ASO LA R^CTION PONTIFICALE
gibelins^ qui piétinent les cadairreB des guelfes. Ainsi, à Mantmie, en 1968, le marquis d^te, chef des
guelfes de 1 tuiare , s'imagine que , iirace a 1 influence de Charles d'Anjou, il pourra s'enipan r de la ville ei écraser les gibelins. IL commence par demander la rentrée des guelfes , et ramène lui-même Rosino> Senecalli ; mais le peuple se lève, a Sans écouter le marff quis, dit Platina^ le peuple soulevé contre Rosino, le ti traîna' en prison, voulant lui infliger le lendemain « la peine des parricides. Pour éviter ce supplice honte leux, le malheureux se ùappa de son epee, sans a toutefois se tuer. C'est pourquoi» le marquis ému « et secondé par ses amis, enleva son protégé^ et le «r conduisit à Ferrare, malgré les réclamations du po- 0 destat Mosca de Florence, qui se démit de ses fonc- « lions. Il pensa alors que le temps était arrivé d'enva- « hirla république. Aidé par les comtes, il l'occupa, « et non-seulement réintrégra les Senecalli et les Gafc fari, baïs de la plèbe^ mais les allia par des ma- < riages avec les comtes, et les chargea de lui recruter « des adhérents^ ce qu*ils firent assez volontiers; car « ils voyaient que la ville, impatiente d'être libre, « ne les aurait jamais laissé jouir de leur triomphe si « elle n'était pas dominée par quelque grand et riche a tyran. Donc avec de Fargenl et avec leurs amis, « ils entraînèrent dans leur société Obicino Lon^bardo, c Montemagno', Stanxiale et Teradanino vavasseur , « tons chefs des grandes familles, i» Mais la conspira* tion guelfe ne trompa point les Instincts gibelins de la ville, et, quand le marquis se présenta, le peuple, à la suite desBonacolsiei des Casaloldo, se jeta sur lui et la força à fuir avec tous les gueltes, dont les maisons furent brûlées et renversées de fond en comble. « Jamais
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« on n'avait vu tant de fureur, dit la chronique; on
« s*achariuut contre le sexe, on n'épargnait pas l'Age, « et on voyait les femmes traînées à l'échafaud, pèle- « mêle avec les enfants. » L'affreuse victoire des gibelins B'achèTait par le rappel d'autres gibelins depuis longtemps expulsés, et « qu'on amnistiait pour que la a ville ne restât pas vide d'habitants, àeause du grand « nombre des proscrits. » Quatre ans plus tard, en 1-272, Mantoue était ébranlée de nouTcan. L année suivante (celle des expulsions de Bologne), les massacres se renouvelaient; et ici encore» le chroniqueur dit que la guerre croissante surpassait toutes les horreurs des scènes précédentes* « Non-seulement on sacrifiait ceux qui « pouvaient porter lesarme8,maislesenfanisinnocents, a les faibles vieillards; on binilait les vierges, on violait « les matrones : les citoyens tiu ieux erraient avec des « torches incendiaires, et ils brûlaient tout ce que le « fer ne |»ouvait détruire, en renversant les maisons de « fond en comble, afin que les exilés n'eussent pas « même le désir de retourner. Ils partaient en masse, « et laissaient les femmes, les flls, les pères avec de « tels LUS. la ville paraissait ruinée. » Le massacre était encore dirigé par Pinamonte BonacoUi > cbef des gibelins, qui expulsait même ses alliés, les comtes de Casaloldo.
La descente de Charles doublait les ondulations de Modène,où les guelfes expulsés dès 1264 et traqués dans leurs châteaux, renUcat en chassant à leur tourtes gibelins assiègent dans leur asile de Monte-
Vaiariû avec les troupes de Parme, de Ueggio, les mercenaires allemands et les guelfes de Bologne et de Florence. Au bout de cinq semaines^ les assiégés se rendent et sont tous massacrés, sans quHu seulédiappe
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au carnage. Le chronîqaeup veut qu'un silence éternel plane sur cette scène d'horreur, de peur que le nom des victimes n'ait la force d'une évocation mngique pour ramener au combat les vivants. Précaution inutile! en iâ84 , les gibelins se représentent/ sous une autre forme, avec d'autres hommes enfantés par la force nouyelle de la pîéb$; aux grandes familles Taincues des Rodilia et des Garzoni succèdent les familles des Sassuoîo, des Savignani, des Grassom\ et le combat se renouvelle et encore malheureux pour le parti gibelin. « Expulsa fuit, dit la chronique, pars illorumde Saxolo, « de Savignano de Grassonibns cum omnibus de parle « sua; » Us ne peuvent trôner que dans la campagne, leur terrain naturel et féodal , où ils remportent la victoire de Montale en ballant les guelfes : « Et ibi fuit « magna strages ex utraque parte sed Rangoni et Bus- « ckiettibabuerunt pejus. » Voilà donc les guelfes dans la ville elles gii)eUns qui les équilibrent dans la campagne; réquilîbre conduit en 1286 à un simulacre de paix, a4àcta fuit pax; » mais la campagne gibeline recommence le combat l'année suivante, avec le secours de Véï'one et de Manloue.
A Reggio, la nouvelle de la descente de Charles d'Anjou^ enhardit les Robertiet les Fogliani^ chefs des guelfes, qui chassent les Sessi gibelins. Quatorze ans plus tard, une plus vaste démocratie attaque celle des guelfes, ramène les gibelins, et donne un faux air de succès aux tentatives de la réaction pontificale^ pour imposer l'impartialité à toutes les villes. Mais ici encore Timpartiahlene dure pas plus longtemps qu'à Florence, a Bologne ou à Faenza; lecapitaine du peuple commence par disputer la dime à l'évêque ; le voyant jeter l'interdit sur. la ville, il met à son tour tous les prêtres sous une
Diyuizeo by
CONTRE LBS DBUX SBCTB8. 489
exconimunication civique qui déicnd à tout citoyen de leur accorder les dîmes, de leur prêter secours, de manf?er, de boire avec eux, de demeurer dans leurs maisons, sur leurs terres, de moudre leur grain, de cuire leur pain, de raser leur barbe; une minutieuse flscalité frappe d'amendes variées tous les actes de commeree ou d'amf tié auxquels on pourrait se livrer avec eux, et de la lutte contre révôque on passe, en 1 289, à la lutte contre les guelfes qu'on expulse.— Dans l'un des épisodes de celle guerre guelfe et gibeline, Canosa, près de Reggio, le grand château fort qui avait protégé sainte Âdelais contre le roi dllalie et Grégoire Yll contre les empereurs de Gebelin, devient le théâtre d^une lutte entre le comte gibelin qui spolie l'antique monastère devenu guelfe et Tabbc secouru par les guelfes de Reggio : le uionastère triomphe du comte pour tomber plus tard sous la domination des citoyens qui le gardent comme l'un des trophés oubliés
de la guerre aux châteaux
Même Forli, flère et gibeline par le peuple, double ses ondulations sanglantes au rebours des villes guelfes des alentours, et en 1276, elle chasse ses guelfes et leurs chefs, les Orgogliosi et les Ordebaffî, qui se réfugient à Florence, et se liguent avec Modène, Parme et Bologne. Ën iâ8i, la ville se défend en adoptant le capitaine Gui de MmUfdlro^ le même qui massacrait les guelfes à Slnigaglia. Le i>ape lui oppose Apice, capitaine guelfe et français, Bologne, laenza, Imola, villes guelfes et rivales; et il excommunie tous les habitants de Forli, donuant ordre à tout le monde de les pilier, de les voler, menaçant d'excommunication ceux même qui oseraient leur rendre des dépèls confiés. Mais la viUe reste impassible, son Manufétra laisse
400 hà UUCUOS POHTlflCAU
pénétrer l'eniieini dans les faubourgs» puis» la nuit» il Tattaque, le massacre , et on trouve parmi les mcNrts
Tibaldello, qui avait livré Faenza à Bologne et Ihaddée de Monlefeltro , frère et rival guelfe de Gui,k Urbin. L'année suivaule, le pape charge un autre Français, GuydeMontfort^ de réparer sa défaite» et on dirait cette fois, que la irille succombe.
