SCENE IV
BEAUBLOND , TAPEDUR.
BEAUBLOND.
Eb! arrive donc, Clampin!
TAPEDUR.
Un clampin , moi , Tapedur ! si t’étais pas un ami, je l'aurais déjà fait retirer cette propositionlà.
BEAUBLOND.
Oh î que l’es irascible !
TAPEDUR.
C'est que celui qui te parle a su toujours se faire respecter des deux sexes : le masculin le craint et l’estime, le féminin l’adore et s’agenouille devant lui, à commencer par mon épouse.
BEAUBLOND.
Pardine, ta femme, une vrai pécbe pour la douceur.
TAPEDUR.
C’est pour ça que je l’ai surnommée Doucette! et faut pas croire que c'est son principe : elle avait du bouillant dans l'imagination, mais j'ai souffle là-dessus cl ça s’est refroidi. Le jourde mon hymen M. le maire m’a dit : Claude, protégerez-vous ta femme? Oui. Il a dit à ma poule : Obéirez-vous à ton mari? Oui, qu'elle a dit. Alors, pour satisfaire aux lois de mon pays dont je suis teinturier, j’ai protégé ma femme contre les idées de l’insubordination en la faisant marcher au doigt et à l’œil. Et elle se montre bonne française en obéissant comme une aveugle à son seigneur et maître.
BEAUBLOND, à part.
Et je ne teindrai pas ce cadet-là en jaune?
TAPEDUR.
Ah! çà, pourquoi que tu m’as fait venir ici te parler en particulier?
BEAUBLOND.
Je veux te parler en particulier à toi, et à tout le monde. Attendons que les amis soient arrivés.
TAPEDUR.
Serait-ce pour une coalition? une augmentation de prix ?
BEAUBLOND.
C'est pour une augmentation du prix de l’existence, c’est pour l’embellir, pour semer de quelques teintes roses son fond de soucis.
MAGASIN THEATRAL
TAPEDUR.
A-t-il de l’esprit, ce paroissien-là! en a-t-il! va, tu n’es pas bien fait, mais tu peux te vanter d’avoir une fameuse bouche.
BEAUBLOND.
Vil flatteur! ah! voici les amis!