DANS LA CAMPAGNE
EK L’ANNÉE l643.
ssein d’écrire ce qui s’est dans les campagnes de Rot de Fribourg entre l’armée de France et celles d’Espagne et de Bavière.
Peut-être que mon travail ne sera pas inutile, ni désagréable au public. Du moins n’ai-je rien oublié pour dire toujours la vérité. Je n’écris point par envie de m’ériger en auteur, et je ne prétends ni flatter
ni offenser personne. Enfin , je ne me propose d’autre but dans mon ouvrage que sa durée; trop heureux s’il plaît aux honnêtes gens dans un siècle aussi délicat que celui-ci, et s’il peut apprendre aux siècles suivants les deux plus fameux événements de la dernière guerre d’entre les couronnes.
Vers la fin du règne de Louis XIII, l’armée espagnole étoit maîtresse de la campagne. Don F. de Melos, gouverneur des Pays-Bas, avoit repris Aire et la Bassée, et gagné la bataille d’Honnecourt. Il formoit des desseins fort vastes, et son ambition ne se bornoit pas à reprendre seulement les places que l’Espagne avoit perdues. Il prévoyoit que la mort du roi apporteroit du trouble dans la France. Les médecins avoient jugé son mal incurable. Déjà chacun songeoit aux avantages qu’il pourroit tirer de la minorité prochaine. Les François même, qui ont accoutumé de perdre
par leurs dissensions tous les avantages qu'ils ontreniportés dans les guerres étrangères, alioient fournir à Melos une occasion favorable pour faire de plus grandes conquêtes.
Dans cette pensée, il change le projet du siège d’Arras dont les préparatifs l'avoient occupé tout l’hiver, et il se résout d’attaquer Rocroi, voulant se servir de ce poste, qui donne une entrée dans la Champagne, pour en faire une place d’armes propre à toutes ses entreprises. La mort de Louis XIII arriva peu de temps après, et divisa toute la cour ainsi que Melos l’avoit prévu. Les cabales, qui se formoient de tous côtés pour la régence, menaroient la France d’une révolution générale. Tous les états du royaume ne vouloient plus retomber sous un ministère pareil à celui du cardinal deRichelieu. Les grands seigneurs ont peine à fléchir devant un ministre qui
occupe une place dont chacun d eux sc juge plus digne que lui. Les magistrats ne veulent dépendre que du roi dans la fonction de leurs charges, et ne se peuvent résoudre à recevoir la loi d’un particulier.
Les peuples ne manquent jamais d’imputer aux conseils du ministère toutes les impositions dont ils sont surchargés, et généralement tous les hommes sont portés à envier la fortune et haïr la personne des favoris.
Ainsi, le souvenir du passé étoit odieux, l’avenir donnoit de la crainte, le présent étoit plein de trouble, il falloit mettre quelque ordre à l’état dans un si grand changement. Tout le monde souhaitoit un gouvernement plus doux et plus libre, mais personne ne convenoit des moyens de l’établir.
Néanmoins le roi, avant que de mourir, avoit nommé ceux qui dévoient composer
le conseil de la régence, il avoit donné en même temps le commandement de scs arfhées au duc d’Enghien; mais, afin de modérer les premiers feux d’une jeunesse que le désir de la gloire auroit pu emporter, il lui avoit donné le maréchal de L’Hospital pour lieutenant-général et pour conseil. Malgré cette disposition et toutes les intrigues de la cour, la reine fut déclarée seule régente avec un pouvoir absolu.
Il sembla d’abord qu’elle voulut appeler l’évêque de Beauvais au ministère; elle eut même quelque pensée de lui faire donner le chapeau de cardinal à la première promotion; mais ce prélat, au lieu de se ménager dans ce commencement de faveur, entreprit de ruiner tous ceux que le cardinal de Richelieu avoit élevés, et s’attira par ce moyen un grand nombre d’ennemis.