Par îmanU» il pootefiee unaotclli Forli perobè mai più non si rlbelti.
Ses alliés^ Céséne, ForUmpoli, Meidola, MonUfeUro, succombent à leur tour. Mais la loi des villeamilitaires
est de rester gibelines , et en 4292, les Orgoglîosi et les Ordelaffl, anciens guelfes, deviennent gibelins contre les Calboli^ chefs dr? guelfes ; en 1294, ils triomphent et disposent de la ville, et eu 1296> ils répètent leur victoire en chassant leurs adversaires....
Vérone reste inébranlable avec ses gibelins sous la familles de Scala et la tempête de l'impartialité n'y soulève (|ue les Ilots impuissants de quelques conspirations souterraines, aussilùl réprimées que connues. La première est découverte en i 203, et on massacre, on écartèle ses chefs, les Mangialiovi^ on renverse leurs maisons , on arrache les vignes et les arbres de leurs terres pour qu'elles restent désertes à Jamais. En 1367, Torrisendo des Torrisendi revient à Tattaque avec de nouveaux conspirateurs, sans être plus heureux que ses ih ^ iinciors. Le dernier fromissement de la réaction se montre en 1277 par des hérétiques, probablement guelfes^ brûlés au nombre de soixante^ix, et par les Pigozast qui demandent la peine de mort contre le vio» lateur de leur dernière héritière. Loin dMnfliger la
GOHTIIB UCS DBinL 8EGTBS. 491
mort au coupable, Scala lui accorde la main de la jeune fille. Alors les Pigozzi secouant de nouveau le flambeau de la discorde sous les voûtes souterraines der Vérone , y cherchent encore des guelfes, et Maslfno qui ayait échappé aux Mangialavi et aux Torrisendi tombe 80118 les poignards des ood jurés. Mais Vérone reste gibeline c'est à peine si les conspiratenrs emprisonnés peuvent s'évader en fuyant pour toujours la ville gibeline d'Ecelino^ aujourd'hui encore centre du quartiergénéral de Tarmée autrichienne.
Le MofUferrai garde Timmobilité sur sa base^ gibeline comme celle de Vérùne.-^Asi, Tille longobarde avec des Yelléités romaines, gibeline avec son peuple^ paye à deniers comptants la paix de Charles d'Anjou. En 1-270, elle débourse 3,00U ilurius \mir obtenir une trêve de trois ans; en 4273, au milieu de la guerre en progrès, les trêves sont plus chères, et cette fois trois ans de paix coûtent 11,000 florins.— Lodi doit être gibeline à tout prix pour garder son indépendance contre Milan^ et pour se dérober à la domination décennale de Lucius Vistarini, qui règne en satellite des Torriani, chef des guelfes milanais. APexpiralion de ses pouvoirs, Lucius se demande pourquoi il ne ferait pas volte-face afin de continuer h régner. Au lieu d'être guelfe, pourquoi ne seraitril pas gibelin? Pourquoi au lieu de recevoir des ordres de Milan, ne commanderait-il pas en son propre nom? Soudain il froisse les vieux guelfes, représentés par la famille féodale dt s Soiniiiariva, et la vieille guerre municipale desdeux villes devient une guerre de gibelius contre les guelfes» c'est-à-dire des Vùtarini contre les Torriani , les premiers réconciliés avec les Owr* gnaghif gibelins, qu'ils avaient chassés dix-huit ans au* paravant; les seconds alliés des Somniariva, qui tnvo?
4Di LA KKACTIUM PUNTIFICALg
(|iiaien4 leur secours* Après un an de comlmi, eu 1270, 00 arrive à une paix^ à une transaction, à un grand ban* (|uet où Napo Torriani , jouant le rôle d'arbitre, or* donne *aux deux partis de mellre bas les armes, [je banquet n'est pas lini (jue les Sommariva se jettent sur les gibelins désarmés; on se bat de tous côtés dans les rues; plus de mille [>artênt pour Texil, et Napo fait bâtir une forteresse guelfe ei milanaise pour contenir la ville. Mais les Vistarini exilés deviennent l'espoir de Lodi qui attend le jour où la conquête milanaise s'écroulera dans Tune des mille ondulations de la {guerre italienne.— 11 paraît que ce sont les combats de Ijodi qui transmettent le choc de la reaction à Pavîe^ où d'après la cbronique de Plaisance^ de RebuB geêtis, nous trouvons en 4i69 la lutte des MareaboH, gibelins, contre les Fallabrini guelfes et cbâtelains. En 4275, on chasse lei» derniers, et ils succombent encore en
Piêloie, ville militaire^ au rebours de Florence, repoussait sans cesse les guelfes déjà expulsés pour la quatrième fois en 1264. A la descente de Gbarles d'Anjou, ils rentrent chassant les gibelins, brisant à jamais la grande femille des Fûndaiiéhi^ et se fortifiant avec la [irotection du pape et du roi angevin de Naples. Toujours esl-il que leur victoire ne tient qu'au pape et au roi, et quand, en 4279, Nicolas 111 leur impose d'amnistier les émigrés» les luttes recommencent sur-lèchamp par les Ugo et les Teâki. En I290j elles s'enveniment parles Sigobaldi et les VergoUsi^ et plus tard, la guerre civile éclate plus forte (jue jamais. Peu importe que la grande famille des Panciatkhi ne puisse plus figurer, que le parti opposé des Cancellieri soit prépondérant, que les 'confiscations Talent enrichi^
CONTRE LRS OËUX SECTRS. 493
qu'on ne puisse plus rél)raiiler; sur une terre militaire qui déteste Florence, les gibelins pullulent et se font jour partout comme les herbes pariétaires et les mous* ses sur les rochers^ et la famille victorieuse des Gancellierî se scinde en deux partis y Tun guelfe Tautre gibelin pour recommencer un combat toujours funeste au premier.
