LORS
bre, on ne peut mettre en évidence aucun signe psychotique. Cependant, plusieurs semaines. après, elle resta irrésolue et défiante, et sans cesse demandait des avis détaillés pour la direction de ses affaires habituelles dont elle s’occupait auparavant sans difficulté. La confiance dans sa personnalité antérieure réapparut peu à peu.
OBSERVATION X
Un homme d’affaires, célibataire, de quarante-neuf ans, fut admis, le 19 octobre 1950, pour traitement d’un rhumatisme chronique modérément sévère. Il reçut une moyenne de 230 mg. de cortisone par jour, du 24 octobre au 6 novembre. Ses antécédents le montraient un peu introverti et peu sociable, mais agressif, actif et réussissant financièrement. Environ dix ans avant son admission, il avait éprouvé un chagrin très marqué avec dépression légère et isolement, après le suicide d’un frère.
La cure de cortisone fut sans histoire, mis à part une excessive euphorie du 30 octobre au 5 novembre. On nota alors un lent accroissement du cours de la pensée et de l’activité. Le 7 novembre, il est très ému, sans repos et extrêmement bavard. Chaque occasion lui était bonne pour se lancer dans une analyse rétrospective épuisante de sa vie passée et de ses conflits émotionnels. Langage cohérent et contact avec le réel normal. Les modifications psychiques se calmèrent le 8 novembre.
Après une brève période de lucidité, cette phase d’hypomanie se transforma en une sévère psychose schizo-affective. Le 12 novembre, le malade était très hyperactif, agressif, menaçant et cherchant à détruire. Il ignorait son identité, se prenant alternativement pour Dieu, son médecin ou la bombe atomique. Le mois suivant, il manifesta un état confusionnel. Le plus souvent, il parlait de façon incohérente et désordonnée des conflits autrefois cachés de sa jeunesse. Mais, à d’autres moments, il était muet et demi-stuporeux. Par intervalles, son comportement était celui d'un primitif et d'un dégénéré, hurlant comme une bête et délirant, avec incontinence d’urines et de matières, masturbation, attitudes obscènes, se souillant
et Ven
de fèces et adoptant des positions fœtales, suçant son pouce. Il avait des hallucinations visuelles et auditives. Par longues périodes, il ajoutait à ses divagations des gestes et des rites symboliques. Son orientation était difficile à évaluer vu ses préoccupations et son détachement du réel. Cependant, des observations objectives laissaient supposer une confusion importante et des troubles indiscutables de son sensorium. Aucun changement jusqu'au 5 décembre, où on notait un court intervalle de lucidité, pendant lequel il était bien adapté à la réalité et parlait pertinemment, mais restant cependant confus. Bientôt, il retomba dans son grave état psychotique.
Les trois mois suivants, de brefs moments de lucidité relative apparurent à intervalles réguliers, mais son état mental était toujours sérieux. Le plus souvent, contact pauvre avec le réel, paroles incohérentes, en proie à des hallucinations. A d’autres moments, il était agressif, agité et paranoïde. Cependant, il n’y eut pas de retours marquants au comportement dégradé signalé plus haut. Peu à peu, les périodes de raison augmentèrent en fréquence et en durée.
Le 15 février 1951, un autre signe d’amélioration apparut quand il parla raisonnablement de son comportement psychotique des jours précédents comme «d’un mauvais rêve », « quelque chose au sujet duquel je ne veux pas parler ».
Une amélioration plus nette et plus rapide commença le 7 mars et se poursuivit, sans les rechutes habituelles, pendant les deux semaines suivantes. Hormis plusieurs courtes périodes de méfiance et de dépression légère, l’évolution se fit sans trouble. Pendant la guérison, il fut quelque temps ombrageux, timide, réservé et très docile. Comme dans la neuvième observation, ces signes d'insécurité s’éclaircirent peu à peu.
HogrEr et GLASER, étudiant l’action de la thérapeutique de VPA.C.T.H. chez quinze sujets, et les modifications électro-encéphalographiques qu’elle détermine, ont remarqué des modifications de l’état mental chez dix malades. Parmi ceux-ci, neuf avaient présenté des altérations E. E. G. Il existe donc une corrélation très nette entre ces troubles psychiques et l'atteinte E.E. G. La gravité des troubles mentaux se définit comme suit :
— 8 malades ont présenté un état euphorisant avec légère
agitation psycho-motrice, logorrhée; état apparu deux ou trois jours après le début du traitement et cessant avec lui;
-— 2 autres malades ont présenté des manifestations plus accentuées.
