CHAPITRE III
L* UMTwa roaTiriULE coaiu ut o£ux seciu.
Le pape appelle Charl -s rî'Anjou à la conquête des D^-jt- Sicilea,— pour régner m podestat impartial sur les t^- ni sectes italiennes. — Mais Charles d'Anjou devient guelfe avaiit d*«voir TU 11t«lîe.^Il exige que le fief des Denz-Siciles lui ■oit eceordé à des conditions guelfes. ~ Le conquiert arec les forces et les fureurs du parti dont il devient le chef. — Et il rèpne en combattant les gibelins, malgré tous les efforts du pontife, qui veut équilibrer les deux sectes. ^Âquila guelfe contre Mamfroy reisvscite gibeline contre Charles d'Anjou pour continuer la guerre civile.— Même évolution à Béoévent. — T e? efforts du pontife déjoués par l'agitation croissante de 1* iorence,— d'Orvieto,— de Bolognequi chasse 12,U00 citoyens, —de Faenza qui les féte et les massacre, — de Plaisance ou les guelfes envahissent et chassent Psiaeiemo,— de Parme qui partage les colères de Plaisance,— de Crémone qui chasse les 10,000 partisans de Buoso, — de Cr " me incendif'o, — de Brescîa insurgée, — de Verceil ou les gibelins tuent le podestat. — de Milan où les guelfes massacrent Ô2 patriciens, — de Trévtse oik Ton décrète la peine de mort contre les étrangers qui prononceraient le nom des deux sectes. — Scènes variée» k Ferrare , àChieri, k Mantoue , \ ^îodène, à Rep'p-io, h Forli, k Vérone, à Lodi, à Sienne à (iénes , à Pise, en Sardaigne, en Corse. — Les guelfes et les gibelins déchirent le conclave.» et la déTaatation des denx sectes bonloTerse tontes les TÎlIes. «—Mais c'est une dévastation révolutionnaire, c'est-à-dire ntile, bienfaisante, lil 'ratrice, — et qui donne deux langues, deox poésies, deux religions nouvelles à la nation.
IjB pape, menacé par les deux sectes, au miliiMi d'un peuple qni invoque des princes étrangers stir nii hôiie qu'oD dirait mis à reachère, oe peut plus régner sur Rome^ s'il ne fait un pas en avant pour arrêter la révolution en progrès. Il se déclare podestat, en acceptant Iui*méme ce rftle de dictateur impartial qu'il avait toujours combattu, et des Alexandre iV, eifrayé de
La iitAcrioS PoNtlFÏCAiM contke Lks bElt sectes. iC>{
Voir chez lui les couleurs des deux decies, s'efforce de régner comme un juge, entouré de consuls ou de notabilités proyî^ires. L^aonée suiTante, à sa mort, la
nouvelle élection amène une longne lutte qui dure trois mois et quatre jours^ et « [)ust iiiulUun dissensiouem» l'É^^lise ailopte le plan de l'impartialité, en firoclamant UQ punlife étranger aux citoyens et aux concitoyens, un Français, le patriarcbe de Jérusalem, qui prend le nom d'Urbain IV, et qui généralise la réaction pour jeter Tltalie tout entière sous le joufi^ d'an podestat unique à son service , imitant Faclion de Hodolpbe sur l'Allemagne, et de saint Louis sur la France. Le grand ade île son règne est d'ap[»eler Cttarles d'Anjou à la conquête des Deux-Siciles. Le roi gibelin terrassé dans le Midi ; les guelfes à moitié ralliés, à moitié comprimés par rÉglise ; les batailles municipales étouffées par des légats envoyés dans les villes et appuyés par l'ascendant du saint-siégc; Home enfin domptée parle voisinage d'un roi pontifical prêta réprimer l-'S gibelins, ic pape devenait alors le grand jugedcTItulie, l'arbitre de la paix et de la guerre , depuis les Alpes jusqu'au détroit. Mais cette réaction de limpartialité subit le sort de toutes les réactions, car le pontife désarmé ne peut s'aventurer au milieu d'innombrables mêlées, et le feudalaire invoqué se trouve paralysé et soustrait à l'Église [)ar les torces vivantes de la guerre, qui le mettent dans la nécessité d'être guelfe ou gibelin.
La réaction rencontre une première résistance , dès les premières négociations d^Urbain IV avec Cliarles d'Anjou. Le pape offre le royaume, à la condition de régner sur les partis, d'é(|uilibrer les factions, de s'élever au nom de l'Ëgtise impartiale, coiiiiue au lenjps des Normands. Fondé sur son droit, sur la tradition,
402 LA RKACTION PONTIFICALE
sur la donation, il combine toutes ses réclamations de manière à devenir Tarbitro de lu péninsule^ d'après son andenne saprénoaUe interprétée au point devuedu podestaU^'agit-il de régler la succession du royaume ; il U veut rigoureusement directe, excluant k s puînés, les femmes, les lignes collatérales pour rentrer à chaque instant dans la pleine propriété de son fief des Deux-Siciles. — S'agil-il de déterminer la suzeraineté du .8aint-siége;il exige quête roi entièrement soumis^soit sou liomme lige, et que tous les ans il offre un cheTal « blanc, beau et bon, » pour qu'il ne reste aucun doute sur le droit aljsolu du saint-siegL'. — S a^it-il de déterminer le cens ; il le porte à 4,000 onces d'or, payables chaque année dans la ville où il se trouvera au mouieuL de l'écbéance. — S'^i-il de déterminer les confins du royaume} U le» resserre pour les réduire aux micéror bles proportions du temps de Drogon et de Humfroy, et il se réserve la Terre de Labour, plus une partie de la Principauté Ultérieure et Cilcrieure, Gaëte , Fondi , Capoue, Sora, Aversa, Muul-Cassin, Saint Germain, Acerri^>Mola, Avellino, Naples et ses îles.— Quelle est§a grande appréi^ension ? Celle de voir surgir un roi guelfe qui reproduise en sens inverse l'action de Moinfiroyf ou la domination de Frédéric 11 sur les villes militaires ou romaines de la iiaule Italie. Il exige donc que le nouveau roi renonce pour toujours à l'espoir de régner sur TAllemagne ou sur la Lombardie, et que s'il devient empereur d'Allemagne ou roi de Lomliardie il abdique les Oeux-Sioiles , et ne les laisse k son fils qu'en l'é* mancipant solennellemeni^De plus» il lui interdit de contracter aucune alliance sans sa permission, se réservant sans doute de la lui refuser dans les cas où le courant guelfe lut livrerait^ dans uu^ ondulation &ubii&,
