‹ 500 lieues sur le NilChapitre 14 sur 25 · Documents, 1" série, p. 61 etsui · texte numérisé non relu

Documents, 1" série, p. 61 etsui

2. Documents, 2* série, p. 67-214. L'Ayani-projet porte la date du 20 mars 1S65.

16 CANAL D8 SUfiZ,

Goaunissioii internationale. Ce Rapport, aujounfhoi connu de tout le monde, est d'accord sur les pcMnis essentiels avec l'ATanl-projet; et en examinaDi rno, ce sera suffisamment examiner Tautre.

Nous laissons donc MM. Unant-Bey et Mosgel- Bey s'occuper de leur travail technique, après celle exploration de l'isthme, faite par eux en comparût de M. Ferd. de Lesseps; et nous suivons IL Ferd. de Lesseps à Gonstantinople, où il se rendit im le courant de février 1855 pour obtenir la ratificatioD qui devait valider la concession et permettre le commencement des travaux.

Dès ses premières démardies, M. Ferd. de Lesseps constata, non sans plaisir, que S. H. le sottaoi ainsi que tous ses conseillers, étaient, comme ils k sont encore aujourd'hui, favorables au projet. U ; avait deux mois et demi à peu près que l'ade de S. A. le vice^roi d'Egypte était rmdn« Les esprit' avaieiU eu le temp»d'y réfléchir et d'en mesurer b portée. Pas une seule objection ne s'était élevée; ei il semblait que la négociation» qui au fond n'était qu^une pure formalité à laquelle les traités n'obiigeaient pas le vice-l-oi , allait suivre un cours aoss rapide que facile. M. Ferd. de Lesseps vil pcrsor

LA CONCESSION. tT

nellement le sultan qui daigoa raccueillir avec toute bienveillance. Il vit plusieurs fois le grand vizir Ileschid-Pacha, qu'il connaissait dès longtemps; et il le trouva dans les mêmes dispositions que son maître. Reschid comprenait toutes les conséquences de l'ouverture de l'isthme de Suez; et son intelli* geoce , développée au contact de la politique euro* pcenne, reconnaissait sans peine Tincalculable utilité de la communication nouveUe.

Il semblait donc qu'auprès de la Sublime Porte tout allait à souhait.

Cependant le vicomte Strattford de Bedcliffe» ambassadeur d'Angleterre en Turquie, exprima le désir que la ratification impériale ne fût pas immédiatement accordée* afin qu'il eût le temps de recevoir les instructions de son gouvernement. M. Ferdinand de Lesseps, avec une condescendance qui i'honoro, crut devoir accéder à ce dérir, afin d'éviter la manifestation officidUe d'une divergence d'opinions enU-e les deux amlNissades de France et d'Angle^ terre. Il laissa donc une note à lord Strattford ; et il était d'autant plus autorisé à regarder l'acte de ratification comme une question de pure forme, qu'en retournant en Egypte il rapportait à S. A. le vice-roi une lettre du grand vizir Reschid-Pacha,

U CANAL DE SUSZ ,

dans laquelle le ministre ottoman déclarait en pro* près termes que le canal de Suez était une ceovre < des plus utiles. » S. A. Mohammed-Said flt panrenir au divan les documents techniques , les plans et les cartes propres à faire connaître les condilioBS de l'exécution matérielle, et qui étaient atlendas i Gonstantinople. •

Hais ces détails sont trop importants pour a*y pas insister quelques instants* Cette résistance de lord Strattford de Reddiffe a eu des suites trop graves pour que nous ne la signalions pas à l'attention du public européen. C'est le point de départ de l'opposition anglaise ; et cette pression détournée , mais toute-puissante sur les décisions de la Porte» n'a point cessé depuis lors de s'exercer, soit directement par l'intermédiaire de l'ambassadeur, soit à la tribune du Parlement anglais.

Hais n'anticipons pas.

On sait quelle était alors la position de lord Stratt* ford deRedcliffe à Gonstantinople, et la prodigieuse inQuence dont il jouissait. Quant à l'emploi qu*ll en a fait, ce n'est pas à nous de le dire ; mais la rigueur de notre jugement, si nous nous y laissons aller, serait douce en comparaison du blAme unanime dont la conduite du noble diplomate était poursui-

rie dans les journaux anglais. M. Ferdinand de Leseps ent plusieurs entrevues avec lord Strallford ; il !cbangea avec lui plusieurs lettres ; et la note qu'il ai laissa en partant témoigne hautement de l'esprit le modération qu'il sut garder avec longanimité dans es rapports avec l'irritable ambassadeur. Lord itrattford de Redcliffe aurait dû suiVre cet exemple, t ce devoir semblait d'autant plus facile et d'autant lus étroit que c'était le moment où les armées des eux grandes nations alliées accomplissaient , dans es dangers communs, des choses si glorieuses.