Dans un cas, il s’agit d’un état maniaque typique chez une malade atteinte de rhumatisme chronique. Guérison obtenue rapidement par quelques électro-chocs. Dans l’autre cas, il s'agissait d’un état stuporeux, apparu chez une femme atteinte d’une dermato-myosite, avec dysarthrie et troubles de l’idéation. Cet état S’améliora rapidement malgré la continuation du traitement. Un nouvel état stuporeux s'installa au bout de soixante-dix jours, de trente-six heures environ, et disparut comme il était venu. L’étude des personnalités antérieures des deux malades révèle dans le premier cas’'une labilité émotionnelle et une hyperactivité qui avaient fait place, au cours de la maladie, à un état dépressif avec tentative de suicide; dans le deuxième cas, on ne note que des troubles du comportement dus à sa situation familiale, avec manifestations hystériques, mais un E. E. G. anormal.
Dans l’ensemble des malades étudiés, les auteurs ont constaté aussi l'apparition de certains symptômes cushingoïdes. é : 2 |
DoRFMANN et. NATHANIEL rapportent trois cas d’état de mal épileptique survenu chez des enfants traités par VA. C. T. H. Dans ces trois cas, il y a eu une augmentation de l’albuminorachie, mais l'intérêt de ces observations réside dans le fait que deux des enfants ont présenté, après disparition de Pétat de mal, des séquelles neuro-psychiques et électro-encéphalographiques.
Le premier cas rapporté est celui d’un enfant traité pour une dermato-myosite qui a présenté, après un état confusionnel, un état de mal pendant sept heures. Les examens psychiatriques ultérieurs ont montré des altérations importantes de la personnalité du sujet. C’est ainsi que, un an après, il présentait des crises épileptiques fréquentes, de l’apraxie, de l’aphasie, en particulier une alexie,
LE BREL
La deuxième observation — il s’agit d’une enfant de six ans traitée pour une maladie de BouiILLAUD — rapporte qu'après la fin du traitement, le tracé E. E. G. était celui d’un épileptique.
Dans la troisième observation, les “elles se bornent à des altérations électriques.
Les auteurs ne signalent pas, dans les antécédents — de courte durée, puisqu'il s’agit d'enfants —, de manifestations psychotiques antérieures. Ils rappellent : seulement que, d’après les travaux de RanNsoNorF, les perturbations d'E, E. G. disparaissent rapidement après injection de potassium intraveineux. :
Enfin, nous terminerons ce choix d'observations en rapportant un cas de suicide, cité par BoRMANN, au cours d’un traitement par la cortisone.
« Il s’agit d’une femme de cinquante-trois ans, hospitalisée pour arthrites rhumatismales, qui reçut, en vingt-huit jours, : 2,625 g. de cortisone. Elle sort guérie et se trouve « dans un » excellent état mental quand elle retourne chez elle, bien que » nerveuse, agitée et insomnique ». Son mari et sa fille la trouvent « l’œil hagard, hystérique et criant que le diable est » après elle ». Le pasteur est appelé et réussit à l’apaiser. Un de nous l’avait vue et avait prescrit des calmants. Elle dit qu’elle a besoin d’un Docteur pour son âme, mais pas d’un médecin. La famille est prévenue de ne pas la laisser seule. Mais, le même jour, alors que sa fille s’habillait, la malade se coupa la gorge avec une lame de rasoir, et mourut en moins de cinq minutes.
« Les recherches faites dans le passé de la malade et celui de sa famille n’ont montré aucune manifestation dépressive. »
Un cas analogue de suicide, après traitement d’une polyarthrite chronique évolutive, a été signalé à la Société des Sciences Médicales de Tunisie, le 26 octobre 1951.
Les observations que nous ayons recueillies constituent | quelques-unes seulement des nombreuses observations publiées aux Etats-Unis. Il suffit de lire les articles consa-
crés aux résultats thérapeutiques de la cortisone pour trouver à peu près constamment un ou plusieurs cas de complications mentales. Le fait avait étonné plusieurs observateurs français qui voyaient très rarement ces complications se produire.
Cela tient, semble-t-il, à l'extension considérable donnée aux U.S. A. à la thérapeutique cortisonique et aux premiers essais de ce médicament. En effet, il a été utilisé souvent à fortes doses dès le début et pendant longtemps, sans prendre certaines précautions aujourd’hui classiques. Les expérimentateurs français ont pu ainsi bénéficier de l’expérience américaine, ce qui explique le nombre moins important de cas observés et leur Dr HomapoBe moins tapageuse.
Dans les toutes dernières publications américaines, les observations de troubles mentaux sont devenues beaucoup plus rares; un état mental fragile est devenu maintenant une contre-indication de la cortisone dont les indications se sont par ailleurs précisées et réduites. Il semble que les troubles que nous avons relevés et dont nous chercherons à donner une vue d'ensemble dans le prochain chapitre, doivent entrer dans l’« histoire de la cortisone ». Ils auront eu cependant l’avantage de donner quelques précisions sur l’influence de la glande surrénale sur le psychisme et d’éclaircir quelque peu le domaine si obscur de l’endocrino-psychiatrie.