Wtm %» MOI wctËA, 4GS
la pliis grande partie des \ilies du nord. Dauss.'i méfiance^ il pousse U précaution jusqu'à (léicruiiner l'effectif des troupes que te roi doit amener avec lui pour la conquête du royaume ; il ne le Teul pas trop faible pour ne pas s'exposer aux Ylctoires àeMainfroy ; il ne le veutpas non plus trop fort, pour ne pas se trouver a S I merci : il se méfie de l'aiiii, derenueiiii, craignant une victoire trop complète autant qu'une défaite. — Sur la terre même du royaume réduit de moitié et humilié, il veut que le roi reste en présence d'une opposition toujours assez forte pour que le chef de rËglisc puiss'e jouer le rôle de podestat entre la couronne et les barons. On le voit réclamer, comme conditions péremptoires , le rappel des ijommes proscrits par Mamfroy; la révocation de tous des édils de Frédéric 11, de Conrad / F et de Mainfroy contre la liberté de l Eglise ; Textirpation des hérésies^ la restitution des biens confisqués aux évoques et aux abbés; et l'exemption pour les ecclésiastiques du for laïc , soit civil, soit criminel ; il voulait qu'aucune autorité séculière n'inipu^àl des cliai'^es aux éj^^lises; que dans les cas des vacances la couronne ne perfiût aucun droit de régalie et d'usufruit ; enfin il exigeait qu'à peine arrivé dans le royaume le roi réunit les comtes, les chevaliers et les citoyens en plein parlement pour leur faire jurer de se révolter contre lui-même, dans le cas où il violerait une seule de ses promesses à TEglise. Le parlement devait en outre être convoqué tuu» les dix ans, et le serment reuouvelé à Cbaque convocatiou. Cette seule condition accordée^ le roi se ti*ouvait réduit à Tétat de châtelain impuissant devant une opposition organisée, et par la force de l'équilibre le pape devenait le seigneur des DeuÂ-Sicileâ et du reele de 1 Italie.
461 u ^Utmi M>tifiM(Uii
Par lui-même, Charles d Anjou aurait tout accordé. Batailleur sans argent, jalonx de monter surun trône» dévot, féodal» arriéré > à l'affui d'un royaume an rabais, il ne pouvait être ni fier , ni exigeant, en présence du pape, dont il se faisait le soldat. Maïs il fallait combatlrc Mainfroi/, ranéanlir, le mettre datis l'impossibilité de se représenter à Pale rnie, debesiiérer les gibelins, tous armés et puissants, et les dompter dans Tintérét même de la victoire pontiûciaie; il refusa de passer sous les fourches caudines dressées devant loi par l'Église. La négociation traîna deux ans ; plusieurs fois Urbain IV s'adressa à d'autres princes, probablement forcés au refus; et la conclusion, sous Clément IV, fut que Charles d'Anjou, en résistant aux prétentions pontificales, devint guelfe malgré lui.— Il refusa la succession bornée à la ligne directequi aurait faitde lui un roi quasi-viager sur une terre sans cesse revendiquée par l'Eglise, et il obtint la succession la plus ample, mas^ culine et féminine, qui le plaçait à la téte d'une dynastie f^uelfe aussi forte que celle de Mainfroy. — Il refusa d'être l'homine-lige du saint-sie^e, n accordant que rhommage Libre, la dépendance nominale, et le cbeval blanc comme un simple 8ymbole.---C'est à peine s'il consentit à payer un cens de 800 onces d'or et à le faire solder anx différents domiciles du pontife. — Il voulut le rojauiiie entier , sans rien céder, hormis Bénévent. — Il repoussa le parlcinent décennal et le droilde rébellion réclamé pour des sujets qui pouvaient être gibelins. — Il ne fut facile que sur les conditions où rintérét des guelfes s'identifiait avec celui de i'Ëglise. Ainsi il accorda le retour des exilés qui étalent tous guelfes. — Il renonça à l'empire , éventualité qui s'offrail dans le cump des gibelins. — Il renonça a 1 espé-
CONTRE LES DBOX SECttÀ, i65
rftnce d'être un roi d'Ualie> parce qu'elle dépassait dé
beaucoup ses forces. — Il n'accorda an pontife le droit de déterminer l'effectif de ses troupes que dans le cas où il ne marcherait pas à la tète de l'armée, trop certain de ne pouvoir déléguer la mission défaire une conquête. — Ënfin il consentit^ avec une générosité toute française» lacontre-révolutloD ecclésiastique nécessaire pour opposer les évéques aux hérétiques, les moines aux Sarrasins, la croisade pontificale a l\iiliéisme impérial, la [lapauté guelfe à Farinnisme gibelin, promettant de dévaster, en barbare consciencieux, loule la civilisation introduite par Frédéric II et par le roi Mainfroy. • Pendant la conquête du royaume , Charles d* Anjou dépasse rapidement, sous iim pulsion des guelfes^ la réaction de Fimpartialité. Quelques villes piémontaises tournent leurs rep:ard3 vers lui; Milan lui demande un podestat et s'apprèle au combat : les p^ueîfos de Rome le proclament sénateur, au grand dépit du pontife. Avant de toucher Tltalie^ avant d'équiper son armée, il justifle déjà toutes les appréhensions sur sa grandeur future ; et c'est au pape, en 1265^ à lui fournir l'argent de l'expédition et à faire les frais de cette victoire qu'il redoute. Quand Charles d'Anjou arrive à Rome, il loge à Saint-Latran, dans le palais du souverain, où il trans[>orte en sénateur la nouvelle souveraineté des guelfes qui l'ont nommé. Bien que le pape réclame contre tant d'insolence , Charles reste dans le palais; et quand il marche, en 1266, sur Bénévent, à peine a-t-il touché le sol du royaume qu'il se trouve accueilli |>ar une insurrection de barons. Le roi gibelin ne peut tenir, ses hommes se débandent comme des citoyens de Florence à la veille d'un combat impossible. Messine s'Insurge contre la centralisation gibeline T, II, 30
41)6 lA IlKACnOK PONTIFICALE
