7 Oeuvres choises de Sénecé Delangle. v
N se plaint sans cesse des caprices de la fortune, qui accable de ses dons ceux qui en sont le moins dignes, tandis qu’elle les refuse à ceux qui les méritent le plus.
La gloire, quoique généralement plus équitable dans la distribution de ses faveurs, ne laisse pas de commettre aussi quelquefois ses injustices. Je ne parle point ici de ces disgrâces passagères qu’éprouve le talent, ni de ces
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triomphes d’un jour que la médiocrité sait si bien obtenir. J’ai en vue les jugements que la postérité elle -même prononce sur les hommes dont le nom a mérité de passer jusqu’à elle. Il me semble qu’elle n’assigne pas toujours les rangs avec une exacte impartialité, et que, parmi les réputations qu’elle a consacrées, il en est qui devroient être entourées de moins d’éclat, et d’autres au contraire qui auroient droit à être placées dans un jour plus brillant.
Mais de pareils torts, qui peut prétendre à les réparer? Il faudrait exercer sur l’opinion de son siècle une bien grande autorité pour appeler avec succès auprès de lui d’une sentence de la postérité. En vain produiriez-vous les titres les plus solides, les plus incontestables , ceux-ci ne prendraient point
la peine de les examiner, ceux-là n’en voudroient point reconnoître la valeur. 11 faut à la plupart des hommes des jugements tout faits; et, quand une fois ils les ont adoptés, rien n’est plus difficile que de les y faire renoncer.
Leur paresse et leur amour-propre s’y refusent également.
Chapelle et Bachaumontétoient sans doute deux esprits pleins de grâce, d’enjouement et de naturel, et leur Voyage est une des plus ingénieuses bagatelles qu’ait produites la nation la mieux partagée en ce genre de richesses. Mais ne pourroit-on pas trouver quelque disproportion entre le mérite de ce petit ouvrage et l’immense renom dont il jouit? Ne pourroit-on pas penser aussi que Lainez et Saint -Aulaire, tous deux immortels pour un madrigal, ont
acheté trop peu chèrement nne célébrité, que mille autres n’ont pu acquérir par d’importants et d’utiles travaux? Je sens bien que toutes ces réputations ont reçu du temps une sanction qui les rend, pour ainsi dire, sacrées, que la prescription est acquise pour elles, qu’il n’est plus permis de discuter les titres sur lesquels elles se fondent, et qu’enfin, en admettant la possibilité de les réduire à la mesure du mérite réel, il n’y auroit aucun avantage à y réussir. Mais je voudrois du moins qu’il y eût moyen de réintégrer dans leurs droits les écrivains qui, égaux ou même supérieurs en talents à ces enfants gâtés de la gloire, n’ont été exclus du rang qui leur appartenoit, que parce que, négligeant à leur égard le précepte de l’Évangile, on ne les a
pas jugés selon leurs œuvres. C’est ce que je vais tenter de faire en faveur de Se'necé, dont je publie aujourd’hui les poésies.
Sénecé n’est point connu des gens du monde, et il ne l’est pas de tous les gens de lettres. Ceux qui s’occupent particulièrement de poésie savent seulement qu’il est auteur de deux contes, le Serpent mangeur de kdimack et Filer le parfait amour, et d’un poème satirique intitulé les Travaux d’Jpollon. Ces' trois pièces ont été insérées dans plusieurs recueils. Les recueils, lorsqu’ils sont faits avec goût, offrent sans contredit une lecture agréable au public : de la différence des sujets et des styles résulte nécessairement une variété qui lui plait. Mais la réputation des auteurs qui font les frais de ces
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sortes de compilations est loin d’y trouver aussi bien son compte, à moins qu’elle ne soit établie ailleurs d’une manière plus solide. Voltaire a pu embellir impunément mille recueils des pièces fugitives échappées à sa plume brillante et intarissable : sa gloire n’étoit point là ; vingt autres monuments en garantissoient l’immortelle durée; et même, loin que ses plus légères productions aient couru le risque de demeurer ensevelies dans les recueils où elles étoient dispersées , elles ont servi à les préserver eux-mêmes de l’oubli et de l’anéantissement. 11 n’en est pas ainsi d’un poète qui , n’ayant produit qu’un petit nombre d’écrits dans xm genre secondaire, n’a jamais obtenu les honneurs de l’édition, et n’a trouvé d’autre asile pour ses ouvrages que
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quelques-unes de ces compilations destinées particulièrement à rassembler les vers des çens du monde, et ceux de ces auteurs justement obscurs ou décriés, qui, une fois ou deux dans leur vie, ont rencontré une idée heureuse.
