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(uoi bon Y OoUu cxi^cution rétrospective tomberait iixwi^ la UK^disiinro. l*cut-£tre m£me en ai-je déjà (it»p dit sur lo porsonna^^e en question. Je ne Tai fait quW liUv dVnscip;ncmcnt , afin que mon oMuuplr sorvo (i (TU\ qui viendront après moi, et 1rs uirUo eu fiurdo contre le danger des associations lôgi>rouiout l'onclui'S. Ihscite monitL
Apri\s connue avant Minieh, les villages se mul^ tiplicnt et so rapprocbcnt au point de se toucher 4pirl(|url*ois, et les dattiers forment sur les deux rives une forint non inlorrouipue d'une incomparable lieuuli^ Admirable pays : agreste et cultivé, sauvage et tVrlilo, pittoresque et populeux, il réunit tous les contrastes. Kt quelle lumière I quel ciel! quels horizons! quels levers et quels couchers de soleil !Je ne nréloinu' plus (pie TKgypte ait tant de puissance sur ceux qui riiabitent, que l'étranger même y trouve une patrie, et qu'après avoir une fois bu l'eau du Nil on veuille toujours en boire.
hes luinai^cts éclatants apparaissent à travers les luiiuosiis et s'élaucent au-dessus des palmiers : c'est
encore une Tille, c'est Beni-Souef. Je n'y descends pas, car elle est plus belle de loin que de près : ces grandes malsons blanches qui font si bien à travers la verdure sont des casernes, voire des fabriques, et ce n'est pas ce qu'on vient chercher en Egypte. G^sparo descendit donc seul avec le Barbarin qui lui servait d'interprète ; car, bien que celui-ci ne parlât pas plus italien que le cuisinier ne parlait arabe , ils avaient fini par s'entendre parfaitement. Ils allèrent ensemble aux provisions ; mais le bazar était au dépourvu, et l'on n'en rapporta que du raisin, magnifique, il est vrai, et bien précieux au gros de l'été. C'est dans le voisinage de Beni-Souef que fleurit la grande oasis du Fayoum, où le canal de Joseph, dont la tradition fait honneur au fils de Jacob, conduit les eaux du Nil à l'époque de l'inondation.
L'équipage faisait merveille, principalement depuis Minieh. Il gagnait assurément bien, par son ardeur à jouer de la rame et de la corde, car le vent était toujours contraire, les moutons que je lui donnais de temps en temps et les distributions d'eau-de-vie que je lui faisais faire quotidiennement par Gasparo. Voulait-il se rafraîchir î Son procédé était très-simple, sinon très-honnète. Chaque fois qu'on passait devant quelque jardin, un des mariniers s'y glissait furtivement, s'emparait sans façon d'une ou deux pastèques, les jetait dans le Nil, et, s'y jetant après elles, les poussait devant lui, tout en na-
géant, jusqu'à la barque, nonobstant les cris fbrieox mais impuissants du propriétaire. Ces expéditions ne manquaient janiais d'exciter l'hilarité générale, celle même du rels qui laissait foire. J'avais bien essayé quelques représentations ; mais les larrons n'en tenaient pas compte. Ils avaient la conscience large en fait de propriété ; un vol de plus ou de moins, surtout un vol de cette nature , ne la chargeait guère. J*avais fini par ne plus protester que par mon silence, et en refusant la dkne qu'ils prélevaient religieusement pour moi sur le butin. Tout bon musulman qu'était le Barbarin, il ne partageait point mes scrupules, et je ne jurerais pas que Gasparo les partageât.
Un petit oiseau gris avait, depuis Renne, élu domicile dans ma cange. Il venait tous les matins chanter sur ma fenêtre, et prenait dans ma main les miettes que je lui présentais. C'était le bon génie du bord, son esprit familier : qu'il se perch&t sur les mâts ou sautillât sur la dunette, il était, à mon exemple, respecté, choyé par tout le monde, et je ne doute pas que l'équipage n'attachât à sa présence une idée superstitieuse. A je ne sais plus quel endroit, une nuée d'oiseaux blancs lui avait fait concurrence : ils s'étaient abattus sur nous en poussant des cris impérieux, et le r^ de leur jeter aussitôt un pain tout entier, qu'ils eurent bientôt &it disparaître ; après quoi ils s'en retoumèreni conune
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ils étaient venus, et s'embusquèrent, en attendant une nouvelle proie, dans les arbres du rivage. Là jadis habitait un saint mahométan que les oiseaux nourrissaient en levant un tribut sur toutes les barques qui montaient et descendaient le fleuve. Le saint mort, les oiseaux continuent à le nourrir de la même manière dans sa tombe, et telle est la super* stition des mariniers du Nil, qu'ils ne manquent jamais de payer en passant le pieux tribut.
