CÉCILE, JÉRÔME
CÉCILE, encore émue. Excellente femme! et merci à vous^son digne fils qui, pom- m'empêcher de rougir, m*avez sans doute excusée auprès d*elle; et qui venez d'ajouter cet instant de joie i\ tout ce que je vous devais déjà !
JÉRÔME, de même. Oh! ne me remerciez pas, mademoiselle; car cette joie, je la partage aussi; et en vous réhabilitant, s'il s'il l'avait fallu, dans l'opinion de ma mère, je n'aurais fait qu'écouter ma conscience.
CÉCILE, très vivement. Qu'entends-jeî.. Eh! quoi, ce n'est pas la seule pitié qui vous a fait agir?., vous m'estimez encore? i^Avec des larmes de joie.) Ah !.. ah ! M. Jérôme, combien cette assurance me rend heureuse, et que de consolations elle apporte à mes maux!., mais je vous dois la vérité, à vo^s qui, par une inspiration divine, avez pu lire dans mon âme; à vous qui, lorsque tout m'accuse , avez osé croire à mon innocence : Oh ! oui je vous la dois, et je vous la dirai comme si je me confessais à Dieu.
JÉRÔME. Non , non , cet aveu vous humilierait; et d'ailleurs, qu'en ai-je besoin, <jst-cc que je n'ai pas tout deviné?., c'est
voire Mîete qui est coupable !.. avec plus de vigilance, plus de tendresse, votre confiance lui eût été acquise; et la confiance d'une jeune fille en sa mère, c'est une égide pour sa vertu. Mais vous, privée de ses conseils, seule et sans guide à cette époque de la vie où l'âme se développe, et conçoit des émotions qui n'^appartiennent déjà plus à l'enfance, sans doute le premier qui eut l'adresse de vous plaindre, fut écouté avec bonheur; et comment auriez-vous supposé la séduction, la lâcheté, vous, innocente et naïve ? le perfide savait bien de quelle arme il se servait!., la pitié provoque l'épanchement, dispose, entraîuc le cœur, et peut-être avez-vous succombé sans savoir même ce que c'était que l'amour î
CÉCILE. Ah! oui, yous dites vrai, tout cela fut ainsi; et moi qui appelais de mes vœux seprets une âme qui pût comprendre la mienne, j'ai béni cet homme quand il est venu me dire : je t'aime; car je croyais avoir trouvé un ami, j'étais heureuse... heureuse!., lorsque l'abîme élait sous mes pas, et que j'allais y tomber avec la malédiction de ma mère!.. Oh! mais depuis que le malheur m'a éclairé, si vous saviez combien j'ai maudi mon inexpérience, et que de haine, que de mépris se sont amassés datis ce cœur qu'il s'est fait un jeu de déchirer!., je ne suis qu'une faible femme, mais pour venger mon frère qu'il a tué, l'infâme! ah! j'en suis sure, ni l'amour maternel, ni la crainte d'aucun châtiment n'auraient pu m'arrêter; je l'aurais tué aussi si je n'étais devenue folle!
JÉRÔME Mademoiselle, craignez que Tagitation où vous jettent ces pénibles souvenirs...
CÉCILE. Oui, il faut les oublier pour vivre, n'est-ce pas? et je dois vivre afin d'apprendre à mon fils à vous bénir, comme le seul être devant qui sa mère puisse oser encore se présenter sans honte.
JÉRÔME, avec énergie. De la honte?.. Ah! ce n'est pas sur vous qu'elle doit retomber !.. une femme est-elle donc responsable de la passion quelle inspire?., et si un lâche, un brutal réussit à lui imposer son amour, par surprise ou violence, de victime qu'elle est , on la regarderait comme complice ?.. ah ! ce serait inhumain, affreux, ce serait ériger en principe Tabus de la force sur la faiblesse !
CÉCILE, tris vivement. Eh ! quoi, vous penseriez ..
JÉRÔME, continuant. Que lorsque le temps des regretset d'une respectueuse réserve sera passé, il peut se présenter un honnête homme qui vienne encore vous dire : un traître , un infâme vous a trompé; aussi cruel que lui, il est un monde qui pourrait vous reprocher son crime ; eh bien ! en face- de ce monde injuste, et afin que maintenant il vous honore, parce que je suis
honorable, moi qui sais la cause de votre inroilune, je vous denianJe votre main... non pour cxi^^cr autant d'attachement que j'<;n ai, parce que ce serait impossible, mais pour donner un père à votre enfant, pour vous relever à vos propres yeux, pour être votre délenseur, votre appui!
CÉCILE, avec un élan de joie. Que dites-vous?..
JÉRÔME , mym^ni troublé. Oh! rien... rien!., pas un mot de plus, maintenant, plus tard... plus tard!..
Jéiûuii: dont l'éniotiun est au coutbie, fait quelques pas vers le fond. Cécile jelte sur lui un regard d étonnement où se peint aussi la foie, puis, ne pou vaut retenir def larmes d'altendrisseuient, elle lui tend une main sur laquelle il imprime un respectueux baiser. Jérôme sort par le fond.