Dans la ville militaire d'Arezzo, les gihelius expulsés sous le coup de la descente de Charles^ se relèvent en 1387, pour résister aux guelfes qui livrent la patrie aux Florentins; et ils se montrent si nécessaires qu'ils peuvent détruire les arts et métiers, démagogie insensée^ également incapable de garder Tindépendance et de la sacrifier. « Lesi^uelfes^ dit la ctirouique, sortirent « de la ville puis rentrèrent, et eniiu ils lurent ex- « puisés. »
Sienne est encore plus militaire et gibeline qu'Arezzo. Sa haine contre Florence , sa position montagneuse et volcanique , sa place du Campo aux onze
avenues qui dégorgent son peuple autoui d une tribune, ses rues tortueuses , étroites, féodales comme les chemins d'une forteresse, sa tradition toujours impériale depuis lesjours où elle repoussait Mathilde pour suivre le César régénéré de l'Allemagne, tout conspire à en faire une ville étonnante, une démocratie fantasque , le contre-sens de toutes les villes toscanes, avec un peuple de héros qui surprend et confond sans cesse tons ses voisins. Quand on s'attend à la voir se déchirer, elle reste immobile ; quand on la croit endormie, elle éclate comme la foudre. Flottante, ondoyante, comme Gènes, génie insaisissable, intelligence incompréhensible, au moment où Florence avait cherché la liberté par les guelfes elle avait frappé Flmnce et les guelfes, à
494 U RBACTION POMIIFICALE
MODteaperti, ayait pris et traîné en triomphe au rebours
les Caroccio florentins, et dressé la tour de Saint-Georges avec ses trente-huit fenêtres, en cominénioration des tiXMile-liuit bataillons de Monteaperti. La petite hoiim perdait la liberté; Sienne leternisait par ses nionuinents. A la descente de Charles d'Anjou^ ses châtelains s'imaginèrent que le moment de la bataille était arrivé et qu'ils pouvaient /venir à bout du gouvernement gibelin et po[>alaire des Vingt-Quairt. u Les guelfes, dit a André Dei, se levèrent contre les Vincft-Quatre , et le a peuple et les lolommei conniiencèrent la bataille sur « la place de Saint-Christophe. » Mais le peuple eut raison de ce contresens d'anarchistes qui s'emparaient deroccasion d'un mouvement généralement démocratique pour imposer une cou tie-révolulion féodale. «Et « \c peuple j continue Dei, marcha sur eux, les battit, a et brûla le palais des Tolonimei. Le pape devenu colère reprocha à Sienne d'avoir toujours été un nid de gibelins. « Vous avez vieilli , dit*il aux citoyens^ dans a vos péchés, vous engraissez dans la disœrde^voos et méprisez mes ordres, vous les raillez. » Il voulut en* traver le progrès de la guerre et rindépendancu gibeline en nommant lui-même le podestat et le capitauie du peuple. Mais à peine avait-il imposé ces deux magistrats que les Sanois lui échappaient d'abord par des troubles , puis par une dictature de Soixante réformateurs «créés , dit Dei , Tan 1267 pour arranger la cité » et enfin par une nouvelle insurrection contre des réactionnaires indigènes qui séduisaient les réformateurs eux-mêmes. «Le peuple, dit André Dei, corn- « prenant qu'on se proposait de l'humilier, se leva^ « marcha sur Févèché où se réunissaient les Soixante, et «les ehassa avec d'autres guelfes qui marduilent avec
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oomths lis diox slicns. 495
eux. » D'après un chroniqueur récent, MalvoUi, « les uns
«prirent la faite , les autres résistèrent, et parmi enx « plusieurs des Saliiiiheni , des Tolommei, des Picoloamini^desAcarighi) etc.i combattant en plusieurs enci droits ^ après beaucoup de pertes, ne pouvant plus a résister à la grande multitude, Ibrent forcés de «quitter Sienne avec messire Inghirano, capit&ibe du' «peuple, qui dans la mêlée s^était montré favorable à a la magistrature des Soixante. Après le départ on les « déclara rebelles et ennemis de la patrie, on con- « fisqua leurs biens, on rasa les palais des Tolommei, c des Salimbeni et des chefs de la noblesse, o
Âu bout de quatre ans , Sienm , seule gibeline au milieu des villes toscanes, patronnées par le roi guelfe du Midi, capitule devant le vicaire du roi et accepte les exilés qui rentrent en chassant les gibelins et en remplaçant sur-le-champ les Vingt-Quatre du peuple parla magistrature guelfe des Trente-Six. C'était plier Tarbre en sens inverse Jusqu'à terre, et provoquer un dé ces bonds soudains par lesquels, en se redressant» Il dévait lancer bien loin ceux qui pesaient sur ses branches. On pouvait s'y attendre à chaque instant, et Florence et les villes romaines pouvaient prédire des explosions furieuses. Ën^ffet, Sienne ne faillit pas à sa tâche, mais toujours à sa manière, à contre-sens de toute attente. En 1273, son peuple se déclare tout à coup plus guelfe que les guelfes , et change d^armoirie^ de drapeau, se plaçant suu.^ le [latrnnaLre de la Vierge Marie, pour attaquer iom les giaïul-, guelfes ou gibelins, sans distinction de parti. Les Sania-Fiora, les Pitigliano châtelains, jadis amis du peuple, sont combattus comme les autros. Florence ne peut les soutenir contre un peuple qui se dit guelfe à outrance.
