60 planches d'orfèvrerie de la collection de Paul Eudel pour faire suite aux éléments d'orfèvrerie composés
E but de cet ouvrage est d'abord de conserver le souvenir d'une collection formée pendant dix ans par de patientes et longues recherches, ensuite de mettre sous les yeux des curieux mes contemporains quelques bons spécimens de notre vieille argenterie française.
Il n'est plus le temps où on cachait ses modèles dans la crainte, en les montrant, de les vulgariser et d'amoindrir leur valeur ; c'était le propre d'amateurs attardés que leur jouissance personnelle préoccupait seulement et qui appartenaient à une époque déjà loin de nous.
Aujourd'hui les expositions, en se multipliant de toutes parts, révèlent les œuvres exquises des artistes de génie qui nous ont précédés et augmentent ainsi la gloire de ces maîtres
du passé de toute l'admiration du public nouveau appelé peu à peu à les connaître et à les apprécier.
Après ce court préambule, les planches de cette publication, choisies avec soin, dessinées par Adolphe Giraldon et gravées par Dujardin, indiquent suffisamment les idées générales qui tout d'abord ont inspiré cet ouvrage.
J'espère que ce recueil pourra être de quelque utilité non seulement aux collectionneurs, mes coreligionnaires artistiques, comme je viens de le dire, mais aussi aux argentiers mes contemporains. Ils seront à même d'étudier dans ce livre les formes remarquables et la pureté de style des pièces ciselées par des maîtres comme Lehendrick, François Joubert et François- Thomas Germain. Mon désir le plus sincère serait de voir ces morceaux d'art devenir pour les orfèvres de véritables types dont ils s'inspireraient désormais dans leurs nouvelles productions de manière à ramener le public, pour l'honneur de notre pays, vers le sentiment des belles et bonnes choses.
De leur côté, les collectionneurs trouveront peut-être, en parcourant les pages de ce livre, une source où puiser de précieux renseignements sur la méthode et le goût qui doivent les guider dans leurs recherches et le choix de leurs acquisitions. Venir en aide à ceux qui voudraient réunir quelques pièces de notre vieille argenterie, leur indiquer, grâce à mon expérience, la voie à suivre et leur éviter des déceptions toujours cruelles, c'est encore l'une de mes ambitions les plus chères.
N'était-il pas aussi indispensable de placer au début de ce recueil quelques considérations sur les caractères spéciaux de l'argenterie aux différentes époques de son histoire? N'était-il pas opportun de consacrer quelques pages à l'étude des poin-
çons, science aussi nécessaire que mal définie jusqu'à ce jour? Tel est le plan que j'ai cru devoir adopter pour cette préface, sans avoir cependant la prétention de refaire les livres déjà parus sur la matière. Je ne saurais être, en effet, ni aussi savant que MM. Labarte et Laborde, ni aussi complet que MM. Paul Mantz, de Lasteyrie et Paul Lacroix. Aussi mon intention est-elle seulement et surtout, après quelques préliminaires indispensables, d'insister sur des choses que je crois nouvelles et de faire enfin connaître, d'une manière précise, grâce aux travaux de mon ami le baron Pichon, les marques et les contremarques placées, suivant les règlements du temps, sur les vieux ouvrages d'orfèvrerie.