Un tel poète ne peut que perdre infiniment, du côté de la réputation, à rester ainsi confondu avec les uns et avec les autres. Il faut donc qu’une main secourable et amie de sa gloire en réunisse les titres épars, et leur rende, par ce rapprochement, la force et l’éclat dont ils étoient privés séparément. Avec ses deux volumes où, parmi une foule de pièces insipides, se trouvent trois ou quatre contes dont le sujet est plus heureux que l’exécution n’en est agréable, Vergier se voit placé dans les bibliothèques à côté de
La Fontaine; et, ce qui est bien plus glorieux, il a long-temps passé pour le successeur immédiat de notre immortel conteur, dans l’ordre du mérite comme dans celui des temps. Sénecé n’a fait que deux contes, mais ils sont excellents; et, s’il est vrai, comme on l’a dit souvent, que les écrits ne se comptent point, mais qu’ils se pèsent, on trouvera peut-être que l’auteur du Serpent mangeur de kaïmack et de Filer le parfait amour étoit seul digne d’un rang que Vergier n’a dû jusqu’ici qu’à l’excessive foiblesse de ses autres rivaux : telle paroit être du moins l’opinion de La Harpe. Après avoir cité un passage charmant du Kaïmack qui finit par ces vers ;
Aussi, tout étendu, dormit-il comme un roi;
Posez le cas qu’un roi dorme mieux qu’un autre homme ;
J’en pense au rebours, quaut à moi.
Après avoir cité ce passage : « De pa- « reils traits, dit-il, et cette manière «de conter rappellent notre La Fon- « taine un peu plus que ne fait Vergier.
« Aussi celui-ci a fait trop de contes, et « Sénecé en a fait trop peu. » La Harpe avoit déjà dit quelques lignes plus haut : « C’est surtout dans le conte du « Kaïmack que Sénecé s’est montré su* « périeur. L’ouvrage est semé de traits « fort heureux, de vers pleins de sens, « de détails poétiquement embellis. Il U joint la raison à la gaieté, et sa ver- « sification ferme ne se traîne point « sur les traces d’autrui. » Le jugement de ce célèbre littérateur sur l’autre conte de Sénecé n’est guère moins fa-
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vorable. Il remarque d’abord que le sujet est en tout opposé à ceux que traite ordinairement La Fontaine. «(Chez U celui -ci, ce sont des femmes qui ««trompent leurs maris; ici, c’est une «« épouse qui est le modèle de la fidé- «« lité. Sénecé a donc le double mérite ««d’avoir choisi un genre nouveau, et «« d’avoir su plaire dans le conte sans «I blesser en rien les mœurs. » Sénecé semble craindre qu’un sujet consacré à l’apologie des femmes, et traité avec toute la décence possible d’expressions, ne soit pas autant du goût des lecteurs que ces joyeux récits où les ruses du beau sexe sont retracées avec une exactitude de détails qui va quelquefois jusqu’à l’obscénité. Voici comme il s^n exprime dans son exorde :
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Auteurs qui ne luéclisent
N’ont les rieurs souvent de leur côté.
Voilà le siècle et le train qu’il veut suivre. Lit-on du mal , c’est jubilation;
, Lit-on du bien, des mains tombe le livre, * Qui vous endort comme bel opium.
«Ce n’est pourtant point là, dit La « Harpe, l’effet que produit ici Sénecé; « son conte de Camille est très-joli. Il Il écrit avec beaucoup d’esprit et d’élé- «{jance, malgré quelques inégalités, (t II connoit les convenances du style, <( et sait adapter son ton au sujet. »
L’auteur du Cours de Littérature n’est pas le seul qui ait payé son tribut d’éloges au talent de Sénecé; un autre écrivain dont la causticité a souvent été très-injuste envers les auteurs contemporains, mais dont le goût paroit avoir apprécié avec beaucoup de jus-
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tesse le mérite des auteurs morts , M. Palissot, s’est exprimé sur Sénecé dans les termes les plus honorables.