A9(} LA liKACTlON PONTIFICALE
et Sienne conquiert ainsi la liberté de la guerre inlé* rieure^ sans s'engager dans une guerre impossible contre toute la Toscane. En iâ77 la révolution continue; on décrète que « le collège des Trente-six nesera recruté
« que chez les bons marchands du j>ai li guelte, et chez « les gens de la classe moyenne, c'est-à-dire ni aristo- «cratique, ni mercantile , mais altachée à la répu- « blique... et dans les exclusions on ne frappe que les « poissants, sans regarder si les familles exclues sont «guelfes ou gibelines, b Le pape^ qui voulait l'impartialité, se Toit pris au mot et nargue par une impartialité nouvelle, suspecte, étrange belligérante, non-seulement contre les frnelles, mais contre les gibelins. La même manœuvre se répète en 1280, quand le pape s'obstine à demander la rentrée des proscrits, la sécurité des grands, l'effacement de la guerrequi les renverse, et l'organisation de la ville de manière à équilibrer le roi guelfe du Midi. On lui accorde l'amnistie des gibelins, mais pour opposer à la démocratie organisée au nom des guelfes une plus vaste démocratie au nom du parti opposé, ensuite on revient de nouveau à l'impartialité de plus en plus révolutionnaire, à travers de nouvelles batailles domestiques. Seul à rendre compte des événements , Tomasi dit que « les Quinze , ayant sue- « cédé à la magistrature des Trente-Six^ annulèrent les « dénoiiiiiialiuns de guelfes et de gibelins, brûlèrent « toutes les écritures qui en parlaient, supprimèrent les a capitaines de parti, défendirent d'en créer de nou- « veaux, et menacèrent de la peinede mort et de lacon- « fiscation ceux qui prononceraient encore le nom des c deux sectes.» Le peuple^ sol^dlsantni guelfe^ ni gibelin, fut ainsi la seule classe de Sienne; tous les grands furent inscrits dans la catégorie unique du peuple, el
CUKTIIE US PBUX SROTRâ, 407
exclusdelaniagisLi aLia edesQuinze. L'année suivante, la révolution obligeait les gibelins à se retirer, et lorsqu'ils rentraient en criant ; a Mort aux guelfes I » ils laissaieût soixante-dix victimes sur récbafaud^ de sorte qu'on restait dans Fondulation d'une guerre dfile qu'on ne pouvait iàire concorder avec aucune guerre toscane.
Gênes était sur sa base gibeline conquise par une surprise nocturne d'Uberto Spinola, proclamé capitaine de la plèbe coiitre le {)euple lorsque, secouée par Charles d'Anjou, en i270> ses guelfes se ranimèrent en multipliant les insurrections dans les villages des deux Rivières. Us infestaient les routes; c'étaient partout des éclats^ des assassinats; un Grimaldi voulait être podestat (Je vive force à Vinlimille, en haine des gibelins; la guerre devenait générale. Alors 5|?îno?a s'associa Doria dans ses fonctions de capitaine du peuple et fondit sur les Grimaldi et les Fieschi , qu'il chassa en rasant leurs palais. Geux-d en exil offrirent au roi du Midi de régner sur Gênes et d'y répéter contre les SpinoU et les Doria l'ancienne expédition contre Mainfroyel si leur vœu ne put se réaliser, ils obtinrent de faire saisir toutes les marchandises des Génois sur les terres du roi angevin. Mais la république ordonna des représailles, saut Tespace de quarante jours accordé à tout sujet dea Deux-Siciies pour enlever ses propriétés; car il était impossible à la probité des marchands italiens d*iniiler la rapine du barbare de la Provence. Au reste, si Gènes n'offre ni l'imprévu pûéliqucj ai la bravoure muette des danois; si elle se montre toujours longobarde sous le voile de sa démocratie; si sa charpente est toute militaire et parfois vulgaire, toutefois dans l'essor de la guerre elle trouve un éclati une richesse > uné puissance qu*on n'aurait
40i LA RiACnOlf fOHTiriGAU
pu lui prédire au temps de Frédéric Barberousse.
Sous la réaction de la paix, le déchirement de Pise est deux fois plus i^rand^ et $oq peuple, gibelin et orgueilleux comme un roi, se voit méprisà p^r les châtelains, tous guelfes et amis des villes rivales. Quand son podestat, en ouvre le procès du juge de Galiura, Jean Visconti, avait fait tuer un gibelin de Pistoie, il eiilend l'accusé s'avouer coupable avec tant de bautetir qu'il se borne à le bannir; et encore, au bout de quinxe Jours Tillustre meurtrier rentre, et, soutenu par les Gualandi, les Lanfranebi, les Sismondi, les Orlandi, les nobles de LIbrafàtta, les i](»peziiigUi de Marti , il fait annuler son ban. En 1^74, le peuple irrité chasse loulesces familles ^niolfes et féodales; mais deux ans plus tard elles s'emparent de Pise avec le secours de Florence et de Lucques, et en 1278, la longue et terrible guerre oonbre Gênes les Impose comme un mal inévitable pour tenir tête à cette rivale gibeline...
Sous rinlkiéuce guelfe, Pise perd trois Étals de Sardaigne : Arborée, FÉtat militaire, qui passe dans le camp génois avec ses gibelins; Gallure, quicbasse Nino, deroier juge guelfe 9 nommé par les Pisans, et Torres , prise en 1284 par Cènes, qui fonde la ville nouvelle de Soisari, Pise en déroute ne garde que Gagliari, dernier pied-à-terre , de sorte qu'on peut craindre que le grand port de l'ère épiscopale, semblable aux enlanis trop précoces, ne soit destiné à une mort prématurée...
La Corse continue la lutte à coups de couteau, avec ses rages vulgaires et ses partis sans issue, si ce n'est celle de la démocratie qui s^ouvre sans cesse toute béante pour engloutir tour à tour les guelfes et les gibelins.
Les premiers promettent rindépendance» mais ils sont cbfttelains transmontains et n'ont qu'à régner pour provoquer l'apparition des gibelins qui les domptent ;
les seconds sont citoyens ci^mon/a/ns civilisés; mais à la merci de Gênes, ils donnent raison aux guelfe? qui parlent d'indépendance : on s'avance donc, par la double Impossibilité de rester sous l'indépendance féodale des guelfes^ et sous la démocratie servile des gibelins. L'année même de la guerre entre Pise et Gènes, Giudice de la Rooca^ chef des guelfes, voit les cinq maris de ses filles devenir gibelins et se rallier à Giovanninello , cbef des gibrlins , citoyens et transmontains. En 1^79, il perd une moitié de 1 iie. En ses adversaires se réorganisent sous la domination génoise, qui répète ainsi en sens inverse sur la Corse l'expédition de Charles d'Anjou. Mais Giovanninello, victorieux, voit à son tour reparaître les guelfes assaillants sous son toit domestique; et quand il immole ses frères, Tiui, d'eux échappe au massacre et se rallie à Giudice qui triomphe de nouveau, avec force assassinats. Plus tard le flot gibelin se relève , jette le triomphateur dans les prisons de la république deOénes, d^oùilne sort plusde son vivant, et la république règne de nouveau jnsifu'à ce (jne l ondnlalion se renouvelle avec les Ciiiaicliesi et les Cortifichi, i[u\ s^alternent... — Calvi , ville corse, qui marche toute seule, chasse les Âvogari pour se donner à Gênes* — San-Bonifazio reste gibeline, et toujours sous la protection des Génois,,,
En un mot, presque toutes les villes romaines et militaircs subirent immédiatement rinfliieiice de Charles d'Anjou ; partout les guelfes se déchaînèrent contre les gibehns, abstraction faite des rivalités municipales. Ën 1260, )es guelfes chassaient les gibelins à Lucques,
500 LA RiACnOR VOXTiriCAU
ville militaire; comme à Florence, ville commerciale, à Arezzo, àPistoic, comme à Lucques. Dans la môme année , les gibelins étaient expulsés de San-Sepolcro^ de SaD-Gemignano, do Prato^ de Colle, de Vol terra ^ de Bmcia, de Jesi, villes variées. Mais la réaction pontificale ne triomphait nulle part ; et si Taction guelfe de Charles était acceptée dans les villes romaines et militaires, CCS dernières rcii Iraient plus tard avec leuï*s oscillations dans le parti gibelin, prêtes à bouleverser l'Italie en sens inverse, au premier vent qui se lèverait en leur faveur. La réaction de Timpartialité n^était qu'un effort nul et intensé, hors de proportion avec les fureurs des partis^ avec lés armées dos sectes, avec la force des vengeances, avec la toute-puissance de la démocratie et de la révolution ; et lorsque saint Grégoire X voulait imposer les gibelins a Florence, à Bologne, à Milan, touten exconimnnianl Gènes, Favie et leMonlferral, parce qu'ils étaient gibelins^ sa * réaction, devenue un acte de démence» échouait sous le mépris universel.
