DUT TE
M... Bleus !
Senta Claus frappa légèrement, la porte s’ouvrit et un bel imberbe à la chevelure brune et bouclée parut :
—M. Graindorgef —Qui, c’est moi.
—Voici, à votre adresse, un colis recommandé; veuillez signer ce reçu.
Santa Claus en l'occurence s'était mis dans la peau d’un brave facteur. Graindorge était tout joyeux. Il signa puis bien vite s’en fut dans son cabinet directorial.
— Jn cadeau de Noël; qui a bien pu m'envoyer celaŸ pensa Graindorge en dénouant nerveusement les faveurs rouges— une délicate allusion—qui entouraient le colis recommandé.
—L'’est un cadeau d’une jolie dimension, si j'en juge par la boîte qui le contient, pensa Graindorge haletant et défaisant l'emballage.
—Tiens, s’exclama.t-il enfin, c’est une statuette! Mais elle est jolie comme tout!
Qui a bien pu? Il regarda dans le fond de la boîte et y trouva un bristol:
—Abh! c’est ce généreux ami Milo...
Graindorge resta en extase devant la statuette, puis, tout à coup, son front se nlissa et son visage prit un air de courroux :
—Ah! ces m... bleus! Il n’y a qu’eux vour mal servir le public. Je vais leur conter ça à l’administration des postes...
Tout en maugréant, Graindorge saisit son chapeau, son pardessus, la boîte contenant ie cadeau de son ami Milo, et, d’un saut, se rendit au bureau de poste. Deux secondes plus tard il entrait chez le chef du service de livraison.
—C'est odieux, c’est épouvantable, votre service est pourri...
—Mais qu’y a-t-il? demanda le fonctionnaire, ahuri.
—On n’a jamais vu chose pareille sous Je régime Laurier. Regardez. — Graindorge exhiba la statuette — et dites-moi si c’est ainsi que vous distribuez les colis?
—Mais je ne comprends pas...
—Non, vous ne comprenez plus, s..
bleus; quand M. Lemieux était ministre des postes vous étiez plus intelligents...
—Enfin, Monsieur, expliquez-vous.
—Ne voyez-vous pas que cette statuette a été brisée en route; regardez, elle n’a plus de bras...
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Soyons Pratiques !
Quand done enfin serons-nous pretiques]
Je lis à l’instant une nouvelle qui me jette dans la désolation: On fêtait l’autre soir, dit un journal, le deux cent cinquantième anniversaire de la mort de Lambert Closse.
Closse? qui ça, Closse?
“De tous les héros de la Nouvelle-France et particulièrement de Ville-Marie, continue le journal, il n’en est pas un qui soit plus digne de notre souvenir que Lambert Closse.”
Héros! encore et toujours les grands mots des rêveurs : Closse ne devait être en somme qu’un raté, un dégénéré ou plutôt un hystérique, car, dit la feuille, qui le glorifie :
“Closse sauva au prix de sa vie, les sœurs Marie et Elizabeth Moyen, après un combat féroce avec les Iroquois. . .”
Et s’il y avait laissé sa peau? Voilà qui l'aurait bien payé!
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Sa folie d'abnégation devait le perdre:
“Closse mourut, termine le journal, face à ces ennemis les PeauxRouges et seul contre tous. Il avait exigé le départ de son serviteur et était resté seul à lutter. Il tomba mais en brave!”
Quelle démence! Il était seul, la minorité par conséquent, alors il n’avait qu’à se rendre et attendre que les Peaux-Rouges lui fissent des concessions. Au besoin il n'avait qu’à se mettre Indien. Les transfuges vivent vieux et meurent gras.
Mais c'était un brave et on en est encore à les citer, lui et ses pareils, comme modèles.
Je le répète: de grâce, soyons pratiques!
Fêtons, non pas les morts, mais les vivants. Glorifions ceux qui peuvent nous payer place du gouvernement sous l’ongle.
Brüûlons-leur l’encens au nez et fièrement donnons-les comme exempie à nos fils! Ils leur apprendront à ne pas faire les braves pour des petites questions de droits et de justice.
Closse? Pouah! il n’était même pas député...
Fait Unique
Combien de fois, lorsque le conducteur était distreit, n’avons-nous pas évité de solder le prix de passage sur les boîtes à sardines de la compagnie des tramways?
Trop souvent, malheureusement. Nous agissions sans réflexion et si notre conscience voulait nous faire entendre sa voix, nous la faisions bien vite taire en disant :
Bah! la compagnie est riche et son service est si mauvais!
Jamais, cependant, il ne nous est veuu à l’idée de voler le véhicule. D'abord l’“objet” est très encombrant, puis difficile à dissimuler, et enfin, il nous est parfaitement inutile, Ces motifs honnêtes viennent pourtant d’être méconnus par deux jeunes hommes de Toronto—oui, Toronto, la ville pure!
Les “bandits”, fait sans précédent dans l’histoire de la Ville-Reine, étaient pompettes. Lis résolurent de prendre un tramway et se dirigèrent tout droit (?) sur le garage où pas moins de trente-six voitu-
res électriques—ils avaient l’esprit enfumé—semblaient ouvrir leurs portes toutes grandes pour les recevoir. Ils s’installèrent l’un comme garce-moteur et l’autre comme conducteur, puis fouette, cocotte— pardon: marche, moteur.
Ce fut une randonnée à travers les rues de Toronto à une allure vertigineuse. Le tramway brûlait littéralement les rails, passait les coins de rues comme un éclair, filant toujours tout croche vers l’incon- |": PER
L'inconnu se manifesta sous la forme d’un “policeman”’ qui, après une poursuite en antomobile, parvint à mettre le grappin, si on peut dire, sur les deux voleurs.
Or les amena au poste et là, le plus sérieusement du monde, un fonctionnaire de la compagnie déposa sa plainte: J’accus* Untel et Urtel d’avoir volé un tramway d’une valeur de tant de mille piastres et d’avoir volé le prix de leur passage d’une valeur de “dix cents” chacun.
On n’est pas plus facétieux.
Moi, si j'étais la compagnie, je prendrais les deux braves jeunes ho: ::s et je leur
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donnerais ur2 place d'honneur parmi mes employés. Ce sont deux hommes rares qui ont accompli une action uniqu et extraordinaire : Ils ont mené un tramway, dans les rues d’une ville, et n’ont pas écrasé une seule personne,
Nommez-moi le “wattman”’ qui en a fait autant.
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Sa Voie
Mon fils a trouvé sa voile,
Ca lui es* venu à l’heure où le rossignol du cambrioleur se met à chanter.
C’est dire qu’il était plutôt tard; au fait, il était minuit.
Depuis plusieurs mois mon rejeton me donnait de l'inquiétude. Le brigand me donnait, chose curieuse, ce qu’il n'avait pas lui-même, car toujours il remettait au lendemain le choix d’une carrière,
Son insouciance me désespérait,
—Puisque tu n’es bon à rien, lui dis-je, un jour, fais-toi journaliste.
— Non, répondit l'espoir de mes cheveux blancs, la loi sur le libelle est bien trop mal faite, et ensuite, je ne suis ni médecin ni notaire, ni même avocat.
—Mon fils tu es un drôle de pistolet; tu finiras par rater ta vocation.
—Je serais raté tout entier, répliqua mon fils, si j’accédais à ton désir.
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