‹ À bas les masquesChapitre 13 sur 20 · XX · texte numérisé non relu

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La plaisanterie continue d'une Chambre des députés à Versailles dont tous les membres sont à Paris. — Dîners et soirées somptueux et brillants dans les divers ministères — soirées et bals à l'Elysée où « Madame de Mac-Mahon, dit un journal (textuel), se faisait remarquer par une exquise simplicité : une robe blanche avec un magnifique collier de diamants et, sur le front, six étoiles en diamants surmontées d'une grosse perle ».

Enfin !

Lorsqu'il y a cinq ou six ans, je publiai quelques recherches sur le luxe, je citai toutes les

ordonnances des divers rois, empereurs, etc., qui se sont succédé sur les divers trônes du monde, ordonnances ayant pour but de réprimer, de refréner les excès du luxe — et je terminai ces recherches en disant : Tous ces efforts ont échoué parce que tous ont négligé d'employer un moyen, un seul il est vrai, mais le seul qui eût été eflicace ; ce moyen c'était de donner l'exemple de la simplicité, — comme vient de le faire madame de Mac-Mahon, — simplicité exquise, il est vrai, mais cependant simplicité... à ce qu'il paraît. — Je regrette que ce journal, par la plume de quelque « comtesse de Bassanville» ou autre membre de cette pléiade aristocraticochiffonnière qui régit l'empire des modes et tient le sceptre de l'élégance à tant la ligne, n'ait pas fait décrire les toilettes et les parures des femmes qui dans cette fête n'ont pas suivi l'exemple donné de si haut de « l'exquise simplicité ».

Ce n'est certes pas moi qui aurais le premier fait imprimerie nom de madame de Mac-Mahon ; j'aurais respectueusement laissé cette dame danslapénombre de sa maison et de ses relations particulières, — mais les journalistes, bien malgré elle, j'en suis convaincu, à cette femme modeste qui ne voudrait et ne doit jouer aucun rôle, veulent absolument imposer celui d'une

sorte de Reine, comme ils faisaient naguère pour madame Thiers et pour mademoiselle Félicité.

Un roi s'était trouvé déjà qui avait donné cet exemple, c'est Frédéric II de Prusse. — On raconte qu'un étranger, peut-être un tailleur parvenu, visitant le château de Potsdam, demanda à voir la garde-robe du Roi — on lui ouvrit une armoire complètement vide.

— Mais ce n'est pas là la garde-robe ?

— Vous pardonnerez, il n'y en a pas d'autres.

— Mais les vêtements et habits de roi ?

— Ah ! je vais vous dire... c'est que Sa Majesté est,., sortie.

— Eh bien ?

— Eh bien ! quand le roi est sorti, il met naturellement ses habits.

— Eh bien !

— Eh bien ! quand il a ses habits sur le corps, naturellement il sort avec...

— Et ?

— Et alors il n'en reste pas ici.

C'était encore une « simplicité » moins « exquise » peut-être mais une « simplicité » .

Je vous puis répondre que la cour de Frédéric II ne se ruinait pas par le luxe de la parure.

Un autre exemple a été donné encore avant relui donné par madame la maréchale femme du

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président de la République — mais après celui donné par le grand Frédéric. C'est celui d'uu ministre républicain, lors de notre première révolution qui fut, comme les suivantes, livrée à une dictature militaire par les abus, les excès, les sottises et les ridicules des pseudo-républicains :

11 parut avec sa femme, dans je ne sais plus quelle grande fête.

Tous deux avaient des bas de coton.

Ces réunions, ces dîners, ces bals, ces fêtes officielles à Paris, font, dit-on, « aller le commerce, » j'ai déjà dit mon sentiment sur ce sujet : « Cela prend de l'argent des poches de tous pour le m3ttre dans les poches de quelquesuns. »

Mais c'est à un autre point de vue qu'on peut encore les considérer, c'est au point d3 vue de l'Assamblée nationale à Versailles.

La raison que l'on donne de ce séjour prolongé, est la crainte d'un envahissement de l'Assemblée comme au 13 mai 1848.