Suivant lui , ce poète n’a point une « célébrité proportionnée à son mé-"* « rite... Il a laissé des poésies fugitives «déparées par quelques négligences, « mais pleines d’une imagination sin- «gulière, d’expressions souvent très- « heureuses, de poésie enfin, et très- « supérieures à tous les recueils des «Benserade, des Segrais, des Pavil- « Ion , qui cependant sont plus connus «que cet écrivain.»» Enfin, Voltaire, qu’il falloit peut-être citer le premier, et qu’on pouvoit citer seul, a fait une mention très-avantageuse de Sénecé dans son Catalogue des Écrivaim du siècle de Louis XIF. « Cétoit, dit-il, K un poète d’une imagination singu-
« Hère. Son conte du Kdimack, à quelu ques endroits près, est un ouvrage (I distingué. C’est un exemple qui ap- « prend qu’on peut très-bien conter <c d’une autre manière que La Fon- (c taine... Il y a aussi dans les Travaux U d’jépolton des beautés singulières et « neuves. » Rousseau le lyrique faisoit également un très-grand cas de ce dernier ouvrage, dont il admiroit surtout la versification. La Harpe, tout en reconnoissant que les Travaux d’Apollon offrent des morceaux bien travaillés, et qui prouvent que Sénecé avoit étudié dans Boileau le mécanisme du vers, attaque avec assez peu de ménagement le plan du poème, qui lui semble mal conçu, et assis sur un fondement vicieux. Voici ce plan en deux mots. L’auteur, dégoûté de la poésie,
qui ne fait que troubler son repos, sans être d’aucune utilité pour sa fortune, est prêt à y renoncer, lorsque l’ombre de Maynard lui apparoit, et, pour le consoler, lui fait voir que l’histoire d’Apollon n’a été qu’un enchaînement de malheurs de toute espèce. <i Maynard pouvoit-il croire, dit «le critique, que Sénecé n’eût pas « lu comme lui les Métamorphoses «d’Ovide, et ne sût pas les aventures «d’Apollon? Il parle donc pour par- «1er, il raconte pour raconter, il dé- « crit pour décrire. » La censure de La Harpe me paroît ici d’une sévérité qui approche de l’injustice. Dans combien d’ouvrages de poésie et d’éloquence ne voit-on pas un personnage rappeler à d’autres en détail les événements dont ils ont été les témoins
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ou qu’ils ne peuvent ignorer, lorsqu’il s’agit de leur faire tirer de ces mêmes événements une conclusion qui leur étoit échappée, une instruction qui ne s’étoit point offerte à leur esprit!
Et, pour n’en citer qu’un exemple entre mille, lorsqu’Andromaque, dans la tragédie de ce nom, fait à Céphise un récit circonstancié du sac de Troie, peut-elle penser que cette fidèle compagne a perdu le souvenir des horreurs auxquelles elle a été présente? Non sans doute; mais elle croit devoir les lui retracer avec force, afin qu’ellcméme en conclue qu’il est impossible que la veuve d’Hector donne sa main à l’un des principaux auteurs de tant de barbaries. C’est ainsi que Maynard , pour démontrer au poète mécontent que le talent des vers ne mène point
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au bonheur, lui rappelle les diverses infortunes des poètes célèbres, depuis Hésiode, qui mourut assassiné, jusqu’à Marot et Théophile qui languirent dans l’exil; et, passant ensuite à un genre de preuve moins solide à la vérité, mais plus brillant et plus poétique , lui fait le tableau des nombreux malheurs que le dieu de la poésie luiméme a éprouvés. Sans doute. Acanthe, à qui Maynard s’adresse, ne peut ignorer toutes ces choses; mais il ne les a point encore rapprochées dans son esprit, et il n’en a point encore tiré cette conclusion, faite pour relever le courage d’un véritable poète, que les peines et les travaux sont les degrés qui, de tout temps, ont conduit à la gloire, et qu’oiî n’est presque jamais arrivé à l’une sans avoir passé
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par les autres. Maynard ne peut amener le poète à cette proposition générale , sans lui remettre auparavant sous les yeux les faits particuliers dont elle n’est que le résultat. Le récit qu’il lui en fait ne pèche donc pas contre la vraisemblance, comme La Harpe le prétend. On pourroit, avec plus de raison , reprocher b. ce récit un peu de prolixité; mais les beaux détails dont il est rempli empêchent que ce défaut ne soit bien sensible..
Il est deux autres ouvrages de Sénecé dont les littérateurs n’ont point parlé, parce qu’ils ne les ont point connus; ce sont deux satires intitulées, l’une testateurs, l’autre le Nouvelliste. Elles ont été imprimées une seule fois en 1695 avec les Travaux d’tpollon. Ce très-petit volume est devenu si rai*e,
que la bibliothèque du Roi elle-même ne le possède pas. Cette rareté, qui est déjà un assez grand mérite aux yeux d’une certaine classe d’amateurs , n’est pas le seul qui doive recommander à l’attention du public les deux satires de Sénecé. Elles sont dignes du poète à qui Voltaire accorde une imagination singulière. Il y a de beaux morceaux et des vers supérieurement frappés.
Dans la première, l’auteur gourmande avec force ses confrères, à qui il reproche leur orgueil, leur jalousie, leur paresse, leur ambition, leur cupidité.
