SUR LE NEUVIÈME CHANT DE L'ILIADE
Page 2:1. Les rhéteurs ont regardé le neuvième livre de l'Iliade comme un chef-d'œuvre dans le genre oratoire. Dans le traité de Denys d'Halicarnasse itepî 'OjAripoii TtotrjdEw;, et dans celui qu'il a intitulé Tiyv-n, on trouve l'analyse des beautés des discours d'Ulysse, de Phénix, d'Ajax et d'Achille. Quintilien (Instit. orat., X, 1) dit à ce sujet : Nonne vel nonus liber, quo missa ad Achillem legatio continetur, vel in primo inter duces illa contentio, vel dictœ in secundo sententiœ, omnes litium ac consiliorum explicant artes? Affectus quidem, vel illos mites, vel hos concitatos, nemo erit tam indoctus, qui non in sud potestate hunc auciorem habuisse fateatur.
Comme, sous le souffle des vents, la mer poissonneuse se sou-lève, quand Zéphyre et Borée, s'élançant du sein de la Thrace, fondent tout à coup sur les flots noirs.
Adversi rupto ceu quondam turbine venti
Confligunt, Zephyrusquc Notusque, et lælus Eois
Eurus equis.
(Énéide, II, 416.) « Quant à nous deux, Sthénélus et moi, nous combattrons jus-qu'à ce que nous ayons trouvé le jour suprême d'Ilion. » Achille tient le même langage dans la tragédie de Racine :
Et quand moi seul enfin il faudrait l'assiéger,
Patroele et moi, seigneur, nous irons vous venger !
(Iphigénie en Aulide.) césar a dit : QuOd si prœlerea nemo sequatur, tamen se cum sold decimâ legione iturum, de qua non dubitaret; sibique eam prœtoriam cohortem futuram. (De bello Gallico, 1.1, § 40.)
« Il ne faut avoir ni famille, ni loi, ni foyer, pour aimer la guerre civile et ses horreurs. D ALCicéron semble avoir traduit ce passage, quand il dit dans sa XIIIe Philippique : « Nam nec privatos focos, nec publicas leges videtur, nec liiertatis jura cara habere, quem discordice, quem cœdes ctmum, quem civile bellum delectat. »
Ils ont sept chefs à leur tête, et chacun de ces chefs a sous ses ordres cent guerriers, dont le bras est armé du long javelot.
Bis septem Rutnli, muros qui milite servent,
Delecti; ast illos centeni quemqne sequUDtur.
(Énéide. IX. 161.) p Cest par toi que je ifnirai, et par toi que je veux commencer. »
Horace dit à Mécène :
Prima dicte mihi, summâ dicende camœûâ.
(Liv. Épît. I, 11.)
Virgile aussi dit à Pollion :
A te principium ; tibi desinet.
(Éclog. VIII, II.) Cette phrase est une formule honorifique employée fréquemment dans les hymneg aux dieux, et surtout à Jupiter. Ici ce n'est pas un simple hommage rendu à la puissance d'Agamemnon. Elle annonce encore que, dans tout ce qu'il va dire, Nestor aura surtout les in-térêts de ce prince pour objet.
« Sept trépieds, qui n'ont pas encore été au feu; dix talents d'or, etc. »
C'est la promesse que le vieil Alélhès fait. à Nisus r
Bina dabo argento perfecta alque aspera signis
Pocula, devictâ genitor quae cepit Arisbâ;
Et tripodas geminos; auri duo magna talcola.
• (Éiiéide, IX, 262.)
« fai trois filles dans mon superbe palais, Chrysothémis, Lao-dice et lphianasse. »
Ce sont les promesses de Junon à Ëole pour l'engager à submerger les vaisseaux des Troyens.
Sont mihi bis septem praestanti corpore Nymphae,
Quarum, quae formâ pulcherrima , Deiopeam
Connubio jungam stabili, propriamque dicabo.
(Enéide, L, 70.) Ils cheminent le long du rivage.
Ici s'élève une difficulté grammaticale d'autant plus insoluble que, sans qu'il en résulte une altération grave pour le sens, on peut éga-lement admettre l'une ou l'autre explication qu'en donnent les tra-ducteurs. Les uns prétendent que le duel et le pluriel s'employent indifféremment l'un pour l'autre; les autres veulent que le poète, considérant Phénix comme le guide de la députation, ne désigne par ces mots qu'Ajax et Ulysse.
Page 30 : 1. Aûtàp ÈTCEÎ xarà rôp ixàîi, xat <p>ô? ê(«ipdv0Tj, Puis quand le feu commence à s'éteindre et la lfamme à lan-guir.
Postquam collapsi cineres, et lfamma quievit.
(Énéide. VI, 226.) Il se flatte d'abattre les poupes de nos navires, etc. Les poupes des vaisseaux des anciens étaient ordinairement déco-rées des images des dieux.; et c'étaient ces images que le vainqueur suspendait comme des trophées dans les temples.
NOTES SUR LE IXe CHANT DE L'ILIADE. Vf « Mais pourquoi lefils d'Atrée a-t-il conduit ici l'armée? N'est-ce pas p.ur vénger Hélène à la belle chevelure? Est-ce que les Atrides sont les seuls, chez les hommes, qui chérissent leurs épouses? »
Racine traduit ce passage, Iphigénie, act. IV, se. vi :
Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ?
Ne ceuroDs-nous pas rendre Hélène à son époux?
Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-même,
Je me laisse ravir une épouse que j'aime?
Seul d'un honteux affront votre frère blesse
A-t-il droit de venger son amour offensé ?
« Et je ne fais aucun cas de sa personne. » Littéral : Je l'estime à l'égal d'un cheveu.