de Païenne; une illusion emporta les villes diiMidi, rèveot toutes la djasoluUop du royatime et la lilierté des Tilles lombardes. Le conquérant français n*a plus besoin du pontife ; désormais cbef des fçtielfes des Deux-
Siciles, il se heurte contre Ma\n(roy , dans la cani' pagne de Bénévent, qui devient la place publique du royaume, et, Mainfroy vaincu et tué, ce sont les guelfes qui iriompheiit avec le plus terrible bouleversement qu'on eût encore vu*
Car Charles acbève sa Tictoire avec les fureurs de la secte: il chasse les Gibelins par milliers; il confisque liiurs biens, et les donne aux siens ; il dibti ibue en un seul jour ceiU soixante; fiefs à ses nobles français; il anéantit d'un coup toutes les insliLutions gibelines do frédérie H et de Mainfroy; il lance à fond de traîq ia contre -révolution ecclésiastique par les évêques, les abbés, les moines, les croisés et les insensés; il détruit de tbiid en cûiiible l'ancien royaume créé par Royer ; le grand centre des Deux-Siciles , pierre angulaire de rédiûce normand, capitale jadis musulmane qui avait vaincu Syracuse, Castrogiovanni,Naples, Amalfi, Gacte, Meifi, tous les centres longobards^ byzantins et nor* mauds, Falerme , est dégradée, détrônée» brisée à jamais, et son immense désorganisation s^acbève par une orgams.iliou nouvelle en sens inverse de r,iucien royaume, et fondée sur Naples qui devient soudainement la capitale des guelfes, le nouveau centre des Deux-Sicilas^ la pierre angulaire de la basse Italie prise au rebours. Charles lui prodigue ses faveurs» y établit sa cour» à l*imitatipn de la cour de Vtncennes» fod gouvernement centralisé, à l'exemple de la France ; et celte ville fédéral* . n]('Contente, ensanglantée par Contai, (tevient heureuse, régnante, vengeresse contre
Diyuizeo by
l'aBcienne unité de Palermt, Le pape est lupplaqté él
déjoué dans toutes ses prévisions. Pour tenip en échec lerovauinc.il avnit réclamé Bcnévent, el Charles la lui donue démantelée, dévastée a dessein [leiidant huit jours y spoliée de tout, hors d'état de se relever à jamajt, comme la tour des Tosinghi, eu oelle que Nicolas Gocco dédiait aux Romains. Le pape espérait que, de ^n poste avancé de Bénévent , il pourrait encore fo^ menter les séditions ieoilales des luirons, et les diriger contre la capitale de Paierine, et il voit siu'^nr Naples deiix fois plus rapprochée, plus puissante, ancrée sur lecontinent» eu face des anciens centres, et mille fois plus redoutable que l'unité sicilienne , désormais inutile et délaissée comme la Corse et la Sardaigne. Il en est donc réduit à poursuivre tout seul la réaction , à exciter les gibelins écrasés par kicon(|uéte, à combattre lui-même l'invasion qu'il a appelée, à s'associer aux récriminations des indigènes contre les extorsions épouvantables du nouveau roi, à exiger qu'il se fonde exclusivement sur des Italiens, sur le sable, qui! soit dévastateur avec douceur, quil rétablisse la grande cour des prélats, des barons et des communes qui , seule, suivant lui, a le droit de régler les Irais du bouleversement gênerai. Despote à Uomo, il devient incendiaire à Naples ; mais sa colère s'évapore en plaintes incobéreiltes et absurdes.
Désormais, les Deux-Siciles appartiennent aux guel«fes, aux gibelins et au terrible progr^de la guerre civile qui se déchaîne lioinblcj cuniine dans toutes les villes italiennes. En elTet, il est iiiipusailjlc que Palerme $e résigue 4 son sort, que la Sicile soit soumise au contiuepi, que les vilb.'S iioiileversées par l'invasion restent impaMîbles : l'actioo guelfe provoque la réaction gfbe-
4r»8 -LA RÉACTION FONTtf'lCALÊ
line, et en 4967, nn an après la conquête, le neveu de Mainfroy, Cmiradin descend en Italie pour réclamer
rhéritajçe de Frédéric IL Une moitié de la haute Kalie 86 soulève à sa suite , rinsiirrectîon gap-ne la basse Ilalie; Lucera^ la Fouille, Otrante , Gapilanata, Basilicata ae révoltent ; Cùnrad Capece, vicaire de Conradin, secoue la Sicile où paraissent les deux sectes des Feracani et des Felenit, les uns guelfes, les autres gibelins; et a\ec ces derniers la rébellion devient générale, excepté à Messine el à Syracuse , deux villes grec(iues ennemies de Palerme et napolitaines, pour que l'île n'en soit que plus engagée dans le progrès des deux sectes. Il faut recommencer la conquête guelfe et angevine, et Charles gagne une seconde fois le royaume à la bataille de Tagliacozzo : combat désespéré, où, d'après la chronique, il triomphe par un stratagème d'Alard, et, d'après la géographie, par la centralisation de Nnplcs qui refoule le nouveau prétendant. Cette fois Ciiarlcs proscrit les gibelins encore plus violemment qu'auparavant. «Le massacre qu'il fil des rebelles, dit Giannone, « ne peut être décrit il fit pendre les uns, égorger c les autres, et il en condamna une foule à la prison « perpétuelle. Les villes qui s étaient révoltées à Tarrivée c de Conradin furent bouleversées, dévastées, incen* .« diées; les murs d'Aversa démolis; Potenza, Corneto c et presque tous les châteaux de la Pouilte et de la Bac silicate cruellement détniits. On ne ménagea pas c non plus la Sicile,... où les habitants furent presque « réduits à resclavage, chargés de tributs, outragés, « dépouillés et rainés. » Ajoutez i]ueAtignsta, Gallipoli et Lucera furent rasées, que la famille Mainfroy périt dans les prisons, et que Conradin avec tous ceux de pa suite, livrés par \m Frangipane, laissa leur tête sur
eONTRB LBS DBUX SECTES. 46$