« n y a des questions qui demandent à être franchement abordées pour être bien résolues , disait M. Ferdinand de Lesseps, de même qu'il y a des plaies qui doivent être découvertes pour être guéries. La loyauté avec laquelle vous avez accueilli mes premières observations, au sujet d'une affaire dont je ne me dissimule pas la gravité, m'encourage à soumettre à votre appréciation un point de vue qu'il me parait utile d'envisager dans la question de l'isthme de Suez. La haute influence que votrecaractèreetvotrelongue expérience vous don nent naturdlement le droit d'exercer dans les décisions de votre gouvernement relativement à toutes

« les questions orientales, me fait attacher nn grand « prix à ne rien négliger pour que vous puissiez « former votre opinion en toute connaissance de « caxise.

c Les résultats déjà obtenus par l'allianee intime c de la France et de l'Angleterre témoignent assez

< de quel avantage est cette union des deux peuples a dans rintérèt de l'équilibre européen et de la cl- « vilisatlon. Il y va donc de l'avenir et du bonbeor

< de toutes les nations de l'univers de maintenir « intact, de préserver de toute atteinte un état de <c choses qui, & l'éternel honneur des gouvernements

< qui l'ont constitué, peut seul, avec le temps , as- « surer à l'humanité les bienfaits du progrès et de « la paix. De là la nécessité de fkire disparaître à <c l'avance toutes les causes de rupture, et même de « refroidissement entre les deux peuples. »

M. Ferdinand de Lesseps recherchait donc ces causes, et en étudiant l'état général de la potitique, il n'en trouvait qu'une seule qui pût, dans Favenir, susciter un conflit : c'était la possession de l'Egypte, que la France ne pourrait pas plus abandonner à l'Angleterre que l'Angleterre ne l'abandonnerait à la France. En temps de paix, il était par trop clair

|u*âucuDe des deux nations ne pouTait songer à me conquête; mais, ajoutait M. Ferdinand de

« Qu'il arrive une de ces crises qui ont si souvent ébranlé l'Orient, qu'une circonstance se produise où l'Angleterre se trouve dans la rigoureuse obligation de prendre position en Egypte pour empêcher qu'une autre puissance ne l'y précède, et qu'on nous dise s'il est poœible que l'alliance résiste aux complications qu'un pareil événement ferait naître. Et pourquoi l'Angleterre se croiraitelle forcée de se rendre maltresse de l'Egypte, au risque même de rompre son alliance avec la France? Par cette seule raison que l'Egypte est la route la plus courte, la plus directe de l'Angleterre à ses possessions orientales, que cette route doit lui être constamment ouverte, et qu'en ce qui touche ce puissant intérêt elle ne saurait jamais transiger. Ainsi, par la position que la nature lui a feite, l'Egypte peut encore être le sujet d'un conflit entre la France et la Grande-Bretagne, de telle sorte que cette chance de rupture disparaîtrait, si, par un événement providentiel, les conditions géographiques de l'ancien monde

« étaient changées et que la route des Indes, an € lieu de traverser le cœur de l'Egypte, fût reportée « à ses limites, et, étant ouverte à tout le monde, « ne pût jamais être exposée à rester le privilège « de personne.

«.Eh bien, cet événement, qui doit être dans les « vues de la Providence, est aujourd'hui à la portée « des hommes. Il peut être accompli par Tindus- « trie humaine; il est réalisable par le percement V de l'isthme de Suez, entreprise à laquelle la ua- & ture n'oppose aucun obstacle et où viendraient « certainement s'engager les capitaux de TAngie- « terre aussi bien que ceux d'autres pays.

« Que l'isthme soit coupé, que les flots de la Mé- «r diterranée se mêlent à ceux de l'Océan Indien, « que le chemin de fer soit continué et terminé, et « l'Egypte , en acquérant une plus grande valeur « comme pays de production, de commerce inté- « rieur, d'entrepôt et de transit général, perd sa « périlleuse importance comme voie de commuiii- < cation incertaine ou contestée. La possession de « son teri'itoire n'ayant plus d'intérêt pour l'Anglep tciTe, cesse d'être l'objet d'une lutte possible « entre cette puissance et la France ; l'union des • deux peuples est désormais inaltérable, et le

c monde est préservé des calamités quVntratnerait • leur rupture.

« Ce résultat offre de telles garanties pour Tave- « nir qu'il suffit de Tindiquer pour appeler sur c Tentreprise destinée à l'assurer la sympathie et « les encouragements des hommes d*État, dont les m efforts ont pour but d'asseoir l'alliance anglo- « française sur des bases inébranlables. Vous êtes c un de ces hommes, milord, et vous avez une

< trop grande part dans les débats de la haute po-

< litique pour que je n'aie pas le désir de vous « faire connaître mes vœux*. »

Cette lettre était datée de Gonstantinople, 28 février 1855.

Il était impossible de tenir un langage plus modéré à la fois et plus intelligent. Lord Strattford de Redcliffe» dominé par sa passion, qu'il prenait pour du patriotisme, n'entendit pas ces sages conseils; et le gouvernement anglais commença dès lors la lutte qu*il a poursuivie avec constance, mais on peut ajouter, avec peu d'honneur et même peu de succès.

Page 1