EVE PEU AE AV D RS
en
lui. Si vous continuez vos recherches, Vous constaterez toutefois que les Nationaliste- ne s’en portent pas pius mal,
Ainsi, moi qui vous parle, je suis victime du: What's in a name. Mon aïewl, un
brave habitant—les habitants sont tous
braves—était un peu plus fortuné que ses concitoyens. Il possédait, dit la légende, plus de bêtes que ses voisins—(le lecteur voudra bien me pardonner si je lui parle de ma famille)—et comme les sobriquets étaient de mode dans sa paroisse on le surnomma : la fortune.
Ses fils prirent ce nom, je fis comme eux, et depuis mes camarades 1e cessent de m'appeler: Mon petit D. A.
Je vous laisse juge de mon infortune.
[un Un Patriote
“Si Untel eût vécu en 37, me disait Laplume, il serait mort au bout d’une corde de chanvre, tellement il est patriote.”
À Ce début m'intéressa. J'avais plus d’une fois, il est vrai, entendu prononcer le nom d’Untel, mais j'étais loin de me douter qu’il fût bâti de chair à se faire pendre pour l’amour de son pays; aussi je levai les épaules avec un air d’incrédulité.
—Ah! reprit-il, tu ne me parais pas bien convaincu. (C’est parce que tu ne connais pas assez Untel.
—J’avoue...
—Pourtant sa renommée court le monde.
C’est un personnage que l’on voit un peu Partout, tous les jours, enfin c’est une célébrité.
—Mais qu’a-t-il donc fait de si extraordinaire ?
—Ton ignorance est pitoyabie. Tu ne sais donc pas qu’Untel, est l'inventeur de la machine carbofrigorifique pour le rajeunissement des éponges usagées?
—-J’ignorais. Cependant permets-moi de te dire que je ne comprends pas bien 12 rapprochement entre le patriotisme d’Untel et les éponges.
—Ecoute un instant. J'ai dit: si Untel eût vécu en 37. Comme nous sommes en 1911, son civisme ne peut se manifester de la même manière,
—C’est juste.
—Donc, autre époque, autres mœurs.
—Qui, mais les éponges?
—Tu vas voir. Avec sa maciine carbofrigorique,Untel a fait une fortune colossale, gigantesque. Grâce aux éponges rajeunies, il peut aujourd’hui dépenser des sommes folles à l’achat d’une foule de choses, et il en profite.
—Le veinard!
—1l encourage, en faisant circuler son argent, les industries nationsles et fait vivre ainsi des milliers de commis, de fubricants, de marchands, d'agents, et que saisje?
—<C’est très noble.
—Jamais tu ne verras sur lui ou chez lui, dans sa somptueuse demeure, dre objet de fabrication étr
depuis l’humble et mode
le moinangère. Tout,
ste bouton de fauxcol jusqu’au luxueux et opulent paletot
fourré, porte la marque: “Made in Canada”
—Voilà au moins une é
tiquette qui n’est pas du terroir.
Qu'importe le mot, pourvu qu’on aie l’article ? Encourager son pays, voilà le vrai patriotisme ou je ne m’y connais pas.
Je ne répliquai point rougissant in pe je manqu
» Car je songeais en tto—si l’on peut dire—que ais moi-même de patriotisme : mes
chaussures avaient été faites av’. Ter d’un veau américain et mes chemi ut empesées à l’empois chinois. 1
À heureusement, ne s’aperçut de rien et il c-ntinua :
—Tiens, dit-il, veux-tu des exemples entre mille. Deshabillons un peu Untel, ou plutôt habillons-le.
Je fis un geste d’acquiescement.
—Sais-tu où il achète ses habits? Chez le fashionable tailleur Moses Rosenbloom.
Son chapeau, son beau huit reflets des grandes circonstances, vient de chez le chapelier du Boulevard, Abraham Cohen. Tout son mobilier sort des grands magasins Jacob Ruttenberg and Son. Tiens, pas plus tard qu’hier, je le vis faire l’emplette d’un magnifique collier pour sa femme, chez les bijoutiers de renom Salomon Aronson.
—Mais, m'exclamai-je ébahi, sont-ce là des Canadiens?
—Parfaitement. Ce sont nos compatriotes, des citoyens on ne peut plus du pays, par droit de naturalisation. Naturellement.
—Ah! c’est trop fort! Tu veux te payer ma tête. Ton Untel est un... Iscariotel!
—Je te reconnais bien à cette explosion.
Vous êtes tous les mêmes avec vos ‘“‘eris
ul
de race”. : 3
UP ANODE
E ‘Orange Bouge La loge des Citrons d’'Orangeville bouge!
Une nouvelle, parue hier soir, a jeté ses membres dans une grande consternation qui s’est vite changée en une colère jaune,
D y avait de quoi. Le télégraphe, en effet,annoncçait que le prince de Galles partait pour Paris où il allait se perfectionner dans la langue franeaise,
Quelle abomination! Un prince anglais apprendre le français! Mais, c'était tout simplement vouloir la fin des Orangistes.
Les armes de l’Ang. crre avec leur “Honni soit qui mal Y pense” et le “Dieu et mon droit” était déjà intolérables et, si ces mots, écrits dans la langue de Racine, n'avaient pas été là depuis des siècles, ce qu’on les aurait vite effacés! On ne voulait
Pas aller plus loin dans le domaine des concessions,
La Loge délibéra longnement. Le vénérable expliqua que le roi avait probable. ment été suggestionné par Bourassa. Enfin
em
nan
l'on décida à l’ananimité d'envoyer un cablogramme de protestation à Georges V:
“Pas d'école bilingue; pas de prince bilingue! Down with the damned frenchmen!
“(Signé) CITRONS.
Puis, après avoir pris un cordial consolateur, les braves Orangistes, sachant qu’ils venaient encore une fois de sauver l’Empire, s’en allèrent dormir, sinon dans la paix, du moins dans la vigne du Seigneur.
Ils dormaient les braves gens, ne se doutant pas qu’à la même heure un immense danger menagçait Albion: Là-bas, à Windsor, le prince héritier était en train, tout comme ur “habitant” de Québec, de se délecter d’une excellente soupe aux pois...