‹ A 17 ans; drame en quatre actesChapitre 16 sur 42 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CÉCILR, seule et après un court silence.

Ah! il était tems qu'elle sortit, car les sanglots que j'ai retenus, m'étouffaient. [Elle se laisse tomber sur un siège et pleure abondamment. J cet instant l* orage augmente, et la fenêtre agitée déjà plusieurs fois par le vent , se ferme tout à coup arec tic^ lence. Cécile , entièrement préoccupée, ne s'en aperçoit pas; puis se levant et acec douleur:) Il est parti !... j'ai beau l'avoir vu, je ne puis le croire encore!., parti.., lorsqu'il sait que bientôt il ne me sera plus possible de cacher ma faute : lorsque ce matin il m'avait promis de tout révéler à ma mère... à ma mère, dont la sévérité m'effraie , dont la malédiction me menace!., parti!., mais il se jouait donc de mes inquiétudes, de mes remords ; il ne m'aime donc pas, puisqu'il me laisse, sachant qu'on me destine à un autre !.. un époux à-moi! un époux qui ne serait pas Henri... ah! j'ai pu écouter ses promesses d'amour ; imprudente et crédule que j'étais , j'ai pu me perdre en croyant à son honneur; mais pour me sauver maintenant, tromper un homme respectable ou m'exposer à son mépris... jamais, jamais, cela ne sera pas, cela ne peut pas être!.. (Moment de silence, pendant leefuel la pièce se remplit (£une légère fumée. Se dirigeaant machinalement du côté de la baignoire : ) Que faire ? , . . . courir sur ses pas , ce serait acheter de me deshonorer!... quelles armes une pauvre femme a-tellc pour se venger de l'abandon!., et personne qui puisse me conseiller , me défendre contre mon désespoir!.. Si Frédéric, si mon frère chéri avait été près de moi, je lui aurais tout avoué, et son cœur ne m'aurait pas été fermé comme celui de ma mère... Oh! c'est une position horrible!.. et aucun moyen de m'y.soustraire ; aucun secours hnmain à attendre ; il faut que je sois maudite, ou infâme et parjure!.. {En achevant^ elle s'appuie sur la baignoire , et subissant peu d peu C effet de la vapeur quis* exhale du cylindre , elle est forcée de s^atseoir. Après une longue panse , et passant la main sur son visage. ) Qu'éprou-

vè-je donc et pourquoi, tout-à-coup, mes douleurs

semblent - elles s'être engourdies , à ce point , qu'il me semble même que le souvenir s'en efface?., oui, je ne pense plus... c'est un calme étrange... [Portant les yeux sur la baignoire et comme frappée d'un idée subite.) Ah ! ce calme c'est la mort ! {Elle se lèce avec effroi et va courir vers la ferictre ; puis s' arrêtant iout-d-coup.) La mort !.. et pourquoi la craindrais-je? entre elle et la vie à laquelle je suiscondamnée,puis-ie hésiter àchoîsit?.. Henri ne m'abandonne-t-il pas?., ne dois-je pas être maudite, si demain je ne suis pas la fiancée de sir Edouard... oh ! la mort, la mort seule peut me sauver!.. {Elle court pousser

te icrroii de ta porte , geigne avec peint la fenêtre pour s'assurer (fu elle esl bien fermée, et Rapprochant d'une table oà elle trouve tout ce qu'il faut pour écrire.) Ecrivons à ma mère... [Elle essuie ses larmes, .se met d écrire^ et raie plusieurs fois les mots qu'elle rient de tracer y covime si elle ne pouvait mettre ses idées en ordre \ puis, après un nouveau silence , interrompu seulement par ses sanglots. ) Pauvre enfant! la vie va t'échapper aussi à toi!... {R é fléchissant et avec e/froi.) Le lucil. . iuer mon enfant! ah! ceserait un crimealroce! je ne le commettrai pas. Mon Dieu! vous qui m'avez mis cette réflexion au cœur, ah! donnez-moi la force... [Elle se lève chancelante , et désignant la fenêtre qu*elle voudrait ouvrir.) Je ne puis... cette atmosphère m'étoufife... ma vue se trouble... ma tête se perd. [Elle tombe au milieu du théâtre.)

Au même instant on entend frapper à la porte; et après no court intervalle , on appelle Cécile. A c«;tte voix qu'elle reconnaît, celle-ci rouvre les yeux; un éclair de joie semble animer ses traits : Lui !.. Lui !.. s'écrie-t-clle , en regardant vers la porte; et animée alors par le sentiment de sa conservatloc, elle se traîne pour ouvrir; mais ce travail a bientôt épui se le peu de forces qu'elle a pu rassembler» elle retombe et perd connaissance.

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