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LIV. Il, CHAP. XV

Cependant res assévérations ne sont pas inutiles : elles servent à marquer que l'on s’engage avec réflexion et connaissance (le cause. De là vient qu’elles rendent l’inlldélité plus honteuse. Il faut tirer parti de tout parmi les hommes, dont la foi est si incertaine; et puisque la honte agit plus fortement sur eux que le sentiment de leur devoir, il serait imprudent de négliger ce moyen.

î! 230. — La foi des traités ne dépend point de la différence de religion.

Après ce que nous avons dit ci-dessus (§ 162), nous pouvons nous dispenser de prouver que la foi des traités n’a aucun rapport à la différence de religion, et ne peut en dépendre en aucune manière. La monstrueuse maxime que l’on ne doit point garder la foi aux hérétiques, a pu lever la tête autrefois entre la fureur de parti et la superstition ; elle est généralement détestée aujourd’hui.

§ 231. — Précautions à prendre en dressant les traités.

Si la sûreté de celui qui stipule quelque chose en sa faveur l’invile à exiger la précision, la netteté, la plus grande clarté dans les expressions, la bonne foi demande, d’un autre c(ité, que chacun énonce ses promesses clairement et sans aucune ambiguïté. C’est se jouer indignement de la foi des traités que de chercher à les dresser en termes vagues ou équivoques, à y glisser des expressions louches, à se réserver des sujets de chicane, à surprendre celui avec (|ui l’on traite, et faire assaut de finesse ou de mauvaise foi. Laissons un habile en ce genre se glorifier de scs heureux talents, s’estimer comme un On négociateur ; la raison et la loi sacrée de la nature le mettroul autant au-dessous d’un fripon vulgaire, que la majesté des rois est élevée au-dessus des particuliers. Iæ vraie habileté consiste à se garder des surprises, jamais à en faire '.

' Voir suprâ, liv. Il, § 157, et la note. P. P. F.

î 232. — Des subterfuges dans les traités.

Iæs subterfuges dans iin traité ne sont pas moins contraires à la bonne foi. Ferdinand, roi catholique, ay.ant fait un traité avec l’arcliidoc son gendre, crut se tirer d’affaire par des protestations secrètes contre ce même traité; flnesse puérile, qui, sans donner aucun droit à ce prince, manifestait seulement sa faiblesse et sa mauvaise foi ' .

i 233. — Combien une interprétation manifestement fausse est contraire à la foi des traités.

Iæs règles qui établissent une interprétation légitime des traités, sont assez importantes pour faire la matière d’nn chapitre. Observons seulement ici, qu’une interprétation manifestement fausse est tout ce qu’on peut imaginer de plus contraire à la foi des traités. Celui qui en use, ou se joue impudemment de cette foi sacrée, ou témoigne assez qu’il n’ignore pas combien il est honteux d’y manquer ; il voudrait agir en uialbonnète homme, et garder la réputation d’un homme de bien : c’esl le cafard qui ajoute à son crime l’odieuse hypocrisie. Grotius rapporte divers exemples d’une interprétation manifestement fausse : les Platéene ayant promis aux Thébaim de rendre les prisonniers, les rendirent a[irés leur avoir ôté la vie. Pcriclès avait promis la vie à ceux des ennemis qui poseraient le fer; il lii tuer ceux qui avaient des agrafes de fer à leurs manteaux. Lin général romain (**) était convenu avec Antioebus de lui rendre la moitié de ses vaisseaux; il les fil tous scier par la moitié : toutes interprétations aussi frau- «luleuses que celle de Kliadamiste, qui, suivant que Tacite le raconte (***), ayant juré à Mithridale qu’il n’userait con-

' Voir svprd, liv. II, § 157, et la note. P. P. F.

(*) Droit (le la guerre et de la paix, liv. II, chap. xvi, i v.

(*') 0- Fabius Labeo, au rapport de Valère-Maxime. Tite-Live ne parle point de ce fait.

(•**) Annal., lib XII.

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