Après Beni-Souef, je ne tardai pas à voir poindre à l'horizon les pyramides de Sakara, qui font de loin bien plus d'effet que de près, puis celles de Ghiseh, dont on en peut dire autant, malgré leur masse énorme. C'est là qu'était Memphis, cette ville non moins célèbre dans l'histoire sainte que dans l'histoire profane, puisque le législateur d'Israël y reçut le jour et y fut sauvé des eaux par la fille du pharaon qui régnait alors. On sait qu'il dut à cette circonstance son nom de Moyse^ et je remarque, dans l'intérêt des chercheurs d'étymologies, qu'^a» se dit en arabe Moya. Ces dernières nuits furent enchanteresses : la lune brillait d'un éclat radieux, et le ciel était aussi lumineux qu'en plein jour. Le fleuve avait des scintillements argentés , et les deux bords apparaissaient dans leurs moindres détails. La dernière nuit surtout fut admirable. Je la passai presque tout entière à veiller sur la dunette, ne pouvant me résoudre à dormir par un si beau temps.' Les huit
rameurs faisaient force de rames pour arriver à l'heure dite et faire honneur à la parole que le reïs m'avait donnée. Ds chantaient en chœur, pour s'encourager, et chantaient mieux qu'à l'ordinaire , un air lent, plaintif, dont la mélancolie s'harmonisait avec la nuit, et dont la douce mélodie est restée gravée dans ma mémoire, j'ai presque dit dans mon cœur.
Aux approches du Caire, le fleuve s'anhne de plus en plus ; on sent qu'on n'est pas loin d'une grande ville. Les barques marchandes se multiplient, chargées de toute espèce de denrées , y compris des esclaves. Quelques-unes portaient des montagnes de paille destinée aux chevaux des écoles d'artillerie et de cavalerie établies, la première à Tourah, la seconde à Ghiseh. Je rencontrai môme un bateau à vapeur qui cinglait vers la Haute-Egypte à force de roues. Le gouvernement et quelques membres de la famille régnante sont seuls en possession de cette innovation européenne, qui ne sert qu'à eux, par conséquent, à l'exclusion des particuliers. On a souvent parlé de l'appliquer à un service régulier du Caire à la première cataracte, au moins pendant l'hiver, qui est la saison des. voyageurs ; je ne sache pas que ce projet ait été réalisé. S'il l'est jamais, on pourra organiser des trains de plaisir d'Alexandrie à Thèbes.
Mais ce n'est pas moi qui en userai : je ne corn-
prends pas ainsi le voyage du Nil, le plus agréable de tous les voyages d'agrément, lorsqu'on le fait seul, à défaut d'un compagnon, ou, ce qui serait mieux encore, d'une compagne selon son cœur. Beaucoup de nouveaux mariés vont passer en Italie la lime de miel; que ne vont-ils la passer sur le Nil, sous ce climat bienheureux auprès duquel l'Italie est le Septentrion! On trouve au Caire de grandes et belles canges qu'il est facile d'installer confortablement, si l'on tient à ses aises ^ et de pourvoir de toutes ou presque toutes les commodités de la vie , du moins de la vie nomade. Quelques privations d'ailleurs ne laissent pas d'être piquantes , et l'on n'en apprécie que mieux ensuite les superfluités que la civilisation élève au rang de nécessités. Je me suis figuré souvent ce que serait un tel voyage exécuté tête à tête, aux jours des premiers enchantements, par deux êtres sympathiques qui par miracle, ce qui à la rigueur n'est pas impossible, s'aimeraient comme on doit s'aimer. Ce serait le paradis sur la terre.
J'étais parti de Khartoum le 8 mai, elle 18 juillet au matin j'étais rendu à Boulak , qui est le port du Caire. Le voyage avait par conséquent duré soîxantedouze jours , dont quarante-six passés sur le Nil ; or j'en avais eu sur ce nombre dix-huit d'une complète solitude, et ils s'étaient écoulés plus rapidement que les autres. Pourtant cette solitude était d'autant plus profonde que, ne pouvant lire ni écrire, j'en
étais réduit entièrement à moi-même. C'était la vie contemplative dans son acception la plus rigoureuse, la plus absolue. Après le spectacle fuyant du rivage et les incidents peu variés qu'ils présentent , je n'avais, pour remplir mes longues journées, que la rêverie et la méditation, n n'y avait même plus de monuments à voir; le paysage était mon unique distraction. J'eus sans doute quelques heures de vide, de tristesse; où n'en a-t-on pas? La société la mieux choisie, la plus chère, n'en préseiTe pas elle-même. Mais je ne connus, pendant ces dix-huit jours passés face à face avec moi-même, ni ennui ni regret; et je déclare en toute sincérité que, si ce voyage était à recommencer, je l'entreprendrais seul comme tous ceux que j'avais faits jusqu'alors. Mais hélas ! que parlé-je de voyages ? Cette passion , qui est la dernière et qui survit à toutes les autres, parce qu'on peut la satisfaire à tout âge et jusqu'au terme de la vie , n'est plus pour moi qu'une passion éternellement malheureuse, puisqu'elle est désormais sans espoir.