réchafaud dressé sur la place du Marclié de Naples, le [seul point du royaume où ce spectacle put être agréé comme vengeance légitime du sang versé par Conrad, I^s foreurs guelfes de Loffredo^ des Sanseyerino^ des Carracciolo^ d^tendard, n'avaient pas de limites : on multipliait les exécutions ; on colonisait la Icrre; tout ce qui écliai)i)ait au fer des sectaires était livré à rinquisition catholique. — Cause première de tant de malheurs, le pontife s'etlorçait encore de contenir son feudaiaire, lui prêchait la conquête à Tamiah\e, Textermination avec des procédés ctiaritables : il voulait même que Conradin fût vaincu et respecté, emprisonné et délivré; mais landis qu'à tiUe de podestat vilipendé et déconsidéré, il tombait dans le délire de la contradiction^ Charles, adopté par la secte, devenait l'allié des guelfes de la haute Italie et plus encore que Mainfroy ne l'avait été des gibelins. H proposait à la diète de Crémone de refaire par les guelfes, l'antique royaume des Longobards (\n*EceHno avait voulu improviser, à la honte des guelfes. Modène, Plaisance, Reggio, Ferrare, Creiiitnie le secondaient, elle pape n'aurait pu Tarréter si Milan, Pavie, Verceil Novare, Lodi^ Como, Alexandrie^ Tortone^ Turin, Bergame, Bologne et le Monferrat, ne l'avaient repoussé au nom de leura traditions fédérales, hostiles à Tunité des guelfes autant qu'à celle des gibelins. Le roi du Midi reste doue sur la terre ou l'appelle sa mission tragique. Sa ca[)itale grandit par la destruction de Bénévent, par la dévastation des provinces, par la ruine de la Sicile^ par le gouvernement victorieux, par la cour ambitieuse, par de nouveaux édifices élevés sous le coup de la conquête, par riniportance nouvelle donnée aux Seggi, où Ton rencontre les chevaliers improvisés^ les barons de toutes
470 LA ftiâcnmf pomimAui
les |)roviiici's , les iiiiiiistn.'s , les officiers de la couronne , les élran^cis de la l^roveiicf . liiutcs les s[)lendeursde Tluvasioii qui a confisque les bieus des giboiinSi et la plèbe de Tancien dogat^ celte masse nue, vigoilnSttse^ d^ine insoucianoe sAtis iiareille daos la majesté dii repos , exploite toutei les ressources ^ et d'après le proverbe que «f la fortuna vene à li dormienti, » elle se transforme en la |)lns grande démocratie du Midi, par la lurce i^eule du ciel, de la terre, du site et des arrivages. Palerme sacrifiée, humiliée, devient à son tour la Pavie de la basse Italie ; sa déchéance économique très-rapide la condamne à s'insurger; en combattatit la domination guelfe de Naples ; elle est le foyer le {)lus ardent des gibelins, et bieiiiôt ririsurrec-
lion doit se develop|>er plus violente que jamais
Dans les diverses villes de la basse Italie, les partis passent de Charles à Conradin et de Conradin à Charles^ sans méttie connaître la réaction du pontife. Parmi ces ▼illes, Aquila se fait encore remarquer par sa physio* nomie rustique^ originale, mais prompte à toutes les manœuvre! il une guerre incendiaire. Anéantie par Mainfroff et j),ir les chdtelaués, ses habitants demandent à Charles victorieux qu il tes Venge et relève leurs maisons^ Aussitèt les châtelains se fotit guelfes pour que le roi les protège, et que la ville reste démolie, a Vous ' « êtes gentilhomme, disent-ils à Charles d'Anjou» et il « ne vous paraîtra pas beau de déserter les gentils, « pour écouter ces vilains qui vous parlent. Alais les « vilains répliquent au roi : Si tu ne fais pas recon- « struire la ville d'Aquik^ tu seras abandonné par tous 4 les peuples inférieurs* n A peine relevés, les citoyens se Jetèrent sur les châteaux deyenus guelfes etroyalistes; « Ils âéTâsIèreot les châteaux^ dit le poête> ravagèrent
é toutes les grandes fortecesscs, til on ne pourrait dire le « ûoiiibre de donjoas qui furent détruits. » Lesciiâle* lains^ condamnés à se fixer dans lâ ville^ continuèrent à résister en guelfes fondés sur la loi du royaunne , leur unique appui , et alors les citoyens imitèrent à leur tour, en sens inverse, la révolution de h nrs adversaire?^ et de guelfes qu ils étaient^ ils devinrent gibelins comme le peuple de Palerme^ de /'{'se, de tienne ou de Vérone* La double volte-face des châtelains et des eitoyem se révèle déjà une année après la conquête à Rapproche de Conradin, qui fait soulever le peuple et pâlir les châtelains. En 1275, la peuple grandit ouvertement gibelin, il a son chef^ et la lutte des deux sectes se développe sans cesse*. *.
Impuissante dans le royaume des Oeux-Siciies où elle redouble la guerre qu'elle voulait étouffer^ la réaction pontificale est encore plus impuissante et repoussée par des rebonds plus violents dans les autres régions où Charles d'Anjou exerce une action tout à fait passagère ou indirecte.
Ainsi Bénévent déjoue toute intention d'impartialité> et se comporte comme Âquila. Son peuple était pontifical contre la centralisation impériale de Pâlerme,
encore pontifical contre Frédéric n,qui voulait Pétouffer sous Lwcpra , guelfe i)lus tard contre Taction gibeline de Main[i oyy qui le menaçait avec ses x^lleniands, ses Sarrasins et ses Siciliens unitaires; niais quand Vmnité du royaume passe des gibelins de Palerme aux guelfes de NapleSi la tille dévastée cette fois pâr Charles d'Ânjou, passe à son tour en sens inverse du parti guelfe à celui des gibelins , et c'e^l ainsi (ju elle se dérobe du même coup à la réaction du pontife et à l'invasion du royaume
472 LA REACTION PONTlilCALE
En Toscane, on sait à peine f$'ïl y a une réaction