Pendant qu’il s’attache à contre-temps à renverser ce que ce ministre avoit fait, le
cardinal Mazarin profite de tout ct*fait ses liaisons avec les personnes qui ont le pltis de crédit auprès de la reine. Ceux que ♦’évêque veut perdre ont recours à la protection du cardinal. La reine craint qu’on ne lui fasse trop d’affaires , et se dégoûte des services de lévéque. Elle trouve enfin le cardinal plus propre à remplir la place de premier ministre. Ceux en qui elle se fie la portent à ce choix, et la font résoudre à renvoyer l’évéque clans son diocèse et à déclarer ouvertement son intention pour le cardinal.
D’abord elle y rencontre de grands obstacles : le nom seul de cardinal épouvante les esprits, rappelle la mémoire des maux passés, et en fait craindre de pires à l’avenir. La division se met parmi les créatures de la reine, chacun prend parti, et les affaires se brouillent plus qu’auparavant.
Néanmoins, l’adresse et la bonne fortune
du cardinal, les services qu’il avoit rendus à la France, la fermeté de la reine, et le respect que tout le monde avoit pour elle, apaisèrent les mécontents. L’entreprise formée contre ce ministre par la duchesse de Chevreuse et le duc de Beaufbrt ne servit qu’à mieux affermir son autorité.
Ainsi Melos fut trompé dans ses pronostics, comme le sont tous les étrangers qui fondent de grandes espérances sur la division des François ; parce qu’cncore que leur légèreté naturelle les porte quelquefois à la révolte, le fond de respect et d’affection qu’ils ont pour leur roi les ramène toujours dans l’obéissance. En effet, les grands , le parlement, et le peuple, se rendirent au choix de la reine, et tout fléchit en même temps sous le ministère du cardinal Mazarin, bien qu’il fût étranger, et que scs ennemis publiassent qu’il étoit sujet originaire du roi d’Espagne, d’une nation peu amie des François ; et enfin, quoi-
qu’on l’eût vu quelque temps auparavant dans une fortune très-éloignée d’une si grande élévation.
Le duc de Beaufort se conduisit imprudemment dans l’entreprise qu il avoit formée contre le cardinal; la duchesse de Chevrcuse , se croyant plus habile et mieux auprès de la reine que ce ministre, méprisa ses soumissions. Dans le temps que Beaufort et elle délibèrent sur les moyens de le perdre, le duc est arrêté, la duchesse est disgraciée, le reste de la cabale se dissipe , et la France devient plus tranquille que jamais.
Pendant que la cour étoit occupée à toutes ces intrigues, le duc d’Enghien se préparoit pour la campagne prochaine.
Amiens étoit le rendez-vous de l’armée ; ce prince y arriva vers la fin d’avril i643, et y trouva Gassion avec une partie des troupes. Espenan en assembloit d’autres autour de Laon. Le maréchal de Gram-
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mont s étoit jeté dans Arras dès le commencement de l’hiver, et avoit un corps considéiable dans cette place. Le duc d’Enghien demeura trois semaines dans Amiens pour attendre les troupes qui s’y rendoient, et pour pénétrer les desseins des Espagnols.
Il avoit même envoyé Gassion à Dourlens pour les observer de plus près. Enfin-, il apprit que Melos avoit mis toutes ses forces ensemble auprès de Douai, et qu’il mareboit vers Landrecics avec un grand équipage d’artillerie.
Le duc d’Engliicn assembla aussitôt ce qu’il avoit de troupes auprès d’Amiens, et envoya ordre à celles qui étoient éloignées de le venir joindre dans sa marche. Il vint loger le second jour auprès de Péronne; La Ferté-Senneterre, maréchal-de-camp , lui mena quelque infanterie, et celle qui avoit hiverné dans Arras le vint trouver au même lieu.
Ce prince commença dès lors à témoigner une impatience extrême de donner bataille, aimant mieux la hasarder que de se charger, disoit-il, de la honte de voir prendre une place dans les premiers jours de son commandement; mais parce que le maréchal de L’Hospital avoit beaucoup de répugnance à ce dessein, le duc d’Enghien crut qu’il devoit faire par adresse ce qu’il ne vouloit pas encore emporter d’autorité absolue.