Kàp est un vieux mot dont la signification est incertaine. On le fait synonyme de Optt, cheveu. Hésychius traduit par Ta (3pa-/ù 8 ovôÈ xeTpai otÓv TE, un rien dont il est impossible de rien retrancher ; it sorte, dit le dictionnaire des Homérides, qu'il y aurait eu un substantif xap, signifiant cheveu coupé, rasus capillus, Rac. xeiow. Les anciens traduisaient ce passage soit par xripoç, à l'égal de la mort; soit par Kapôç, comme un Carien, parce que les Cariens étaient méprisés comme de vils mercenaires. Mais outre que la quan-tité se refuse à ces deux interprétations, la dernière est encore inad-missible par la raison qu'à l'époque d'Homère, les Cariens n'étaient pas encore ce qu'ils ne sont devenus que longtemps après. « Il y a dans la Grèce et dans la terre de Phthie, assez de Grecqttes, filles de rois puissants »
Sint aliae innu ptae La « rit 1 jnirrnt i lun agr i s,
Nec genus iodecpra^,v$J]i
i izéf:de, XII 24. )
Page 54: 1. Ih)0oï- IIviôw, Pytho, ancien nom de Delphes. Lorsque les eaux du déluge de Deucalion se retirèrent, le limon qu'elles avaient déposé sur la terre, donna naissance au serpent Python, qu'Apollon tua de ses flèches. Comme Delphes se trouvait dans le voisinage du lieu où fut remportée cette victoire, elle prit le nom de Pytho, et les jeux qui ey célébraient s'appelèrent les jeux Pythiques. « Ma divine mère, Thétis aux pieds d'argent, m'a dit que deux destinées différentes pouvaient me conduire au terme de la mort, v
Les destins à ma mère. il est vrai, l'ont prédit,
Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit:
Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d'ans sans gloire,
Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire.
(RACINE, Iphigénie.) Page 60 : 1. «ÏJ^uyoïv veixea TtaTpiç 'Ajjujvxopoç 'Op[LI>VLOa:O. « Fuyant le courroux de mon père Amyntor, fils d'Orménus. v, Orménus, fils de Cercaphus, roi des Dolopes en Thessalie, avait fondé la ville d'Orménium , ville de la Thessalie méridionale, dans la Magnésie, sur le golfe Pagasétique, au sud-est d'iolcos. 2. Zeuç TE y.aTax66vio;.
« Le Jupiter des Enfers. » Littéral : souterrain. On appelait ainsi Pluton qui régnait en maître aux Enfers, comme Jupiter dans l'O-lympe.
« Car les Prières sont filles du grand Jupiter. » Les Prières ainsi personnifiées étaient, selon les traditions antiques, sœurs d'Até, 'ATI, la Faute, le malheur, la fatalité. Até avait des pieds délicats et légers qui ne touchaient point la terre.
Voltaire a traduit ainsi ce passage :
Les Prières, mon fils, devant vous éplorées,
Du souverain des Dieux sont les filles sacrées;
Humbles, le front baissé, les yeux baignés de pleurs,
Leur voix triste et plaintive exhale leurs douleurs.
On les voit d'une marche incertaine et tremblante
Suivre de loin l'Injure impie et menaçante,
L'Injure au front superbe, au regard sans pitié,
Qui parcourt à grands pas l'univers effrayé.
Elles demandent grâce. et, lorsqu'on les refuse,
C'est au trône du Dieu que leur voix vous accuse;
On les entend crier en lui tendant les brus :
« Punissez le cruel qui ne pardonne pas ;
Livrez ce cœur farouche aux affronts de l'Injure;
Rendez-lui tous les maux qu'il aime qu'on endure;
Que le barbare apprenne à gémir comme nous 1 »
Jupiter les exauce; et son juste courroux
S'appesantit bientôt sur l'homme impitoyable. « C'était Diane, au trône d'or, qui leur avait envoyé ce fléau, irritée contre Œnée qui ne lui avait pas offert les prémices de la moisson, tandis qu'il avait immolé des hécatombes aux autres dieux. »
Plus tard on n'offrit plus les prémices de la moisson qu'à Cérès. - Cléopdtre était a « Cléopâtre était appelée alors Alcyoné dans le palais de son père, parce que sa mère avait éprouvé le triste sort d'Alcyon, et qu'elle avait bien pleuré quand Phébus Apollon, qui lance au loin les traits, l'avait ravie. »
Marpessa avait en effet été enlevée par Apollon à son époux Idas, qui osa lutter contre le dieu pour la lui reprendre ; et, quand il lui fut permis de choisir entre son époux et son amant, elle revint à Idas. Sa fille Cléopâtre hérita du nom d'Alcyoné, qui semblait lui convenir mieux à elle-inême, en raison de l'analogie de son aventure avec le sort de la malheureuse Alcyoné ('A).xuÔVTJ ou 'AXXVWV), fille d'Éole', et femme de Céyx , qui avait été ravie aussi par Apollon, et qui, après la mort de Céyx, son époux, se précipita dans la mer, où elle fut changée en oiseau par Thétis.
« Après avoir pris Scyros, la ville élevée d'Enyeus. » Il est à propos de remarquer ici qu'Homère nous peint Achille prenant Scyros, et non point y passant sa jeunesse au milieu de jeunes filles, déguisé lui-même sous un costume de femme. D'ailleurs il ne s'agit pas ici de la ville de Lycomède, et Homère nomme Enyeus le roi de Scyros. Si l'on ajoute qu'en deux endroits de l'Iliade Achille est représenté comme quittant le palais de son père pour rejoindre Agamemnon, il est évident que le séjour de ce héros au milieu des filles du roi Lycomède, à Scyros, tel que Stace le raconte, est d'une invention postérieure aux temps homériques.
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TRADUCTIONS JUXTALINEAIRES