Sur le sol de Rome, la révolntion se lève avec une fierté tout antique pour imposer à la papauté ctà l'Kulisc ses mouvements à double entente. A Finstant même où Charles, l'homme du pape> est le chef le plus influent de ritalie, les citoyens de Rome^ tous gibelins de parti, le supplantent par un nouveau sénateur, Henry de CastiUe, qui abolit les actes de son prédécesseur et appelle tous les guelfes an Capitule, oii il lus cniiii ibonjie par surprise, en pillant Saint-Latran, Saint-Paul, Sainle- Saba^ Sainte-Sabine^ Saint-Basile, une louie d'églises et de monastères où ils avaient déposé leurstrésors. Quand Clément IV meurt à Viterbe^ la guerre civile crée un interrègne de deux ans et onze mois. En IS7i, le pape
CONTRE LES l»KrX SKCÏKS.
sailli Grégoire des Yisconli de Plaisance, ordonne la dôlure de$conclaves> maïs elle ne suffit pas à préserver la papauté do* contact des partis : son successeur ^
Adrien IV de Gênes, ne l ègneque trente-neuf jours ; Jean XXI, Porliigais, nommé sous rinliuence d'une émeute de Viterbe, ne lient que huit mois : de là un nouvel interrègne de huit mois où Rome est ouverte aux quatre vents de la guerre civile.
Enfin^ en 1277, la papauté vaincue» emportée, devient tour à tour guelfe et gibeline, avec la grande révolution (lu népotisme inauguré par Nicolas III de la famille dos Orsini, citoyens, qui avaient déjà donné le pape Célestin III, avec lequel la révolution consulaire triomphait. Le peu pie accueille Nicolas III comme un libérateur gibelin, le nomme sénateur perpétueU et sous ce pape l'Eglise se dit trahie, vendue, bouleversée^ et elle VesA réellement : son gouvernement est le monopole d'une famille ; le Christ devient gibelin , sauf à prendre la couleur des guelfes; la grande république des croyans est à la merci des familles romaines qui la dominent, semblables aux Uberti et aux Buotidelmonti, en y transportant toutes les fureurs italiennes. Une d'après Dante les théologiens jettent Nicolas ///aux enfers^ poumons, nous lui décernerions volonlier une place au paradis du progrès, à côté des grands inventeurs de la pohlique italienne. En effet , voyez son œuvre : à l'instant où il envelopj)e l'Église par une immense simonie érigée en principe, Rome renaît, ses monuments se renouvellent ; Saint-Pierre s'agrandit; une pensée profane domine la religion du moyen âge, et il est question de briser l'empire dans les quatre fragments d'Arles, d'Allemagne, de Lombardie et de Toscane. I,«e successeur de Nicolas /ij[est pnx;iamé
50Î LA REACTION POMIFICALR
à la suite d'unjntcrrègne de huit mois et après une lutte des Aunibaldescbi contre les Orêini vaincus et détrônés à Viterbe par une émeute guelfe quienyahitle conclave, enlève le toit du palaisoùilsetenait, et maltraite cruelleiiicul deux cardinaux poiii' presser l'élection. L'élu de rénioutej Martin IV, noiiimé sénateur, u couuiie particulier, plie TÉtat en sens inverse avec les Annibaldeschi , les guelfe^ et Charles d'Anjou; en attendant les gibehns qui frémissent se démocratisent pour préparer un nouvel éclat , au milieu de leurs délibérations souveraines que la nuit des temps dérobe à l'iiistoire. Ici les Orsini, citoyens du vieux temps, s'arrêtent, et, devenus yueilcs et rétrogrades, laissent leurs anciens alliés, les Colonna, seuls à la tête du parti gibelin. Le nouveau pape qui succède à Martin IV ^ Honorius IV de Bologne^ paralysé des bras et des jambe S; semble choisi exprès pour maintenir le chatnp libre à la guerre. A sa mort, la guerre éclate : oii voit deux sénateurs, l'un e:uelfe des Orsirii, Vautre gibelin des Colonna, La lutte, qui dure deux ans et trois mois, pénètre dans^le conclave, réuni dans la Sabine, où six cardinaux meurent de mal' aria et peut-être empoisonnés. On élit enfin Nicolas IV, créature des Colonna, et tout est changé de nouveau; la satire le montre la tétc sortant d'une colonne, avec deux autres colonnes devant lui repre.-enlanl les deux Colonna, qu^il place, l'un dans la Marche d'Ancône, rauire dans la Romagne. Les guelfes tremblent; pour eux il est «initium malorum, x» et après lui on trouve encore la guerre civile,rabsence de tout sénateur, puis deux sénateurs, l'un guclte, l'autre gibelin. Le conclave ne se réunit à Péroiise qu'an bout d'im an ; il se déchire pendant une année, et ce n'est que pour aboutir
CONTRE LBS DEUX 8ECTK8. 503
au demi-interrègne guelfe de Cétostin mni erinite qu'on choisit, paralysé d*esprit comme Honorius Tétail de eorps^ pour continuer la guerre ciTile...