Pour les en faire rougir, il leur rappelle ces heureux temps où les écrivains pratiquoient la vertu qu’enseignoient leurs ouvrages. Alors, dit-il,
Les poètes faisoient ce qu’ils préchoient aux autres ;
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Et , leur sage conduite instruisant l’univers , L’exemple de leur vie autorisoit leurs vers.
11 se déchaîne ensuite contre les traducteurs de son temps, qu’il accuse de vouloir usurper la {jloire qui n’est due qu’aux écrivains originaux. J’ignore si ce courroux de Sénccé étoit bien fondé; mais il lui a suggéré l’idée d’un apologue qui m’a paru extrêmement ingénieux. Les oiseaux veulent se donner un roi; l’aigle propose- de décerner la couronne à celui qui volera le mieux. On se doute bien que c’est l’auteur de la proposition luimême qui l’emporte sur ses rivaux.
Mais au moment où l’on proclame sa victoire et sa royauté, un petit oiseau, qui s’étoit caché dans ses plumes, s’élève de trois pieds au-dessus
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de lui et s’écrie ; « C’est moi qui suis roi. >» La nation des oiseaux le nomma roitelet.
L’autre satire de Sénecé, qui a pour titre le Nouvelliste, est dirigée contre ces frondeurs incorrigibles qui, en temps de guerre, prenant parti pour la nation ennemie contre leur propre nation, exagèrent ou atténuent sans cesse, au gi-é de leur passion, les succès ou les revers de l’une et de l’autre.
Le but de l’ouvrage est, comme on voit, très-louable, et l’exécution n’en est pas inférieure à celle des autres productions de Sénecé, dont il vient d’étre parlé.
Il en est d’autres dont je ne ferai qu’une mention rapide, et dont les plus considérables sont trois épîtres.
Ces épitrcs participent plus ou moins
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aux açrëments et aux imperfections de la manière de l’auteur. Un toiu* singulier d’idées et d’expressions qui dégénère quelquefois en bizarrerie ; des tirades très-bien faites, et d’autres dunt la versification est foible et la diction languissante ; des images poétiques très-bien rendues, et des pensées communes exprimées en vers durs ou prosaïques : voilà ce qui caractérise, en bien comme en mal, les différents ouvrages de Sénecé.
Il me reste à dire un mot sur ses épigrammes. Il en a fait plus de cinq cents, dont un grand nombre sont imitées de Martial. Je dois l’avouer, il en est beaucoup de fort insipides; mais il en est aussi dont la pensée est trèsheureuse ou le tour très-agréable. Elles sont entassées pcle-méle dans un gros
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volume où elles se nuisent réciproquement. Les mauvaises dégoûtent de lire les bonnes, ou celles-ci font paroitre les autres plus mauvaises encore. Quelques-unes des meilleures sont placées à la fin de ce volume, où elles se trouvent mêlées à un petit nombre de pièces de poésie légère, que recommande, soit le bonheur du sujet, soit le charme de l’exécution.
On pense bien qu’il ne nous reste pas beaucoup de détails sur la vie d’un homme dont les ouvrages eux-mêmes sont si peu connus. Antoine Bauderon de Sénecé ou Sénéçai naquit à Mâcon, le i3 octobre i643, et mourut dans la même ville le i" janvier 1737 , âgé de quatre-vingt-quatorze ans. Il étoit petit-fils de Brice Bauderon, savant médecin, connu par une Pâar-
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macopée. Il fut premier valet de chambre de Marie - Thérèse , femme de Louis XIV. On a remarqué, comme une chose assez singulière, que Marot, des Perriers et Sénecé, qui tous trois se sont exercés dans le genre du conte, ont été tous trois valets de chambre de reines. A la mort de sa maîtresse, arrivée en i 683 , Sénecé fut reçu chez la duchesse d’Angoulémc avec toute sa famille, qui étoit nombreuse. Cette princesse étant morte en 1713, il se retira dans sa patrie. On croit voir, dans quelques endroits de ses poésies, que, tout en vantant le repos de la province par opposition au tumulte de la cour, il regrette ce dernier séjour et craint d’y être oublié. C’est une maladie que tous les courtisans portent dans la retraite; mais ils n’ont
pas tous, comme Sénecé, la ressource d’un esprit cultivé et d’un talent agréable. Toutefois cette ressource paroît n’avoir pas suffi à notre auteur. Soit qu’il fût dans le besoin, soit qu’il désirât plus que le nécessaire, il se plaignit en plusieurs façons de ce que son talent n’étoit point récompensé; en cela semblable à ce Maynard dont il a évoqué l’ombre dans son poème des Travaux d Apollon.