‹ A 17 ans; drame en quatre actesChapitre 37 sur 42 · SCE]\E VII · texte numérisé non relu

SCE]\E VII

CÉCILL; s<?a/e, pais bientôt après, MAD. MULLER et Un Domestique portant des carions.

CÉCILE, seule. N'est-ce point un rêve?., oh! mon Dieu! m'auriez-vous donc prise en pitié?., quel cœur!., quelle délicatesse!., ohl après tant de douleurs, qu'un peu d'espoir fait de bien !.. [A ce moment madame M aller parait. Cécile la reconnaisaanl et avec un cri d'effroi.) Ciel! ma mère !..

MAD. MULLER, d Cécile. Quelle est votre chambre?

Cécile hésite à répondre et lui montre ccp<;ndant la pièce de gauche. Madame Muller ordorme alors au domestiqufi qui la suit, d'y déposer les objets qu'il tient. Celui-ci obéit, reparaît en scène, et sort bientôt tout-à-fait, sur le nouvel ordre muet que lui en donne sa maîtresse..

MAD. MULLER, ^'adressant à sa fille demeurée morne et tremblante. Heniettcz-Yous, je soutien» bien votre vue, moi, pour~ quoi aXiriez vous'moins de courag:e ?

CÉCILE, virement émue. C'est que votre ton seul me glace, et que le courroux qui brille dans vos yeux , m'épouvante. (Tombant d Renoua;.) Si vous saviez tout ce que j'ai souffert!., depuis huit mois, rien que du désespoir, de la fièvre, du délire... ah! dites-moi que vous m'apportez mon pardon?

MAD. MULLER. Ton pardon, à toi qui mas privé de mon fils?., car, sais-tu bien que déshonoré par ton crime, le malheureux a fui comme toi de chez sa mère? sais-tu que malgré mes recherches, je n'ai pu découvrir encore ce qu'il est devenu ?

CÉCILE, se relevant et avec surprise. Vous l'ignorez?..

MAD. MULLEK, Continuant. Tu parles de ton désespoir?., et lei pleurs que j'ai versés? et les horribles craintes qui mille t'ois se sont élevées dans mon âme ?

CÉCILE, pleurant. Ah! pitié! pitié!..

îiîAD. MtJLLER. Eh bien! oui, pitié , car c'est encore ce sentiment qui m'amène; mais aussi cette ibis, obéissance entière à mes ordres...

CÉCILE, à part. Elle me fait frémir!

MAD. MULLER. Cet homme qui a jeté Je scandale et l'opprobre dans ma famille ; cet Henri, Tobjet de votre amour insensé , il est veuf depuis peu... voulant, dit-il, réparer ses torts, il vous a fait chercher, il a su votre retraite, il est venu tout m'apprendre, et me demander un consentement que la tache imprimée sur votre front, ne m'a pas permis de refuser.

CÉCILE, vivement. Grand Dieu!

MAD. MULLER , continuant. Grâces à ses soins , les publications, les démarches, tout est prêt: dans une heure. Dieu et les lois auront approuvé cette union, et moi, je vous aurai quittée pour ne vous revoir jamais.

CÉCILE. Oh! non, j'ai mal compris, sans doute!., moi, sa femme?., remplacer l'amie généreuse dont son inconduite a creusé le tombeau? non, non, vous voulez m'éprouvcr, n'estce pas? vous voulez savoir si je suis assez avilie pour conserver encore une pensée à ce misérable? eh bien! je vous le jure, je le déteste, et ce mariage, ce serait ma mort.

MAD. MULLER. Malheureuse! tu invoquais ma pilié, toi qui ne sais pas mieux remplir tes devoirs de mère, que tu n'as su respecter ceux de fille!., et quand même tu sacrifierais maintenant le repos de ta vie pour donner un nom à cet enfant qui fait ta honte, ne serait-ce pas une juste expiation?., veux tu qu'un jour il te reproche sa naissance? et quel autre sort pourrais-tu donc rêver!., souillée comme tu l'es, penses-tu qu'un honnête homme puisse descendre jusqu'à toi?., mais il faudrait que la passion l'aveuglât, et il ne tarderait pas à s'en repentir ; l'amour ne survit pas, là où peut naître le mépris !

CÉCILE, à part ^ vivement et avec douleur. Il se pourrait!.. Jérôme!.. {Haut et comme frappée (Cune réflexion pénible et subite.) Et, pour prix de cet odieux sacrifice, vous me promettez...

MAD. 1^\}LIaEI^ , avec effort. Votne pardon...

CÉCILE, après un court silence. Qu'il vienne donc, je serai prête; je le suivriii... je serai à lui...

Elle reste accablée. Madame Muller sort après un court jeu muet.

SCEÎVE VIII.

CÉCILE, seule.

Après un moment de silence , et laissant éclater ses sanglots.

.C'en est donc fait! à lui... {Avec effroi,) A lui!., oh! mon Dieu! c'était ce cbâtiment-là qu'il fallait me montrer, pour me donner la force de ne pas commettre la faute !.. ( Elle pleure un moment , puis elle rappelle bientôt son courage, et semblant s^irrêier toui-à-coup à une résolution fixe. ) Ce projet... oui, il le faut.., [Ré/léchissant encore et paraissant se complaire clans la pensée gui l'occupe. ) 11 le faut pour mon fils... pour lui aussi... son mépris !.. oh ! je ne le supporterais pas.

Entièrement absorbée dans ses réflexions, el'e ne remarque pas l'arrivée de Jérôme.

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