En surmontant la réaction^ les flots irrités de la démocratie débordaient en torrents alternés : ici guelfes ; là gibelins^ les uns sous le drapeau de l'Église, les autres sous celui de Tempire. Les révolutions se multipliaient avec une force dévastatrice qui elfrayait les combattants eux-mêmes^ et le voyageur qui parcourait lltalie ne voyait que massacres et ruines. « La a ruine de Crémone^ dit le chroniqueur d'Ast, ne peut c( être égaillée.... D'aprè.s inon souvenir, les Bolo- « nais ont eu beaucoup de carnages et d'expulsions. « De mon temps, j'ai toujours vu Ferrare^ Modène, « Parmcj Brescia^ Grème^ Plaisance^ Tortone^ Alexan*- « drte>Alba^ Turin, Aqui^ en trèsrmauvais état, comme u elles le sont en ce moment. Bergame a fait une « mauvaise fin , car les premiers expulsés rentraient « avant la tin de l'année, et les premiers et les sca conds renversaient une grande quantité de mai- « sons, avec la mort de beaucoup de. citoyens de Tun « et de l'autre parti. » A Vérone, poursuit le chro- « niqueur, le Scala abat chaque jour les maisons des « guelfes. J'ai été à Mantoue, et j'ai trouvé les mêmes « scènes et une immense dévastation de maisons. » A Gènes, il assistait à une bataille qui durait quarante jours, comme celle des Lambertazzi de Bologne. « Je a me souviens, iyoute-t>il, que les partis d'Alexana drie se sont mutuellement expulsés sept fois^**.. « J'ai vu plus de cinq fois les chevaliers de Pavie en a dehors^ de sorte que la ville est déchue et presque « entièrement détruite ; » et chez le même chroniqueur, rhisioire d'Âst se réduit à un horrible va-at-
504 LA RiAcnoN toimncALt
vient de citoyens ot de concitoyens démolissant leur propre cité. — Culvi^qui écrit les éphéinérides de Bergamc, trouve a peu près les trois cent soixante-cinq jours de raniiéepris» par la lutte desdeux sectes. lisez sa table : «Guelfl et ghibelUni, écrit-il, ou n'en met pas les « combats, car presque tous les jours ces deux factions a sont aux prises. » — a DucUi di guelfi e iii gliibellini : ils ft sont en trop frrand nombre pour qu'on puisse les c mentionner. » Koliandino de Padouc , chroniqueur contemporain, dit que les villes restaient encombrées de ruines, comme si elles avaient été secouées par un tremblement de terre. Souvent, au commencement de la bataille, un partie se croyant victorieux. Incendiait les maisons de ses adversaires, puis, accablé, il voyait en fuyant ses pi o[)re maisons incendiée à leur tour, et le sac tourné en sens inverse ; les vengeances appelaient des vengeances, les dévastations provoquaient des dévastations nouvelles, et l'existence même de la villeétait mise en question. BIccbi dit qu'à Caglî^ « les haines «t sTexaltèrent tellement à cause des deux sectes, que les « uns étaient tues, les autres s\>xilaient; d'autres encore, « spoliés de leurs biens, s'enfuyaient pour éviter de plus « grands malheurs. » En i^l, on renouvelait le combat avec « strage ferina;» et la victoire, en s'altemant, laissait la ville dévastée et déserte, a scherzo lugubre « per il vlandante. )»Jesi dépérissait à tel point que Baldassini , son chroniqueur, n'ose pas exposer la lutte trop sanglante, et dit seulement qu'en 1275 « saint « Grégoire X apaisait les factions, qui avaient réduit la c ville à un état désespéré. » Biais la réaction de la paix n'y durait pas plus qu'ailleurs , et en iStô les gibelins étaient expulsés comme à Florence et à Bologne; le combat continuait, et tellement féroce, qu'en 1302
a»I«TRK LES DEUX «EGTKft. 50o
encore^ les citoyens demandaient à trente-cinq familles «de s^engager sous serment à ne pas attaquer le peu-
c( pleet à nepa? démolir la ville. «Quelques cités, comme Césene et lmol;i , Hcvenuient le champ de bataille des comhiunes guelfes et gibelines qui les entouraient. Fo/tgno^ gibeline, était rasée en 1287 par les guelfes de Pérouse. Camerino, détruite avantla réaction par les Soichi et par le roi JUainfiroy ^ prenait sa revanche après la réaiction, et en 1276, elle frappait à mort les villes voisines qui avaient conspiré ^a perle. C est ainsi que périssait Urbisaglia^ dont les nobles étaient déportes à Canieriuo, tandis ({ue Smigaglia ne pouvant venger la destruction qu'elle avait subie sousPinfluence de Hatn/Voy» voyait arriver en IS80 d'autres gibelins, guidés par Gui de ManUfdirOf et mille cinq cents de ses guelfes étaient passés au fil dé Tépée.
Mais ces villes rasées, ces batailles multipliées, ces fureurs continuelles et ces tniirédics civiques, donneraient une idée beaucoup trop imparfaite et modérée do cet effroyable guerre, si on oubliait qu'elle plonge dans un autre milieu de guerres municipales et de guerres aux châteaux qui continuent^ s'achèvent ou flottent entre le progrès et le recul; de sorte que presque toutes nos indicalions sont extiailes d'une foule d'autres in«îications mille fois plus nombreuses, où l'on voit les villes , les cbâteaux, les bourgs aux prises, avec un tourbillon de ligues et de contreligues mobiles qui donne le vertige. On s'étonne que le sol ait pu fournir tant de combattants à la lutte. On est surpris de trouver sans cesse les personnages, capitaines, podestats, guerriers ou grands sei^nicurs, toujours l'épée au poing, à cheval , sur le champ de bataille^ saccageant, ravageant les villes et les villages.
806 LA RBACriOM POMTIVICAU
Ou à peine à surmoaler rinviacible préjugé qui fait supposer la barbarie là où les hommes^ bardés de fer, visent à s'entr'égorger « et sans les églises, les tours, les bôtels de ville, les peintures, les mosaïques, les
fontaines, les acqued'ics, les monuments qui se multiplient chaque jour sur tous les points de la péninsule, l'imagination troublée réclamerait une excepiion à la cruelle loi qui fait marcher de pair les massacres et la civilisation. Les historiens postérieurs gémissent en exposant tant de catastrophes ; Térudition pleure sur tant de ruines ; et cependant à peine les chroniqueurs coutciiiporains en pai leiil-ils avec la douleur tpii accompagne néce«-sairt meut la lutte : car ils savi ni que ces combats sont un progrès^ une destruction continuelle de toutes les servitudes anciennes et abhorrées; le double torrent guelfe et gibelin emporte d'innombrables châteaux échappés à la guerre consulaire; la liberté, autrefois monopole sous l'évêque , sous les consuls, sous le podestat, s eteud aux arts, aux méiiers et à la plèbe. Si d'anciennes familles disparaissent, avec elles disparaissent de vieux préjugés, des haines royales éteintes à jamais dans les cimetières; les villes sont à des familles nouvelles, à des généralions progressives. Si les palais et leurs tours admirables tombent par centaines, les maisons surgissent par milliers avec les fabriques. Si Urbisaulia, CajJïli ou Jesij Aqiiapendente ou d'autres villes militaires périssent, lltalie moderne naît commerçante, avec son industrie guelfe et gibeline : au centre éloigné de Pakrme succède Naples fastueuse; à Pavie abhorrée succède Milan, la seconde Home;Lucques chétive est rem|)lacée par Florence; la liberté s'avance victorieuse, avec ses deux couleurs ; et on doit dire avec le poète
CONTRE LES DEUX SisCTiiS. M)7
que ritalie ne meurt pas, au milieu des massacres.
