‹ 7 Œuvres choises de Sénecé Delangle. vChapitre 11 sur 14 · DE D. FRANCISCO DE QUÉVÉDO · texte numérisé non relu

DE D. FRANCISCO DE QUÉVÉDO

ODR ravoir sa femme Eurydice , ^jOrphée aux enfers s’en alla :

Est-il si bizarre caprice Dont on s’étonne après cela?

Dans un accès de ce délire Où son jugement se perdit, Pouvoit-il chercher rien de pire ,

Ni dans un endroit plus maudit?

Il chanta des airs pitoyables ,

Dont le tendre accompagnement Suspendit la fureur des diables,

Et des coupables le tourment.

Sa voix ne touchoit point leur âme , Mais la seule admiration Qu’un sot, pour recouvrer sa femme , Témoignât tant de passion.

Alors Pluton , hochant la tête ,

Dit au chanteur alangouri :

O maître fou comme poète ,

Et beaucoup plus comme mari !

Proserpine est bonne diablesse ;

Mais je te jure, .sur ma foi.

Que les six mois qu’elle me laisse Ne sont pas les moins gais pour moi.

Fût-elle aux deux cent ans encore Pour la soustraire à mon pouvoir.

Je n’irois point sur la mandore Braire en bémol pour la ravoir.

Quand tu conçus quelque espérance De nous fléchir par tes accords , Ignorois-tu que le silence

Est le channe unique des morts?

Puisqu’une impertinente flamme Pour le troubler t’a fait venir, Parques, qu’on lui reude sa femme; On ne saurait mieux le punir.

En vertu de mon indulgence.

Bientôt, puisqu’il le veut ainsi,

Il sera damné par avance.

Et peut-être un peu plus qu’ici.

Mais pour payer de sa musique Le plaisir aux enfers si neuf, Ajoutons-y quelque rubrique Qui puisse encor le faire veuf.

A ce soin l’équité m’invite.

Qui souffre qu’en même sujet On récompense le mérite.

Quand on a puni le forfait.

Itendez-lui donc sa demoiselle,

Qui le suivra sans dire mot;

Mais s’il tourne les yeux sur elle , Qu’on me la refoure au cachot.

Peu de cœurs , de chaîne aussi forte , Avec leurs moitiés sont unis :

Que j’en sais qui de cette sorte Seroient charmés d’étre punis !

Ah ! si des femmes incommodes Des tours de tête délivroient ,

Que de maris comme pagodes Incessamment la tourneroient !

Ainsi sur son trône de braise Parla le monarque enroué :

Son sage arrêt , dans la fournaise , Par tout son peuple fut loué.

L’ordre est suivi. Mais cette fête Se termine en piteux regrets :

Orphée , ayant tourné la tête , Redevient veuf sur nouveaux frais.

Dans son impatience extrême Que sa raison ne peut calmer,

Le malheureux perd ce qu’il aime A force de le trop aimer.

Vaine et légère comme un songe Qu’un dormeur prend pour vérité , L’ombre gémit , et se replonge Dans l’étemelle obscurité.

Sans murmurer de son supplice La pauvre âme renonce au jour :

Pouvoit-elle , en bonne justice,

Se plaindre d’un excès d’amour?

Sa double mort la désespère.

Qui vient rompre un nœud si parfait ; Mais quoi ! la cause en est si chère Qu’il faut pardonner à l’effet.

L’époux , qui la voit disparoîtrc ,

Se livre à son mortel ennui ,

Incapable de reconnoitre

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