Cet envahissement de l'Assemblée — pour ceux qui voyaient et voyaient bien de ce tempslà, eut plusieurs causes : d'abord, la complicité ou la connivence de quelques membres de l'Assemblée ; — on sait qu'il n'y a rien de pareil à

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craindre aujourd'hui et que M c Gambetta entre autres, harangue son parti de dessus n'importe quoi — maisne combat pas avec lui : — d'ailleurs, je le crie depuis trois ans, la race des grands émeutiers de 4830 et de 1848 n'existe plus.

Ensuite les défauts de précautions de la part de l'autorité, car cette idée d'une invasion était en l'air. Pour ma petite part, dans le numéro des Guêpes de mars 1848 (tome VI, pag. 354, édition Michel Lévy), je disais : « La garde nationale et l'armée doivent faire respecter l'Assemblée même au prix de leur sang ; aucune "menace, aucune pression ne doit arriver jusqu'à elle, etc. »

Et, numéro d'avril (pag. 364) : « J'entends dire que, dans divers clubs, on annonce l'intention de se porter en masse contre l'Assemblée . Sommes-nous dans un pays de fous, que de pareilles phrases peuvent se finir sans être interrompues par les huées ? mais l'Europe nous prendra pour un peuple de gamins ! Tous les bons citoyens doivent se faire tuer autour de la Chambre des députés, avant d'y laisser arriver même le bruit d'une menace. »

Et (pag. 385) : « Si j'avais l'honneur d'être représentant du peuple, dès la première séance de l'Assemblée, je demanderais au pouvoir exécu-

tif qu'il expliquât à l'Assemblée les précautions qu'il aurait prises pour assurer l'indépendance de ses délibérations. »

La Commune dont — à l'exception de deux, Flourens et Delescluze — les chefs se sont enfuis avant la bataille, et dont les membres ont assassiné, il est vrai, ont pillé, ont incendié, etc., mais se sont si peu battus, devrait rassurer sur une attaque à main armée — et montrer combien, même les coquins de ce temps-ci sont des coquins médiocres et dégénérés.

Est-ce aujourd'hui, avec le brave Mac-Mahon, président de la République — que nous manquerions d'une voix, pour s'écrier comme fit Lamartine au 15 mai :

« Il ne s'agit plus de parler ! la tribune en ce moment, c'est la selle d'un cheval ! un cheval et un fusil ! »

Il prit le premier cheval qu'il trouva dans la cour, enfonça son chapeau d'un coup de poing et se mit en route pour l'Hôtel-de-Ville, droit el impassible au travers de la foule ameutée qui s'ouvrit respectueusement devant lui ; tandis que derrière lui et dans l'ombre de son courage et de sa majesté, marchait piteusement M. Ledru-Rollin, — le Gambetta d'alors — avec des nuances de talent, d'autorité, de bonté même — qu'on

chercherait en vain dans son successeur ou imitateur.

M. Ledru-Rollin ne jouait plus les Mirabeau v comme dans ses photographies — il s'agissait là de poser devant les fusils, et M. Ledru-Rollin — comme M Gambetta aujourd'hui, — avait droit aux balles des deux partis en présence, — car j'espère que les hommes de la Commune n'ont pas oublié que M° Gambetta les a abandonnés au jour de la bataille et au jour de l'expiation.

Je résume : Si on voulait s'emparer des députés ou leur faire violence, l'opéra tion serait beaucoup moins facile dans leur chambre au bout du pont de la Concorde, où une force suffisante peut toujours les protéger, que dans les gares du chemin de fer ou dans une de ces fêtes, où une attaque subite mettrait une confusion qui rendrait la défense assez difficile.

Si un gouvernement — au lieu de s'occuper de courir à droite quand la gauche remporte — de se précipiter à gauche quand c'est la droite qui al'avantage — se plaçait résolu ment au centre et appelant — non à lui, mais à la France — tous les honnêtes gens et tous les gens de bons sens — nul doute qu'il ne finît par isoler les deux extrémités,

Les ultras de la prétendue république et les ultras de la légitimité de Louis XIV.