pontificale, et on ne voit dans le nouveau roi des Deux- Sicilcs (jii'mi chef guelfe dont les conquêtes et les batailles loin d'eatraver les deux sectes, doublent et alternent les expulsions. Ainsi au moment de la défaite de Charles d'Anjou, Fiorenceétait gibeline, a Hais dès que la « nouvelle de la déroute de Mainfroy arriva à Florence, « dit le chroniqueur, les gibelins et les allemands com- « mencèreni a se décourager et à trembler, et les guel- « tes exilés s'apjHuchèrent de la \illc.... de sorte que le c peuple de Florence, plutôt guelfe que gibelin, com- 8 mença à son tour à s'enhardir et à murmurer, se « plaignant des charges et des frais imposés par le « comte Guido Novello et par les autres qui gouver- « naient la terre. Donc, ceux qui gouvernaient Florence «au nom du parti gibelin, voyant l'ébulljlion elles a murmures, et craignant que le peuple ne se révoltât, confièrent par pauvreté d^esprit et pour apaiser la « foule les fonctions de podestat à deux moines de c Bologne, Tun guelfe et Tautre gibelin, et nommèrent « XXXVI boni viri marchands et artisans parmi les plus « importants et des meillem s, chargés de conseil- « 1er les deux podestats, et de pourvoir aux frais de la « commune, et [)armi ces xxxvi magistrats, les uns « étaient guelfes, les autres gibelins, d Profitant de la concession de la peur et de l'erreur des gibelins, les guelfes refusèrent Timpôt, et menacés par les Lamberti, sinsurgèrent avec tant de résolution que le comte Giordano, cajntaine du iéu Mainfroy, quitta la ville avec ses Alleiniuids et que les Lihclnis s'exilèrent d'euxmêmes sans risquer le combat. Florence redevenue guelfe, placée sous le patronage de Charles d'Anjou, rétablit le gouvernement des consuls, fonde la Cre-
Dig'itjzed by
coirrae uss deux sbctks. 473
denzîi 0!i sénat de (jnalre-vinyls citoj^cns, le grand Conseil composé de cent quatre-vingts personnes, et un conseil de cent vingt arbitres chargés de la distribution des emplois; les biens confisqués aux émigrés sont livres, un tiers à la commune, un tiers aux guelfes endommaiiés par les gibelins, et un tiers au parli luiniêmc qui ï^'oriranise comme un petit État dans l État avec son assemblée des Soixante^ sou conseil des Quatorze, et trois et plus tard quatre capitaines, qui contrô* leot le gouTernement, espionnent les familles, et éternisent les proscriptions. C'est ainsi que Florence répète sur son territoire Texpédition de Charles d'Anjou. — Le pape ne renonce pas à la réaction de rimpartialité, et en 127.1, saint Gré^^oire X, qui \cut contre-balaneer Charles d'Anjou prie les Florentins d'amnistier les gibelins. Les guelfes céderont-ils à la prière du pontifel Voudront-ils liTrer leur propre victoire? Non, certes; ils cèdent en paroles au pontife , mais ils disent aux gibelins que s'ils osent rentrer, ils seront mis en |)ièecs par le roi. Les gibelins restent en exil, le pape trompéesl réduit à la ressource d'excommunier la république. En 1279, la réaction est reprise par Nicolas 111, et cette fois avec succès, mais uniquement parce que la démocratie italienne est a deux faces ; quand elle cesse de s'avancer avec les guelfes, elle passe aux gibelins; la forriie guelfe, fixée de[)nis treize ans, est en l elard, vil lilie, bornée, monopolisée \mv quelques ianiilles; la multitude qui s'élève devient forcément gibeline, favorable aux exilés et à la réaction pontificale. C'est pourquoi les chroniques florentines disent que la ville accorde le retour des exilés parce que les guelfes étaient devenus insolents. Cependant quand les exilés rentrent, les gueites gardent encore la moitié du gouvernement
474 LA BIACTION FOMTinOftlil
comfjosé de se|»l ^utiles et de sept »ribelins, et Tannée suivante, d'aj^rès la loi des villes romaines, ils g eiu[)areni des idées démocratiques mises en avant par leurs adyersaires, se les approprient, chasseot les sept gibelins qui 8*élaient glissés dans legouvernementetlondent les Tiogt-deux corporations des arts majeurs et mineurs. Plus lard les Quatorze sont réduits à douze ^ et choisis parmi les chefs des arts; et en 1-293, la reloniie guelfe s'achève par la création d'un nouveau peuple * qui remplace le vieux peuple créé à la chute de Frédéric et qui justifiait les murmures de la plèbe gibeline contre la secte. Désonnais les gibelins ne peuvent plus rester à Florence, el nous sommes à la veille de combats encore [)lus tragiques....
Partout la réaction est déjouée^ partout Tagilation est deui fois plus violente, et partout les guelfes et les gibelins imitent Charles d'Anjou, qui retournait sa propre eipédition contre l'impartialité du pontife.^ Ainsi l'histoire des deux partis de Pérouse commence à la descente de Charles d'Anjou avec la création du capitaine du parti a l iuiitalion de Florence. De plus, à cette époque, le gouvernement de Perouse se compose à son lourde quatre conseils; 1» La Credenza élue par les con-» suis; 9p k Réunion des recteurs ou consuls des arts; a^le conseil de Cinq Cents; A» le grand Conseil de la commune, qui doit être considéré comme le quatrième peuple créé par la lutte des guelfes et des gibeUiis. Plus tard, les luttes continuent, la chrunique dit en 4292 qu'on fit toutes les paix^ signe évident qu'il y avait eu des combats, et loin de cesser^ la guerre devient encore plus féroce.
Orvieto imite rexpédliion de Charles d'Anjou^ par i Si levi» et ereb il nuovo e secundo popolo.
OOHTRB LIS OByi fllCTM. 47l
lesMonaldescbi guull'es, coritr(î les Filippenhi gibelins, tous expulsés. En lâSOi les derniers pénètrent nuitammenl dans la ville avec tous les gibelins du {idtrimoine desaiDtPlfirre^ les iltij^ui/tora , Tevéque d'jlmxo, et massacrent les Monaldescbî en brûlant plus de 130 maisons. Mais dans cette ville^ romaine en haine de Ghiusi , les gibelins jouent encore de malheur, et au bout de quelques jours, les guelfes secourus par les Farnesi, les Soana et les Orsini, chassent leurs adversaires en démolissant les tours et les maisons auparavant épargnées. Plus tard^ les seènes de Panarcbie guetté et gibeline continuent et toujours avecie succès des guelfes el la défaite des gibelius.