C’est pourquoi il ne s’en ouvrit qu’à Gassion seul. Comme c’étoit un homme qui trouvoit aisées les actions même les phis périlleuses, il eut bientôt conduit l’affaire aux termes que le prince désiroit.
Car, sous prétexte de jeter du monde dans les places, il fit qu’insensiblemcnt le maréchal de L’IIospital se trouva si près des Espagnols qu’il ne fut plus en son pouvoir d’empêcher qu’on n’en vînt à une bataille.
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L’armée continua de marcher vers Guise; c’étoit la place la plus exposée de toute la frontière, et celle dont les Espagnols pouvoient le plus aisément entreprendre le siège. Mais l’avant-garde françoise fut à peine logée dans Fonsomme que le duc d’Enghicn apprit que les Espagnols avoient passé devant Landrecics et la Capellc sans s’y arrêter, et qu’ils marclioient à grandes journées vers la Meuse.
Ce prince crut alors qu’ils avoient quelque dessein sur les places de Champagne, et craignit avec raison de ne pouvoir joindre Melos qu’après que les retranchements de ses quartiers seroient achevés, et peutêtre même après la prise d’une de ces places , qu’il savoit être mal garnies d’hommes et de munitions. Cette prévoyance l’obligea de faire avancer Gassion avec un corps de deux mille chevaux, afin d’observer les desseins des Espagnols et de
jeter ses dragons et ses fusiliers dans les lieux qui en auraient le plus de besoin.
Cependant le duc d’Enghien ne laissa pas de continuer sa marche avec une extrême diligence. Les troupes que commandoit Espenan le rencontrèrent à Joigni ; il reçut en ce lieu un avis certain que Melos s’étoit arrêté à Rocroi, et que la même nuit il avoit commencé l’ouverture de la tranchée.
Le prince ne songeoit plus qu’à secourir promptement cette place, lorsqu’on lui manda que le roi Louis XIII étoit mort.
Peut-être qu’en cette occasion un autre que le duc d’Enghien n’auroit pas eu la pensée de secourir Rocroi. Son rang, ses affaires , les intérêts de sa maison , et le conseil de ses amis le rappeloient à la cour. Néanmoins , il préféra en cette occasion le bien général à ses avantages particuliers, et l’ardeur qu’il avoit pour la gloire ne lui
permit pas de balancer un moment. Il tint secrète la nouvelle de la mort du roi, et marcha le lendemain vers Rocroi; persuadant au maréchal de L’Hospital qu’il ne s’avançoit près de cette place que pour y pouvoir jeter un secours d’hommes et de munitions par les bois qui l’environnent.
Gassion le rejoignit dans sa marche à Ilumigni, et l’instruisit pleinement de ce que faisoient les Espagnols , lui dépeignit leurs postes, et lui montra le chemin qu’il falloit prendre pour aller à eux. Gassion avoit marché si diligemment, qu’étant arrivé à l’entrée des bois de Rocroi fort peu de temps après que les Espagnols s’étoient postés devant la place, il y avoit jeté cent cinquante hommes , et remarqué par la situation des lieux que tout le succès de l’entreprise consistoit à passer le défilé et à mettre en présence des ennemis l’armée en bataille entre les bois et la ville.
Rocroi est situé dans le milieu d’une plaine environnée de bois si épais et si pleins de marécages que, de quelque côté qu’on y arrive, il est impossible d’éviter des défilés très-longs et très-incommodes.
Il est vrai que du côté de la Champagne il n’y a qu’un quart de lieue de bois, et que dans le défilé même, après avoir passé le commencement qui est fort serré, le chemin s’élargit, et on découvre insensiblement la plaine. Mais parce que le pays est rempli d’une bruyère fort marécageuse, on n’y peut aller que par petites troupes, hormis assez près de Rocroi, où le terrain, s’élevant peu à peu, devient plus sec que dans les bois, fournit un champ spacieux et capable de contenir de grandes armées.
Mclos étoit arrivé le dixième de mai dans %
cette plaine, avoit séparé son armée en six quartiers, fait ses retranchements, et jeté ses principales forces du côté qui regarde
les défilés ; se contenlant d’assurer le reste par la disposition générale de ses troupes , afin d’épargner le temps qu’on emploie d’ordinaire à faire une circonvallation.