Ansi gîrar Is HberU mirai
E baciar Heta ogni rovina e dire Rovine si ma serviiu non mai.
Les villes qui euiravaieni les mouvements italiens dans rère des consuls se trouyent brisées en deux, de sorte que la dualité guelfe et gibeline glisse librement d'une province à l'autre , depuis les Alpes
jusqu'au délroil , pour aniuicr toute la péninsule avec Tunilé de la guerre. Plus de villes contradicloires comme Pise, qui empêchait les deux ligues de Milan et de Pavi'e de se propager en Toscane. En 1266, toute la Toscane est guelfe; en i270> elle est toute gibeline ; les deux courants se creusent ensuite leur lit, sillonnent la patrie tout entière^ et la démocratie de la basse Italie ne peut pins combaUre celle de !a LoiuLaidie; Na[)les surpasse Palerme, et le Midi commence désormais à fraterniser avec Milan.
Cette Italie^ rude et grossière dans ses premiers vagissements de la liberté consulaire^ désormais splendide et éclatante par la force des deux sectes^ secoue le latin gothique qui lui enlevait la parole, et, une fois la réaction surnMtilL'c ^ parle deux nouvelles langues : celle des quelles, apportée par Charles d'Anjou, et celle des gibelins, née à la cour de Frédéric 11 et de Mainfroy. La première, ou le français, exerce une telle fascination qu'elle est adoptée par l'aristocratie populaire des villes romaines, et qu*elle est, dit-on, « le lana gaj^e plus dclcclahle, ei plus commun que moult «autres. » Les pilxlnis paileni cette langue màle et orgueilleuse ^ bercée par les premiers poètes siciliens^ développée par les grands seigneurs et appelée aulique (mtH^mm) \ elle choisit ^ avec le goût des cours^ les
motSi les phrases^ les tournures les plus élevées dans cbaque dialecte italien. Pendant quelque temps les deux langues restent en équilibre^ et on ne saurait dire
l.'uiuelle pourra lVMn|torU^r ; enlin ia fondue friunyiisc passe, et cVst l'italien (jui IriompliP, sauf à reproduire dans sa niarcUe réteraeilc oscillation dos deux sectes. Car la langue aaiique, arliticieusement choisie dans le parterre de toutes les villes» se trouve assaillie par une autre langue d'une élégance enivrante» qui surgit et s*étend avec le démocratie guelfe de Florence, et la poésie se développe double, moitié gibeline et moitié guelfe, comme Tltalie de Fiesole et de Florence, de Pavie et de Milan, de Forli et de Faenza, de Palerme et de Naplçs» de Vempereur et de l'£glise» de la loi et de Tamour. Les deux partis se heurtent plus tard dans toutes les phases de la litlérature italienne: Dante, qui est gibelin, invoque l'ancien empire des Hohenstauffen, étoriiio tjn'il est de vivre sous la déchéance de l'interrègne ; Pétrarque, qui est guelfe, désire le pontite a Rome avec des tribuns qui le défendent; Boccace, qui est sans désir» révèle encore la lutte des deux sectes dans des aventures romanesques» et ce.groupe joyeux et insouciant de dames et de cheTaliers» réunis dans une villa, loin de la peste qui dévore Florence , laisse voir dans le Decamerone la scission guelfe et gibeline ; comme une veine colorée dans un marbre éclatant de blancheur. La Fianimetia» qui loue Cbarles d'Anjou, est applaudie par les guelfes, mais les dames gibelines se taisent» commmdàr nol vagliono: dans le conte suivant, en parlant de Pierre d'Aragon, Pampinea obtient un succès opposé que toutes les dames apjji ouvent , ma più le ghibelline chc VaJire. Ailleurs» vous voyez Gbino di Tacco, châtelain d'em-
GONTIIB LBS DRITX SSCTES- S09
pnint, brigand de profession , giielfo de raligion : fi
enlève un prélat du sainl-siéj^^e , le j^iiéril en le forçant à jeûner, elle [rd\)c reconnaissant le nomme prieur d*un liôj)ital romain , après l'avoir créé chevalier. Dans le coule suivant, vous trouvez ies guelfes et les gibelins devenus chevaleresques dans l'art d'assassiner, et Mitridane, jaloux de tuer un homme qui le surpasse en muniûcence, se voit de nouveau sur[)assé par son rival, qui lui fournit avic la prévenance Ju plus excpnso tous les moyens de l'assassiner.
Malgré son aridité apparente, rbumblc chronique suit la faction qui emporte le chroniqueur; le même récit imsse d'un parti à l'autre sous la plume du copiste qui lo transcrit. Quelques misérables variantes placent toute Topposilion des deux sectes entre le chroniqueur cii; Florence, Ricordano Malaspina, et Jean Villani, son élégant [)lagiaire. Regardez allenliveinent ces deux Florentins, si semblables qu'on ies prendrait pour deux frères jumeaux, vous les verrez le fer croisé sur les points les plus décisif:*. Qui a fondé Florence? Les Vberii, s'écrie le gibelin itfa/«uptna , les faisant descendre de Catilina , chassé de Komc par César et fixé à Florence ; mais, pour le gut 11. \ illain , les Uberli ne sont que des Longohards, des barbares, des ennemis campés a Fiesole où à Certaido, et nullement à Florence. Qui détruit Florence au cœur du moyen âge? Un hasard , répond Jfo/a^ptna^ Attila^ l'aveugle fléau de Dieu; mais pour Yillani, le fléau destructeur de Florence, c'est le royaume représenté par Totila, c'est l'invasion d'où sortaient les Uberli, c'est le parli gibelin. Qui a reconstruit la ville démantelée? Les Romains de Rome, d'après Malaspina, qui s'obstine dans ses origmes impériales et romaines, jusqu*à faire
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descendre les empereurs d'Allemagne de ia maison des Uberli; mais Villani hausse les épaules, et, suivant lui, Florence doit sa résurrection à Charlemagne, le destructeur du royaume^ Tennemi de tous les comtes loRgobards^ ces premiers gibelins dévastateurs des villes italiennes. Villanî plus récent^ plus lettré^ se Beratt-îl borné à rectifier les faits? se serait-il limité à élaguer les fables évidemment absurdes de son adversaire? Non, il n'a supprimé les fables gibelines que pour y substituer d autres fables qui ennoblissent les guelfes. Il montre Jésus-Christ apparaissant à Robert Guichard pour lui prédire le succès de cette fédération normande qui se réalise au nom de Dieu et du peuple, et qui devient hostile au royaume de Paterme y au mariage de Constance et aux gibelins de Mainfroy. Il fait descendre la couiltsse Mathilde de cet Olympe doré de l^empire byzantin, la déclarant flile de l'empereur d'Orient, auquel elle échappe, ditil^ avec un duc son amant^ pour se réfugier, comme Berold et Aleran, en Italie, où elle se fixe à Ganosa et se réconcilie d'ailleurs avec son père, qui renonce à la détacher de son époux et à la i appeler à Rvznnce. Ri' cordano Malaspina parle peu de Frédéric Barberousse et ne rappelle nullement les dévastations de Milan, de Crème, de Ghieri, de Spoleti,de tant de villes lombardes et pontificales, et plus lard son silence est suivi par Fautenr«de la Difuim Comédie, Villani s'étend, au contraire, pour expliquer longuement comment Frédéric a créa quatre antipapes qui moururent tous « de mauvaise mort. nRicordano Malaspinane dit rien d'Alexandre III, le héros des consuls de Lombardie; Villani le montre marchant sur Frédéric, « super aspi* «dem et basiliscum;» enfin, le gibelin se tait sur
CONTES LSg DSUl SBCTgS. 5ti
Faction de cel empereur à Florence, mais le guelfe ne roublie point et lu! consacre un chapitre pour dire « comment il Ma à Florence ses juiuliclions « sur la campagiiC;, » e ma/ voleva conlro la ciltCL Pas de chroniqueur qui ne se passionne et ne mente malgré son impassibilité apparente; tout est altéré, et, si Ton veut rétaUir les faits, il faut tout reeti* fier.