Il y avait de l'écarlate de toutes les couleurs, nous voyons dans les vieux livres — l'écarlate blanche, l'écarlate verte, etc.

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Le cramoisi désignait surtout l'extrême et le superlatif.

Je vais chanter un prince cramoisi

disait un poète.

« Sot à bémol, sot à bécarre, sot à triple teinture, sot à cramoisi »

disait un jésuite en parlant d'un homme avec lequel il était en désaccord sur la quantité de la première syllabe du mot stupritm.

Rouge — voulait dire fier, excessif, outrecuidant — on en a fait le mot rogue.

« Ils en devinrent tout rouges. » (Un vieil historien.)

Dans le midi de la France on dit : « C'est cinabre, » pour dire c'est magnifique.

Il y a donc des rouges de toutes les couleurs ; les écarlates blancs et les écarlates rouges s'engendrent réciproquement, naissent les uns des autres et se maintiennent les uns parles autres»

Si j'avais l'honneur de faire partie du gouvernement, — voici ce que je ferais à l'égard du pétitionnement pour la dissolution :

Je chargerais d'abord deux ou trois préfets actifs de prendre chacun une des pétitions et de faire une enquête scrupuleuse sur les signataires.

Leur âge.

Leur sexe,

Leur profession.

Leur dossier.

Leurs antécédents.

Ont-ils signé plusieurs listes ? elc.

Ont-ils signé eux-mêmes ?

Savent-ils écrire ?

Existent-ils ?

Et je publierais le résultat de cette enquête, — ce serait curieux, instructif et triomphant.

Je défie les plus hardis de nier complètement et absolument les probabilités que voici : sur une pétition signée de cinq cents noms, — dans le milieu que nous savons, — est-il impossible que nous trouvions :

50 ne sachant pas signer leur nom.

50 n'étant pas majeurs, c'est-à-dire n'étant pas électeurs.

5 femmes.

25 absents pour lesquels on a signé.

10 noms de fantaisie ne s'appliquant à personne.

15 vagabonds qu'on n'a pu retrouver.

10 repris de justice.

15 ivrognes notoirement connus comme tels.

15 de ces faux ouvriers fainéants et poseurs qui, sous le nom de travailleurs, ne travaillent presque jamais.

8 tailleurs.

1 médecin sans malades.

1 avocats sans clients.

*l 00 A BAS LES MASQUES

5 commis en nouveautés, usurpant un métier des femmes — et très frisés.

9 garçons de café non moins frisés.

15 marchands de vin.

20 garçons de marchand de vin.

I vidangeur.

1 homme passant pour tricher au jeu.

3 chiffonniers.

2 négociants ou marchands en faillite.

50 négociants ou marchands au-dessous de leurs affaires.

100 de toutes classes faisant des affaires très médiocres.

15 joueurs de billard.

15 id. de dominos.

15 id. de bésigue.

1 maître de maison de prostitution.

1 ami de la maison ci-dessus.

On a publié, il y a quelques aimées, un volume sous ce titre : « V. Hugo, par un témoin de sa vie. »

Le livre a été généralement et même hautement attribué à la charmante, spontanée, sincère et regrettée compagne du grand poète.

Il faut n'avoir guère connu madame Hugo, pour avoir cru qu'elle en avait écrit trois lignes.

Madame Juliette Lamber a imité cet exemple, mais elle a carrément signé de son double nom ; — Juliette Lamber Adam.

11 est commode pour les grands hommes, — pour les Achilles, pour les Enées dos temps

modernes, — d'avoir leur Homère et leur Virgile chez eux, auprès d'eux, — jour et nuit ; — leur épopée est faite sur mesure et tout à fait à leur convenance ; — cela n'a qu'un petit désagrément auquel échappaient les héros légendaires qui mouraient longtemps avant la naissance de leurs poètes, — il ne se trouvait plus aucun contemporain pour émettre des doutes sur les récits glorieux des hauts faits des héros, — personne ne venait dire :

Est-il bien prouvé que le bouclier de Turnus que perça Ènée de son javelot, ait eu sept lames superposées.

Et clipei eatremos septemplicis orbis.