Outre ces précautions qu’il avoit observées dans ses postes, il avoit mis un grand corps-de-garde sur le chemin de Champagne; ses sentinelles et ses batteurs d’estrade étoient si bien disposés que rien ne pouvait entrer dans la plaine sans qu’il en eut avis. Son armée étoit composée de huit mille chevaux conduits par le duc d’Albuquerque, et de dix-huit mille hommes de pied commandés par le comte deFontaines, entre lesquels étoit l’élite de l’infanterie espagnole.
Le duc d’Enghien, étant informé de ces choses, fit assembler les officiers de son armée à Rumigni, et, après leur avoir exposé ce que Gassion venoit de lui dire, il déclara que sa résolution étoit de tout en-
treprendre pour secourir Rocroi; c’est pourquoi il vouloit s’avancer au plus tôt dans le défile. Que si les Espagnols s’engageoient à le défendre, ils scroient obligés , en dégarnissant leurs quartiers, de laisser un chemin ouvert au secours qu’on voudrait jeter dans la place; ou bien s’ils lais— soient passer le défilé sans combattre, on en tirerait d’autres avantages, et que l’armée s’étant une fois élargie dans la plaine, on pourrait engager les Espagnols à une bataille, ou du moins prendre des postes et s’y fortifier en attendant qu’on eût pourvu aux besoins des assiégés.
Enfin le prince leur dit que le roi étoit mort, et que, dans une si fâcheuse conjoncture, il falioit tout hasarder plutôt que de laisser perdre la réputation des armes de France. Qu’à son égard, il n’y avoit point de résolution qu’il ne prît pour empêcher la prise de Rocroi. Tout le monde
conclut à la bataille, et le maréchal de L’IIospital même fit semblant d’y consentir.
Mais il s imagina peut-être que les Espagnols disputeroient le défilé, et qu’ainsi l’entreprise se termineroit par une grande escarmouche dans le bois , durant laquelle on jetteroit du secours dans la place, et que l’armée n’étant point engagée au-delà du défilé, on pourroit se retirer facilement sans s’exposer à un combat général.
La résolution fut donc prise de marcher le lendemain droit à Rocroi. Le duc d’Enghien s’avança le même jour jusqu’àBossu, et disposa l’ordre de sa bataille afin que chacun se préparât à cette action dont le succès étoit si important à sa gloire et au salut de la France.
Son armée étoit composée de quinze mille hommes de pied et de sept mille chevaux, et elle devoit combattre sur deux
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lignes appuyées d’un corps de réserve, le commandement de ce corps fut donné à Sirot. Le maréchal de L’Hospital avoit soin de l’aile gauche, et La Ferté Sennelerre y servoit de maréchal-de-camp sous lui.
Espcnan commandoit toute l’infanterie, Gassion étoit sous le duc d’Enghien à l’aile droite ; et parce qu’il falloit combattre dans des lieux difficiles, on mit entre chaque intervalle des escadrons un peloton de cinquante mousquetaires. Les carabins, les gardes du maréchal de L’Hospital, et ceux du prince, tout ce qui restoit de dragons et de fusiliers , furent mis à droite et à gauche sur les ailes. Ces ordres étant donnés, le duc d’Enghien envoya le bagage à Aubenton avec tout ce qui étoit inutile pour un jour de combat, et marcha en bataille jusqu’à l’entiéc du bois.
Melos pressoit si vigoureusementRocroi que, sans le secours que Gassion y avoit
jeté, on n’auroit pas eu le temps de faire lever le siège. La garnison en étoit si foible et si mal pourvue que les Espagnols n’entreprenoient rien qui ne leur réussît, ils étoient informés du mauvais état de la place, et le duc d’Enghicn en étoit si éloigné qu’ils ne croyoient pas qu’elle put attendre l’arrivée d’un secours.