Sous l'iuUueuce deCbarles d'Anjou, eu \ Bologuu ébranlée donne plein pouvou^ aux aucieus et au podestat de faire garder les maisons des partisans par des compagnies de soldats pendant huit jours^ et relègtie les Laimkecci à Mantom^ et les Seamhtcehi à Florence^ en imposant ainsi des pacifications forcées. Mais tout fut inutile, car dans la réaction de la paix, la guêtre éclata <( M violente, dit le Grllloni, (jiie presque toute « la ville fut détruite, et le podestat renonça à ses a fonctionsi » Puis on Tît des colères concentrées , des haines à peine dissimulées Sous le Joug de la loi> une loi toute guelfe et armée qui réprima une fermentation progressive; en 4^209, on insulta le podestat, en 1271^ les guelfes créèrent b s trois compagnies Tîiililaires delà Griffe, de la Justice et de la Patte avec de grands pri- TilégcSj et tous leurs membres anobbs pour réprimer les grandi»» tous gibelins. Un membre de la compagnie de la Patte ayant été assassinéf aussitôt les maisons des meurtriers furent rasées et (ousles grands se trouvèrent menacés, a Et> parce que» dit le chroniqueur^ ils mal-
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« traitaient les gens du peuple, en leur enlevant les a teniiueô et leur faisant d inlolerables vilainies, on a défeodit aux susdits magnais d'aller au palais et « même à ia campagne, où ils auraient été assassi- « nés. p L'année suivante, Thorizon se rembranit encore, et le podestat somma les comtes de Manzone de iiataîtrc a sua uibuiial où il les accusa d'avoir lue des iriaicUands étrangers dans la cainpairne. En 1273, « il y eut, dit Pugliola, un grand bruit et une «i très-grande sédition, laquelle fut le commencement « de la destruction de Bologne, » et enfin nous trour \ons, en 1274, la tragédie des Lamhertazzi et des Ge* remet. « Il y avait à Bologne, dit Ghirardacci, deux « illustres familles, les Geremei et les Lambertazzi, et a bien qu'elles fussent séparées par une certaine haine « à cause des factions des guelfes et des gibelins^, cette a haine ne put empêcher qu'Jniclda, ûlLe de Roland a Lambertazzi, jeune fille très-belle, ne tombât éper- « dûment amoureuse de Boniface, fils de Jérémie des a Gcrenici, très-beau jeune homme, et qu'il n'éprouvât « pour elle les mêmes tiammes d amour, qui em- « brasèrent les deux amants, de sorte qu'un Jour, ils a se trouvèrent ensemble. Laquelle chose étant con* « nue par les frères dlmelda, ils surprirent Boniface; «leur soeur s^élant enfuie, ils le tuèrent avec des a armes empoisonnées, le frappant à la poitrine, et « après ils en cachcrunt le cadavre dans un souterrain a et sortirent de la \ \\h\ Des (|ao les meurtriers furent a partis, Imelda remplie d'épouvante, poussée par un « noir pressentiment, revint sur ses pas, et voyant par « terre une traînée de sang, la suivit; arrivée là où « gisait son amant elle se jeta sur son corps encore « chaud et sanglant, et ia malheureuse commença à
COMTRR LES DEUX fîECTKà. Al1
< ducer de sa bouche les blessures empoisonnées, et « tandis qu'elle gémissait de la mort de Bonifacc, le
« poison lui passa au cœur et elle tomba morte entre
« le bras de son amant assassiné » T-iiitiis que celte
tragédie exaltait les deux sectes dans l'année même, il s'agissait de savoir si fiologne devait combattre Forli qui était gibeline ou Modène qui était guelfe. Les Geremei voulaient marcher sur Forli, les Lamberîazzi sur Modène; <c et pour cette raison, dit la chronique, ils « coiiuiiencèrent la bataille qui dnra quarante jours, de « sorteque chaqiiejour et chaque nuiiavecle fer, le feu, « les béliers et les bombardes, ils ne cessaient de se « combattre. Le nombre des morts et des blessés était « grand, et beaucoup de maisons de Tun et de l'autre a parti étaient brûlées, et les combattants se donnaient « à peine le temps de manger et de boire. Enfln les a tribuns du peuple arran^^èrent malicieusement cjue a dix nobles du parti des Gereniei et dix de celui des « Lamberîazzi iraient au palais de la commuue, et y « resteraient jusqu^à la conclusion de la paix. Cela fait, « les dix du parti des Geremei furent immédiatement « relâchés et on garda ceux du parti contraire. Alors « on commença de nouveau la bataille, et en détinili vc, « les Lamberîazzi ne pouvant plus résister à la tuule « innombrable de leurs ennemis, quittèrent Bologne, « et s'enfuirent tous à Faenza^ d D'après Griffone, on expulsa plus de lâ,000 concitoyens ; d'après Ghirardacci, près de 15,000, « dont les noms, dit-il, sont indi* «qués dans un livre de la chambre de Bologne.» D'après un autre chroniqueur, la bataille dura deux mois, et tous s'accordent à dire qu'on démolit les mai-
< PogUola.
478 U RKAGT(ON rOMTiriCALB
ions et qu'on eonûsqua les biens de tous les émigrés. Telle était l'expédition de Charles d'AnJon reproduite à BologDe*Mais les gibelins expulsés se vengèrent en attaquant la ville avec le secours de Faenza, de Fotii el du comte CMt'deMontefeltro,etles villes guelfes de Rimini, Parme, Modeiic, HH«if,no, Ferrare ne pouvaient pas empêcher que les Bolonais fussent mis en déroute et que Gerfia et Gésène révoltées ne devinssent gibelines.
Cinq ans après Texpulsion des Lambertazzi, en le pape persiste dans la réaction de l'impartialité^ et il demande a Bologne, comme à Florence et dans iesDenx- Siciies, que lesgibelins soient réintégrés, et que les deux partis restent en présence avec les haines qui débordent elles épées qui se dégainent toutes seules; mais au bout d^un an, les Lamfoertasn oommettont Terreur fatale de crier Mort aux guelfes dans une ville romaine ; leur cri devient le signal d'une nouvelle proscription où Boloiinc chasse encore une moitié de ses habilaïUs, fous ^(^ chevaliers; ne gardant plus que rinfanterie , les bourgeois> les Geremei qui mettent en réquisition tons les chevaux pour refaire l'armée municipale. Bientôt cette démocratie , organisée comme à Florence , dompte les derniers ndiles qui veulent continuer la vie féodale; elle fait tomlter les têtes d'un Lamberiazzi el d'un Seatuibccchi , elle rase les maisons des Bacellieri et des Herniy elle fonde un sénat de huit cents et un grand Conseil de deux mille personnes. Sont exclus de ce conseil les gibelins, les fauteurs des gibelins, les censiteires, les clercs, tous ceux qui ne seraient pas avoués des Geremei dès les premières batailles , toiis les individus au-dessous de dix-huit ans el ati delà de soixante-dix ans. Nous voilà aux extrêmes de la »iéniocratte; sera-t-il possible de dépasser un sénat de buit
CONTRB LK8 DEUX SECTIS. i79
cents per^onaea et un grand Conseil de deux intUe membres? Peut-on concevoir un plus grand progrès qui permette à la guerre civile d'alterner ses vicissitudes? Oui, au delà du peuple il y a la plèbe, à laquelle peu importe la liberté de liuil cents ou de den\ iiiillc persniiiiLs; elle demande l'éfi^alitéj et en H89,on trouve une émeute de sans-culottes {senza braglie), en l-2iil, un soulèvement de cordonniers contre le capitaine du peuple. haL plèbe, la guerre au pape> la guerre municipale, Tempereur ménagent des rentrée^ aux Lmiiriuzzi, qui se réorganisent sans cesse pour çssuyer de nouvelles déboutes.