Peu à peu les rélicences, les altérations, les fables suivent rimpulsion du progrès général, et l'opposition des deux sectes s acliève en créant deux traditions contradictoires. Celle des gibelins épouse Taocienne cause des Longobards contre le pontife de Rome, la lutte des comtes contre la démagogie épiscopale , la querelle des châtelains qui perpétuaientlessonvenirsde la chevalerie, celle enfin des libérateurs miiilaires(jui sauvaient Pflvîe et cent villes, conune Lodi, Como ou riesok, altaipiées par des manants; elle cherche lu vérité sans compter les YOix; elle protège les consciences en prêchantla loi et elle crée un César libreet légal qui n'admet ni dispenses pour les serments, ni révolutions indéterminées, ni républiques désarmées, ni souverainetés avortées. En rappelant le passé, les gibelins glissent sur le mal, ingistentsurle Lien, et la maisondeVeihcbngen, enilieilie par la poésie des distances, grandit comme une mythologie chevaleresque, parce qu'elle a tenu téte aux pontifes de l'Ëglise, aux dévots des villes libres, à rignorance des multitudes, pour affranchir rintelligence des individus que la destinée appelait à gouverner et peut-être à tromper Tindocilité et la bassesse des humains. L'empereur a transformé la croisade en une promenade ; il a préféré la Terre de Labour à la terre promise, la religion des astres à celle du Christ,
âli LA aSACnON POi'tTIVlCALR
il a remplacé les moines par des savants, les évè(]ues par des astrologues, les prélats par des physiciens, 1 Evangile [lai Avcrroës et le vieil empire des châtelains par un empire civilisé, républicain, poélique comme Sienne, Pise^ Gènes ou Lucques. Le flottement de l'anarchie^ le va-et-vient des expulsions, le boule- Yersement continuel de toutes les villes, empêchent de distinguer le possible de Timpossible. On s'avance vers l'inconnu avec l'audace de Tutopie, et Ton demande la paix qui s'envole aux lois impériales, aux iiierarcbies féodales, au respect récijuoque des villes libres, à l'exiermi nation de tous les guelfes Fcrracani ou Mazzaperlini^Gatteschi ou Torriani, auxquels on impute les massacres, les incendies, la démagogie ingouvernable^ le sang qui coule a grands flots et les mille fureurs de la guerre italienne. Tout cède dans l'imaginalion des gibelins : qui oserait nier l'empire ? qui voudrait s'insurger contre les gloires du genre humain? Personne, mais le parti guelfe se prétend aussi impé> rial que les gibelins, à son tour il attend son empereur, son chef de la dynastie des Velfes, le véritable erope* reur reconnu par le pape, chéri de TÉglise, sanctifié comme Cliarlemagne, populaire comme Othon I", et la tradrtion gibeline se trouve retournée par la tradition opposée d'Alexandre 111, qui protégeait la ligue lombarde; de Grégoire VU^ qui combattait la féodalité impériale; des anciens évéques, qui luttaient contre les rois italiens ; des pontifes» qui démolissaient pièce par pièce le royaume des Longobards^ ou s'enfoncent comme dans un marais les traditions du parti opposé, qu'on rend solidaire de Tunité arienne et des invasions barbares. D où venait pour les guelfes le progrès italien? Des Romains de Rome et de l'Italie, toujours aux prises
GUMHK LU.» irnVX SKCIK^. 513
avec le royaume quelle qu'en fût la forme; de leurs révolutions qui dévoraient Fnn après l'autre les rois
gotbs et longobards, les chefs de Spolelî,de Vérone, d Ivrce ou de Provonce; enfin de leurs combats contre les royalistes retnincht s dans les curie s municipales, dans les forêts de la campagne et sur les rochers des ApenDins. Qu'on juge donc de la haine des guelfes pour ces gibelins > dernière poussière du royaume qui les empoisonne! Ils s'avancent au nom du demi-dieu des villrs romaines conire la fausse liberté de la féodalité , conire lltiiposlnre (lui cJiercbe un refnpre dans les replis d'nne légalité meuleuse, contre Tinfamie occulte d'une raison d'Etat où Ton se moque du sort du genr« humain. On élève donc le pape audessus de la loi, de la liberté , du serment, de l'honneur; continuateur du Christ, on veut qu'il accable tout mystère féodal, toute science individuelle, tout encharUeinent malfaisant, pour que chaque peuple triomphe dans l'immense variété de sa prospérité industrielle. Avec de telles idées, on opposait à l'empire gibelin une papauté qui n'était pas celle de Rome, et on vivait dans une église idéale où Télan de la démocratie embrassait Faudace des tribuns, les l'êves des moines, les spécula lions de s marchands et les pensées de toîis les ennemis de i';it isloi î ;ilie gibeline Peu à peu les deux systèmes des sectaires dépassaient les confins de ritalie pour devenir cosmopolites et enrôler sous leurs drapeaux opposés tous les peuples de l'Europe où depuis la réaction de Charles, chaque nation était guelfe ou gibeline, comme une ville italienne, suivant que son gouvernement était Tallit de Charles ou < de Mainfroy , du pape ou de !'rni])errnr, guelfes ou gibelins. C'est ainsi que pour 1 Italie la France devient