‹ A bas le progres!; bouffonnerie satirique en un acteChapitre 15 sur 17 · LE VOLET H · texte numérisé non relu

LE VOLET H

El le sommier élastique, cette espèce de tremplin où vos cauchemars font le saut périlleux!

LE l'ÈRE

Oh! le matelas de crin et la paillasse du lit de la vieille

France !

LE vol eu it

El l'éclairage électrique, cette aveuglante lumière blanche

de catafalque auprès de la bonne lumière jaune de l'huile!

LE PÈRE

Oui, une de ces antiques lampes Carcel, qui ressemblaient à la colonne Vendôme.

LE VOLEUR

Tout blague, tout mensonge, tout tromperie : du vin l'ait avec des quatre mendiants, des grains de café faits avec de la terre glaise dans des moules, des truffes de charcuterie laites avec le casimir noir de vieilles culottes, du poisson liais avec du salicylate, des cheveux blonds de femmes avec de la potasse.

LE l'ÈRE

Et de la soi-disant liberté, faite avec le bon plaisir de la

canaille... On appelle eu le progrès... eh bien, a bas le progrès !

LE VOLEUR A bas le progrès ! (Sa versant un verra d'cau-iiovio qnll élève en l'air.)

Enfin voilà un petit verre d'un format possible... Avez-vous remarqué que, chaque année, les cafetiers les font diminuer d'un rien, les petits verres... et que bientôt ils contiendront moins qu'un dé à coudre ?... A bas le progrès !

LE PÈKE

La terre et la rente, y songe-t-on, les deux revenus honnêtes de l'argent ne pouvant plus nourrir le propriétaire ni le rentier par le manque de fermiers, par l'abaissement du taux de l'intérêt! A bas le progrès!

LE VOLEUR, goguenardant.

Des demoiselles auxquelles on apprend l'histoire naturelle... de leurs futurs maris.

LA JEUNE FILLE

Monsieur le voleur! où vous croyez-vous?

LE PÈRE

Il a raison... De la femme qui, dans les lycées déjeunes lilles, grandit sous des capotes de gros drap bleu, des capotes de snldats avec trois plis el une patte dans le dos... Ça,

de la femme!... Et des épouses qui, le lendemain de leur mariage, suivent un cours de droit pschut, l'ail par un juriste chic, pourapprendre à divorcer... Ça, de l'épouse. Ça, de la mère!... A bas le progrès !

LE VOLEUfi

A bas le prog rès '

i i ri: ii B Non, elle ne criera pas avec is, ma lille : A lias le pro-

A U A ^ LE PROGRÈS! ïfl

C'est mon malheur... .Ma Bile c'est un ange... Mais elle eet pour la peinture avancée, la littérature avanc musique avancée, les idées avanc*

l-A JEUNE FILLE

Allons, père... je ne suis pas si vingtième siècle que ça. LE pkhe

Ah ! le temps où les enfants croyaient encore aux contes de fées '

LE VOLEUU

Ah! le temps où la vigne n'était pas en traitement, comme les hommes affaiblis !

LE PÈRE

Ah ! le temps des diligences jaunes el d< - sans

bâte, "H l'un pouvait voir les pays i

Ali' le temps où les écrevisses et le pâté demie gras étaient encore français !

LE l'Hit K

Ah! le temps où avec six mille livres .le rente on pouvail entretenir un rat d'Opéra... Pichtre! qu'est-ce (pie je viens

île dire là?

LA JEUN K FILLE

Pauvre père, c'esl un détail bien, bien rétrospectif, pou* toi.

LE PÈRE

Mademoiselle...

LA JEUNE FILLE, ironiquement.

\li ! le temps où les enfants naissaient avec leurs dents de sagesse!... où les jeunes iiiles sans dot faisaient prime auprès des épouseurs!... où les gouvernements duraient autant qu'une concession du Père-Lachaise!... où la lune n'éclairait sur la terre que des spectacles platoniques!... où, l'hiver, il faisait chaud !

LE PÈRE

Va,*continue, petite Slave, petite nihiliste.

LA JEUNE FILLE

Le temps où les poulets rôtis avaient trois ailes I

LE PÈRE

Vous l'entendez, mon cher? Il n'y a pas de raisonnement possible avec une fille comme ça.

LE VOLEUR, riant

Et l<! Irmps, mademoiselle, où la photographie n'était pas inventée, el oà la poliee n'avait pas nos physionomies I

LE PÈRE

Et le temps des mois de mai où les sergents de ville étaient en pantalon blanc... car tout est détraqué : le ciel comme la terre '

LE VOLEUR, comme, rappelé a lui-même par les mot* « sergents de ville en pantalon blanc • qu'il répète machinalement en regardant du coté de la fenêtre.

Mais je m'oublie... voici le petit jour... elle est arrivée, l'heure entre chien et loup où s'évanouissent les i>

les VOleurS. (Il se lève et se dirige vers la baie qttll on.

LE PERE, s'a lille.

Voyons; puisque tu as eu l'idée de fabriquer an honnête

homme de monsieur, il faut faire en sorte que ton aspirant honnête homme ne soit pas pincé, en sortant de chea nous. (ti va à ia fenêtre.] Rien à craindre par ici... Je vais voir si c'est de même de l'autre côté, dans le cabinet.

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