Mais l’armée de France s’étoit augmentée peu à peu par des corps qui la venoient joindre dans sa marche, et par ce moyen elle avoit ôté aux Espagnols la connoissance de ses forces ; les nouvelles leur en venoient difficilement à cause que tout le pays étoit frlnçois. Ainsi, Melos ne sut le véritable état de l’armée du duc d’Enghien que le jour même quelle entra dans le défilé. Les derniers avis qu’il en avoit eus ne la faisoient que de douze mille hommes ; et il apprit, mais trop tard, qu elle étoit de près de vingt-trois mille combattants,
et même qu’elle commençoit à marcher dans les bois.
Melos fut contraint de délibérer promptement s’il défendroit le défilé ou s’il attendait dans la plaine qu’on le vînt attaquer.
Rien ne lui étoit plus facile que de disputer le passage en jetant son infanterie dans le bois et en l’appuyant d’un grand corps de cavalerie. Il pouvoit même, en ménageant bien l’avantage des bois et des marécages, occuper l’armée de France avec une partie de ses troupes , et achever avec l’autre partie de réduire la place qui ne pouvoit plus tenir que deux jours. Ce parti paroissoit le plus sûr, et il n’y avoit personne qui ne crût que Melos le prendroit.
Mais son ambition ne se bornoit pas à la prise de Rocroi, il s’imaginoit que le gain d’une bataille lui ouvriroit le chemin jusque dans le Cœur de la France, et Honnecourt lui faisoit espérer un pareil bonheur
devant Rocroi. D’ailleurs, en hasardant un combat il croyoit ne hasarder tout au plus que la moindre partie de son armée et quelques places de la frontière. Au lieu que, par la défaite du duc d’Enghien, il se proposoit des avantages infinis dans le commencement d’une régence encore mal affermie.
Sur ce raisonnement, Mclos, qui, selon le génie espagnol, laissoit quelquefois échapper le présent pour trop penser à l’avenir, se résolut à un combat général.
Et afin d’y engager plus aisément le duc d’Enghien, il l’attendit dans la plaine, et ne fit pas le moindre effort pour disputer le passage du défilé. Ce n’est pas que Melos n’eût peut-être été obligé de faire par force ce qu’il fit de son mouvement; car dans le temps qu’il délibéroit là-dessus il n’étoit presque plus temps de délibérer. Les premières troupes du duc d’Enghien parois
soicnt déjà, et l’armée Françoise auroit achevé de passer avant qu’il eût pu assembler ses quartiers. Néanmoins, s’il eût voulu faire de bonne heure tout ce qui dépcndoit de lui pour s’opposer à ce passage, le duc d’Enghien auroit eu peine à le forcer, parce qu’il n’y a rien de si difficile dans la guerre que de sortir d’un long défilé de bois et de marécages, à la vue d’une puissante armée postée dans une plaine. Quoi qu’il en soit, on voit bien que Melos s’étoit préparé à un combat général, puisqu’il avoit pris soin de ramasser toutes ses forces, et mandé à llcck, qui étoit vers Palaizeux, de le venir joindre en toute diligence.
Le duc d’Enghien marchoit en bataille sur deux colonnes depuis bossu jusqu’à l’entrée du défilé. Gassion alloit devant avec quelque cavalerie pour rcconnoîtrc les ennemis ; et n’ayant trouvé le passage
défendu que d’une garde de cinquante chevaux, il les poussa, et vint rapporter au duc d’Enghien la facilité qu’il y avoit à s’emparer du défilé.
Ce fut en ce lieu que le prince crut devoir parler plus ouvertement au maréchal de L’Hospital, parce que le maréchal voyoit bien qu’en poussant plus avant dans la plaine il seroit impossible d’éviter de donner bataille. Gassion faisoit tout son possible pour l’engager, et le maréchal s’opposoit toujours à scs avis ; mais le duc d'Enghien finit leur dispute, et dit d’un ton de maître qu’il se chargeoit de l’événement.
Le maréchal ne contesta plus et se mit à la tête des troupes qu’il devoit commander. Le duc d’Enghien fit défiler l’ailé droite, logeant de l’infanterie aux endroits les plus difficiles pour assurer le passage du reste de l’armée. En même temps il s’avança avec une partie de la cavalerie jusque