Faenza, ville romaine et alliée de Bologne, lancée au milieu des péripéties oi)scures ei conipliquécs des guerres romagnoles, venait de chasser ses guelfes^ dans un éclat de colère gibeline , quand elle vit les doq»} mille proscrits poussés Tépée dans les reins hors des porîes de Bologne. Elle leur tend la main, les accueille, U> Uiloplc, s'en fait des soldats, un peuple, et ici la conquête de Charles d'Anjou, répétée au rebours, spolie les guelfes, et accorde leurs biens aux douze mille proscrits de Bologne. Rien n'est perdu, pas une épée^ pas un bouclier^ pas un cheval; la guerre exploite tout, on n'a fait qu'échanger les armures, et les gibelins, qui y rè^ ncul à coulre-senssur une ville toute guelfe de tradiiiuu, espèrent la tenir dans le parti opposé, sous le poids de deux cavaleries gibelines. En t279, le pape, qui poursuit la réaction de Timpartialité, demande aux gibelins de Faenza ce qu'il avait demandé aux guelfes de Bologne: la paix, la réconciliation, et il fait rentrer les Manfredi exilés, en les mettant en présence des Acarisij qui les avaient spoliés, et des dousse mille Lamb^rtazzij(\\ii couchaieat dans leurs lits. Les aum^t»-
480 tA RÉACTION MHTIFlCALtî
liés 86 trouvent, pour ainsi dire, dans la rue, hors de chez eux, dans une ville qui leur revient de droit; il faut que, par un ^ort suprême, ils écrasent d'un coup le^Acarisi et \esLamheriaszi, qui les espionnent ci les outragent chaque jour. Tibaldello Zambrasi conçoit le projet de délivrer sa pairie et nouveau Brutus, il joue la folie, pour habituer la ville à voir et à tolérer ses extravagances* La nuit il fait du bruit dans les rues, il frappe de son épée les serrures des portes, des barrières; et quand les habitants sont réveillés en sursaut, ils se disent: C'est le fou qui passe, et se rendorme iiL Au bout de quelque temps, le prctentlu fou se dernas(jiic a son père, à ses amis, aux chefs des guelfes, auxquels il reproche la honte de subir l'oppression des gibelins, eux qui se prétendent des sages. Il court à Bologne, déguisé en moine, la décide à lui envoyer des troupes, et, de retour à Faenza, une nuit il attaque nne porte pour la livrer aux Bolonais qui arrivent. Aucun f^ibeli[i ne fait attention au vacarme, c'est le fou (|ui passe; tous les Acarisi sont surpris, traques, chassés de maison en maison, passés au fil de Tépée, et celle nuit infernale passe à la postérité, célébrée par une fête annuelle à Bologne, ville guelfe, tandis que Dante, gibelin , jette Tibaldello dans la bolge des traîtres....
A la descente de Charles d'Anjou, Plaisance était gibeline sous Uberto Pelavichio, podestat perpétuel et maître d'Alexandrie, de Tortone, de Pavie et de la moitié de Crémone, avec Pontremoli et son ûef de San-Donnino. « Mais le roi Mainfroy étant mort, dit la «r chronique de Plaisance, il y euten Italie une grande « jubilation parmi les clercs et ceux qui s'ai)pelaienl « du parti de l'Église; et ceux qui étaient du parti de a rem pire furent découragés et attristés. » Pelavicino,
menacé sur tous les points do sa domination, conûa la garde d'Alexandrie et de Florence à Pavie, et celle de Pontremoli au marquis Malaspina et aux comtes de Lavagua ; fous ses efforts se concentrèrent sur Plaisance, où il espéra peser assez de sa personne pour étouffer la rébellion romaine, qui frissonnait au fond de la Tille. Mais, sous le vent guelfe qui soufflait de Naplcs. embrasé par 1 atmosphère de la Toscane, les guelfes de Plaisance commencèrent à exiger une réconciliation, et d'après la cbronique <c ils pensèrent, que le temps était « opportun pour parler de la paix. » Voyant le comte (ffberam Lando^amï et lieutenant de Pelavidno^ plongé dans la désolation, parce qu'il désespérait de racheter son fils, tombe cnlve les mains de Charles d'Anjou, ils s'emparèrent de sa douleur. «Avec la paix, lui direntils, tu rachèteras plus facilement ton fils ; que si tu braves la fureur de l'Église « la croisade t'accablera : « fais> si tu veux^ ce que nous disons, sinon ce sera fait par «d'autres. » Ubertino se laissant gagner, s'effaça, Pelavicino abandonné se vit trahi et supplanté dans la moitié de sa domination de Crémone, par Buoso de Doara attaqué à Plaisance par les Baffi et les Fontana^ dans la campagne par la révolte des châteaux, tandis que le traître de Crémone appuyait la révolution avec ses troupes et avec un podestat pris dans sa propre famille. Gomment résister à ce torrent t « Le marquis Pelavicino, conclut la chronique, remit lui-même la domination de Plaisance eulre le» a mains du seigneur évêque, qui l'accepta au nom du « seigneur pape. & Après la victoire , les guelfes jetant le masque de la douceur, fondirent non-seulement sur Peknckino en fuite, mais sur UberUno Lando, qui a^ait cru à la possibilité de la paix» Les deux chefs gibelins,
4M LA riIactioii fohtificalb
poursuivis dans 1 exil par la mauvaise fortune, "virent tous leurs châteaux démolis « et inflnita mala eis facta foeruot. » Leun anii« périrenl sur des bûchers que TÉ* glise alluma comme des feui de joie pour éclairer cette fftte sinistre de Plaisance et de Crémone. Mais qui triompha? Non pas certes Ti m partialité de l'Église, qui avait a[>peié Charles d'Anjuu; la guerre civile des Fontaija guelfes aux prises avec d'autres Fonlana gibelins, et plus tard les Scoiti combattaient les Landi, réintégrés cbe^s eut. « Tota clvltas erat in maxîma confusione. d
A Parme > où les deux partis en présence nommaient depuis trois ans chacun leur podestat , à la descente de Ctiarles d'Anjou, les guelfes se jettent sur les gibelins, les saccagent pendant trois jours, les poursuivent dans les châteaux^ et, dans Télan de lu victoire, se dégageant de leur propre féodalité qui les entraînait, démocratisent le peuple comme à Florence^ et en ils hissent la cloche du peuple sur la tour de la corn** mune. Toute inimitié contre Plaisance est suspendue, et ce sont les guelfes mêmes de l^arme qui achèvent la veng^eance de Plaisance, devenue guelfe contre son dictateur gibelin. Ils assiègent le âef de San-Donnino, et « considérant, dit la chronique^ que ladite terre ré- «t sistait toujours à Parme de toutes sesforces ;considé- 6 rant aussi qu'elle pouvait continuer dans Tavenir ses (c guerres habituelles, » elle la rasa de fond en comble sans y laisser ni tours ni murs, ni pierre sur pierre. 11 estsous-enieudu que la guerre civile reste libre avec toutes ses vidssiiudes et tous ses retours, soit en dépit de la yictoirè guelfe^ soit en dépit de rimpartiallté pontificale....