Chryséis avait-elle d'aussi belles joues que le dit Homère.

Et Achille aux pieds légers, 7uo3aç o/uç, regardat-il d'un air si farouche, uîuoBa; i8wv, Agamemnon le roi des hommes, aval- avSpwv ?

Tandis que de pareils doutes et même des dénégations peuvent être émises sur les hauts faits des héros chantés de leur vivant par les « témoins de leur vie ».

Et ces doutes, et ces dénégations peuvent ne pas être énoncés avec tout le sérieux désirable.

.facceptcrai pourtant, comme démontré —

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que lorsque M. Adam alla à l'émeute, — madame Juliette Lamber, lui donnant son bouclier, lui dit : « Reviens dessus ou dessous. »

Comme devant M. Adam, on appelait Louis Blanc, — le grand écrivain, — il répondit : « Pourquoi serait-il plus grand que moi, s'il n'est ni plus juste, ni plus tempérant.

— Les insurgés sont près de nous, s'écria la bonne qui s'était mise h la fenêtre.

— Dites que je suis près d'eux, répondit — Adam, etc. »

Mais je ferai tout doucement une remarque; — non, je la laisserai faire à madame de Grignan, — ça sera une affaire entre femmes : « Je ne trouve pas tout à fait convenable, écrivait-elle à sa mère, la marquise de Sévigné, à propos d'une lettre d'une femme de leur connaissance, — qu'une femme avoue se connaître si bien en beauté masculine. »

Madame Juliette Lamber (madame Adam), constate avec admiration la largeur des épaules M e de Gambetta « qui ont toujours l'air de sou- » tenir un monument. Ce Gambetta prend des » proportions de colosse ; il est, dit-e!le, la » cariatide de la France » (textuel).

De sorte que si M e Gambetta se trouvait fatigué, s'asseyait pour boire une chope, — ou

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retournait à Saint-Sébastien, — patatras ! la France tomberait par terre, cassée en mille morceaux.

M° Gambetta sera-t-il cependant satisfait de cet éloge ?

« Un homme qui prend des proportions de colosse » rappelle naturellement le cyclope Polyphème (étymologie : qui parle beaucoup).

D'autant plus que Polvphème était Sicilien, — comme M Gambetta Génois.

D'autre part, des « épaules qui ont l'air de » supporter un monument, » des épaules de «cariatide, » sont fort hautes et fort arrondies.

Si bien que la description enthousiaste de madame Juliette Lamber Adam, pourrait servir à peindre — un homme borgne et bossu.

Ah ! madame, en fait de parvenus au pouvoir, par « la largeur de leurs épaules, leurs proportions de colosse, et la force qui leur permettait de soutenir en cariatide un empire tout entier, »

Parlez-moi de l'empereur Maximin, le père du beau Maximin, dont je faisais mention tout à l'heure. Je l'ai oublié l'autre jour, lorsque j'ai rappelé quelques-uns des hommes qui se sont élevés de la situation la plus humble au pouvoir souverain, — en prouvant que tous possé-

daient quelque vertu, quelque qualité, quelque don, quelque n'importe quoi, à un degré suprême ; — je vous remercie, madame, de me le rappeler, et puisque vous avez mis la question politique sur « la largeur des épaules » comparons votre héros à cet empereur romain qui avait été simple soldat dans l'armée romaine, — et encore dans une condition subalterne aux autres soldats, — parce qu'il était fils d'étranger.

11 suivait à pied un cheval au galop, jusqu'à ce que le cavalier fût fatigué l .

Il luttait sans se reposer « d'une seule sueur » contre les sept plus vigoureux soldats de l'armée, et les renversait 2 .

11 traînait seul un chariot chargé, — son pouce était si gros qu'il y portait en guise de bague un bracelet de sa femme 3 .

Nous voilà loin des épaules de M Gambetta.

Jamais, sous son commandement, un soldat ne manqua de sa ration de vivres 4 , il n'est pas besoin de rappeler, je pense, que M e Gambetta,

1. Equum admisit multis circuitibus et qiuim imperator laborasset, etc. (Idem.)

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