s’en tiendra aux dix premières variétés que j'ai indiquées : il les répétera dix fois, vingt fois, cent fois, s’il le faut, et je lui garantis qu’il obtiendra un bénéfice net plus considérable que s’il en plante soixante, voire même quarante ; je crois que tous les praticiens seront de mon avis. C’est en ce sens que je dis que quarante, c’est trop.

J'espère , Monsieur, avoir répondu à votre question, et vous avoir convaincu qu'il n’y a rien de systématique dans mon travail. Autant je suis partisan d’une bonne méthode, autant je suis opposé à tout esprit de système.

Au reste, je vous remercie de m'avoir fourni l’occasion d'expliquer ma pensée ; elle manquait de développement, je le reconnais, c’est ce qui me fait espérer que vous voudrez bien insérer ces quelques observations.

À propos des qualités diverses que peut posséder un fruit, vous dites que c’est se montrer bien exigeant que vouloir les réunir toutes dans un même fruit. Vous avez raison ; je vais même plus loin que vous : c’est impossible. Aussi je tiens compte de toutes les qualités dont je parle , mais je ne les exige pas ; lorsque l’une d’elles manque, je cherche des compensations dans le degré de perfection des autres. Pour ne citer qu’un exemple, j ai admis dans la deuxième série la Bonne de Malines, qui n’est ni grosse ni belle, qui est même petite, mais qui est un fruit exquis, le premier de tous pour la bonté, au goût de bien des amateurs ; le second au mien, qui place en première ligne le Passe Colmar.

Maintenant ai-je prétendu présenter une arche sainte à laquelle il est défendu de toucher ? loin de là : je sais trop bien que les goûts et les terrains sont divers ; tel fruit qui est excellent dans le département de l’Isère pourra ne pas réussir dans un autre.

Je ne me dissimule pas, au reste, que dans quelques années ce travail sera à refaire : vraisemblablement des variétés plus méritantes encore auront surgi ; mais, alors comme aujourd’hui, je crois que les planteurs trouveront profit et avantage à restreindre le nombre des variétés en introduisant les variétés plus. méritantes, en remplacement de celles qui le seront moins.

En attendant, si j'ai pu contribuer à propager quelques bonnes variétés, si j’ai fait remplacer quelques fruits médiocres ou mauvais par des meilleurs, mon but sera atteint et mon ambition satisfaite.

Veuillez agréer, etc. P. DE M.

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