Buoso de Doara, qui régnait en gibelin à Crémone, avait inutilement trahi Pelavkino pour ne pas partager
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CONTAS LU» DIUX SECTES, 483
sa catastrophe; aprèsmi relard momentanéy dû à la tradition mifitairi» de lavîUe^ les guelfes éclataient et le
chassaiont avccdix mille gibeliûs, en conlinuant le combat contre les châteaux qu'il possédait dans la campagne, et contre les alliés qui l'appuyaient dans toutes les Tilles des alentours.. Pendant plus de quinze ans, on le Yit sur tous les champs de bataille^ dans tous les com^ bats; capitaine^ partisan^ banditetbrigand, il mena une vie d'enfer, mêlé à toutes les ligues qui s'improvisaient etse dissolvaient autour de sa patrie. Mais il fut vaincu, ses châteaux furent détruits, et il mourut dans la misère lapLusprofonde.—La révolution passe, comme la fou* dre^ de Crémone à €rème| où elle met aux prises, en 1269, les Benzoni guelfes avec les Gambazoeehi gibelins > qui sont chassés en 1278. Hais en partant, on dirait qu'ils confient auxéléïnents le soin de k.^ ytiiyer; et, tandis que leurs adversaires mettent le feu a leurs maisons, un vent soudain incendie 'presque toute la ville. Après quatre ans d'exil, les gibelins se vengent de leurs propres mains , en rentrant al^ec les troupes féodales du marquis duMtmferrat et les guelfes partent pour Teiil. Réintégrés par Milan an bout de deux ans, ils sont expulsés de nouveau en 1286
Brescia,sous le joug de Pelavicim,âevn\ev legs de la conquête d'ibC62tno^ voulait a tout prix être romaine^ et trois fois les guelfes avaient glissé dans leur sang en s'insurgeant par des efforts désespérés. Pour eux , la descente de Charles d'Anjou est le signal d*un dernier combat , et, après une bataille acharnée, ils restent les maîtres de la ville. Au passage de Conradin, ils battent et ils pillent de nouveau les gibelins^ et les orages continuent....
A laveillederexpéditionde Châties d'Anjou^ en 4265,
484 LA RiACTlOM PONIIFJCALI
Jaoob Tizzoni^ exilé gibelio de Vercéil^ pénètre dans sa ville natale, dans une charrette de foin, avec des capitaines et des vavasseurs milanais exilés à leur tour j ai les Torriani guelles de AMilaa. Il se jette sur les gardes de la porte, les mnssacre et s'avanceen recrutant des adhérents vers le palais de la vi]1t>, où il surprend le podestat guelfe, Paganino Torriani de Milan, qu'il enlève et qu^il amène sur-le-cbamp hors de la yille, où les yavas* seurs milanais, proscrits par sa famille, routragenf et régorgent de sang-froid. Mais ce coup de maiii cchoue; et après avoir commis ce crime, les gibelios sont forcés de s enfuir devant le peuple^ qui cherche son podestat.
Milan^ guelfe avec les Torriani, s'atlache d'avance à Charles d'Anjou^ lui demandant un podestat guelfe et français contre les gibelins expulses» et elle reçoit Emberra del Balzo, au moment même où elle apprend que Paganino de la Torre a été immolé à Verceii. Emberra fait égorger à son tour cinquante-deux pali iciens prisonniers sur le tombeau de la victime, et les guelfes eux-mêmes pâlissent en voyant ce sang dont ils doivent compte à Dieu. Mais quand le pontife s'obstine dans la réaction de Timpartiaiité, et quand il a[)puie l'archevêque Othon Visconti, adopté par les gibelins en liaine des Torriani, ses instances sont méprisées, son archevêque lesie en exil, son impartialité échoue, et si les gibelins triompheront, ce sera avec leurs forces et avec les haines indigènes de la guerre en progrès....
A Trévise, deux ans après la conquête de Charles d*Anjou, les Caêtelli gibelins , aux prises avec les Blanchi guelfes, égorgeai tienie CÉloyens,et levèijue atterré prend la fuite. « C'est ainsi, dit la chroni(|ue, que a Gérard CasleUi chassa les suspects, brûla les mai- « sons de ses ennemis et s'empara de Trévise. i» En
CÛNTKK LES DEUX SEGTiib. 485
1373 9 année des tragédies de Bologne^ nous trouvons un nouveau combat ; en 4375, on défend de prononcer
les deux noms de guelfes et de gibelins sous peine de la perte de la main pour les iKiIiitants, et de la iêlepour les étrangers ; mais celte atlreuse menace ne fait qu'attiser rincendie.... — Ferrare guelfe, avec la famille d'Ëste y essuie le choc par le contre«coup de la conspiration gibeline des Tratti et des Foniana, envoyés à la potence en i 373. . . .
Quatre ans après la descente de Cliaiies d'Anjou^ eu 1270, les ifihelins de Cliieri, atterrés, désertent leur propre drapeau et la grande famille des Balbi pour se glisser au plus vite dans la société guelfe el rivale de Saint-Georges, qui devient redoutable. Leurs chefs s'efforcent inutilement d'empêcher les désertions en menaçant de fortes amendes. Leur société féodale se dissout pour éviter nue catastrophe, et celle des guelfes reste seule sur le terrain conime s'il n'y avait plus de gibelins. Mais on peut toujours concevoir une plus vaste démocratie avec la plèbe, etbientèt la société de Saint* Geoi^es se trouble. En 1391, on fonde un hôtel de la Concorde, preuve évidente de discorde, et l'oscillation continue.... — Tortone,amie de Milan, Timite dès 1-266, comme Vlorence elPérouse et les autres villes romaines, et passe auxgueites^ sauf les ondulations ultérieures.— En 1273, Ivrée, centre royal du Piémont, s'allie avec Charles d'Anjou. La même année, Aiba, Alexandrie , Turin, Chierasco, Savigliano, suivent également le roi des DcuX'Siciles , et combattent Pavie, Casai, Àst, Gênes, foyers gibelins.
Les villes militaires de Lombard ie ( t de Toscane, gibelines par le peuple, se comportent comme Bénévent ei ÀquUa, et, sous le coup de la réaction, élèvent leurs