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LIV. 11, CHAP. XVll

bord, tout ce qxii va à l’utilüé commune dans les conventions, bout ce qui tend à mettre l’égalité entre les contractants, est favorable. Que les conditions soient égales entre les parties, c’est la voix de l’équité, la règle générale des contrats. On ne présume point, sans de fortes raisons, qne l’un des contractants ait prétendu favoriser l’autre à son préjudice; et ce qui est de l’utilité commune, il n’y a point de danger à l’étendre. S’ils se trouve donc que les contractants n’ont pas énoncé leur volonté assez clairement, avec toute la précision requise, certainement il est plus conforme à l’équité de chercher cette volonté dans le sens qui favorise le plus l’utilité commune et l’égalité, que de la supposer dans le sens contraire. Par les mêmes raisons, tout ce qui n’est point de l’avantage commun, tout ce qui tend à ôter l’égalité d’un contrat, tout ce qui charge seulement l’une des parties ou ce qui la charge plus que l’autre, est odieux. Dans un traité d’amitié, d’union et d’alliance étroite, tout ce qui, sans être onéreux à aucune des parties, tend au bien cotnmun de la confédération, ii en resserrer les nœuds, est favorable. Dans les traités inégaux, et surtout dans les alliances inégales, toutes les clauses d’inégalité, et principalement celles qui chargent l’allié inférieur, sont odieuses. Sur ce principe, que l’on doit étendre, en cas de doute, ce qui va à l’égalité, et resserrer ce qui la détruit, est fondée cette règle si connue: la cause de celui qui cherche à éviter une perte est plus favorable que celle de celui qui prétend se procurer quelque prolit. Incommoda vitantis melior , quam commoda polentis est causa [*).

J 302. — Ce qui est utile à la société humaine est favorable; le contraire est odieux.

Toutes les choses qui, sans trop charger personne en particulier, sont utiles et salutaires à la société humaine, doivent ,itre comptées au nombre des choses favorables. Car une Na-

(’) Quixt., Instit. Orat., lib. Vil, cap. iv

tion se trouve déjà obligée naturellement aux choses de cette nature; en sorte que, si elle a pris à cet égard quelques engagements particuliers, on ne risque rieu en donnant à ces engagements le sens le plus étendu qu’ils puissent recevoir. Craindrons-nous de blesser l’équité, en suivant la loi naturelle, en donnant toute leur étendue à des obligations qui \ont au bien de l’humanité? D’ailleurs, les choses utiles à la société humaine vont par cela même au commun avantage des contractants, et sont par conséquent favorables (§ précéd.). Tenons, au contraire, pour odieux, tout ce qui, de sa nature, est plutôt nuisible qu'utile au genre humain. Les choses qui contribuent au bien de la paix sont favorables; celles qui mènent à la guerre sont odieuses.

g 30.i. — Ce qui contient une peine, est odieux.

Tout ce qui contient une peine est odieux {a). A l’égard

(a) .\ote det’éditeur de 1775. — Il est impossible de rien dire de plus fort que cela contre les peines d'usage ; et la chose n'est que trop vraie, de l’aveu de tout le monde Cela ne prouve-t-il pas que ces peines pèchent et par leur principe, et par leur but '? Ce principe est la vengeance, d'où l’on a forgé la prétendue loi du talion ; et l’unique but est d’effrayer, de servir d’exemple. But aussi insuffisant que le principe est vicieux. Du grand objet de la justice, de la réparation, ces peines ne s’en embarrassent pas, non plus que de l’amendement du criminel. Les sauvages américains mangent leurs prisonniers de guerre, qui meurent en fumant avec leurs bouchers, et leur prédisant ([u’ils seront mangés à leur tour. Cependant leur justice vindicative est soumise à celle qui exige la réparation : chez eux, le prisonnier, adopté dans une famille pour remplacer la perte d’un époux, d’un fds, ou d’un autre membre nécessaire à cette famille, est sauvé par là même et conservé, et ne manque guère de remplir fidèlement les devoirs de son nouvel état. Si l’on séparait, comme j’ai fait dans mes Remarques précédentes, et notamment dans la quatorzième, au I. I, ch. XIII, g 170; si l’on séparait, dis-je, de la notion des vraies peines ce qui leur est contraire ou étranger, rien de ce qui contiendrait une peine ne serait odieux. On en retrancherait d’abord absolument cette idée fausse, qu’il faut faire un mal parce qu’un mal a été fait. Il resterait ce qui doit précéder la peine, la réparation à procurer aux parties lésées,

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