‹ A. C. T. H., Cortisone et Troubles MentauxChapitre 16 sur 44 · BOL · texte numérisé non relu

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moments hallucinée, bruyante et confuse. Une incontinence d'urine apparut plusieurs fois.

Le 23 août, une légère amélioration était évidente, en ce sens qu’elle répondait à peu près aux questions habituelles sur ses arthrites et sur l’entourage immédiat. Cependant, sa conversation spontanée restait incohérente, et elle était anxieuse et inerte. Un nouveau signe d’amélioration se manifestait le 29 août, quand elle affirma qu'elle était au courant de sa « panne nerveuse ». Dans l’ensemble, cependant, elle restait isolée, faisant des réponses incorrectes avec un sens de la réalité très perturbé. |

Dans la suite de sa psychose, seuls quelques Betas changements apparurent. Par moments, elle manifestait des idées paranoïdes de type mélancolique : qu’elle serait tuée ou « mise au ban ». Les hallucinations ne cessaient pas, et son humeur dominante était une dépression avec apathie. Pendant certaines périodes prolongées, on ne put mettre en évidence aucun contenu mental pathologique, sauf les souhaits répétés de retour à la maison. Vers la fin de cette époque, ses hallueinations semblaient lui causer moins de souci. Une reprise survint de façon dramatique, en deux jours, et se compléta vers le 26 octobre 1950. L'évolution resta inchangée du point de vue psychiatrique.

Il faut noter deux faits dans cette observation : le traitement par la désoxicorticostérone déclencha des troubles psychiques annonçant une sensibilisation ou une prédisposition et, malgré la cessation du traitement, il persiste des troubles mentaux.

OBSERVATION VII

Une jeune fille de vingt ans fut admise, le 15 février 1949, pour traitement d’un rhumatisme chronique généralisé et avancé. Pendant cent vingt-deux jours, elle reçut 13.220 g. d’A. C. T. H. intramusculaire. Pendant les deux dernières semaines et demie, 75 mg. par jour, avant 150 mg. Rien à signaler du point de vue psychiatrique jusqu’au 6 décembre 1949, deux jours avant la fin du traitement. Alors, après une nuit agitée,

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la malade dit être devenue « hystérique ». Elle était dans un état de panique, criant de façon incohérente qu’elle était «en enfer », «le diable est en moi», qu’elle était «choisie par Dieu » mais possédée par le diable. Elle se plaignait sans raison des changements de son visage et de son corps, dus à l’A.C.T.H. Ce premier épisode dura environ dix minutes. Ensuite, devenue calme et raisonnable, elle exprimait quand même des craintes sur son avenir. Rétrospectivement, un observateur crut se rappeler qu’une semaine avant cet épisode aigu, celle était quelque peu triste, très troublée par les actes médicaux qu'elle avait subis, et très méfiante à l’égard des effets de l’A.C.T.H. sur son apparence. Poursuivant son traitement, elle resta un moment calme, mais se plaignit de vertiges, de lourdeur de la tête, de « bourdonnements d’oreilles » et de transpiration excessive. Après cet intervalle lucide, elle entra dans un état cataleptoïde, et se considéra comme possédée du diable. Alternativement, elle riait, criait ou pleurait. Utilisant une lampe comme glace, elle s’admirait, répétant : « Je suis belle, je suis belle, je suis laide, je suis laide, je ne m'inquiète pas ».

Le troisième jour, elle était calme et raisonnable, jusqu’à la dernière après-midi du traitement, où elle commença à murmurer contre elle. Elle regardait son « miroir » et devenait excessiverhent agitée et inquiète, murmurant des propos inco-' hérents, ou hurlant brusquement au sujet de son changement physique.

Durant la semaine suivante, elle eut des périodes d’isolement, de négativisme, d’agitation, de cris et de menaces de suicide ou de brefs épisodes où elle répétait les même propos incohérents, mais ils apparurent de moins en moins souvent; les intervalles de lucidité augmentèrent jusqu’au retour d’un état mental normal, le 5 janvier 1950.

OBSERVATION VII

Une ménagère de cinquante-six ans fut hospitalisée, le 23 janvier 1950, avec un rhumatisme chronique généralisé et avancé, compliqué d’un iritis sévère. Elle reçut 4.600 mg. d’A. C. T. H. en soixante-dix-sept jours, les doses variant de 40 à 80 mg. par jour.

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En dehors d’une légère euphorie, l’état mental resta inchangé pendant les deux premiers mois. Cependant, le 17 juillet, elle devint méfiante et agitée, exprimant les craintes qu’elle serait malmenée par le médecin de l'hôpital après son hospitalisation, ou que l’A.C.T.H.,, étant une « puissante médecine », allait la tuer. Ces préoccupations semblèrent se calmer deux semaines plus tard. Le.1‘® août, elle présenta des idées paranoïdes nettes, clamant que les malades de la salle parlaient de sa vue faible et que tous savaient qu’elle allait devenir aveugle. Elle avait dé fréquentes crises de larmes, au cours desquelles elle suppliait de lui supprimer l'A. C.T.H. qui allait la rendre aveugle. Le traitement se termina trois jours après le début de cet accès paranoïde. Un examen psychiatrique pratiqué à ce moment là la considérait comme déprimée, léthargique et un peu ralentie. Elle se plaignait de sensation de lourdeur à l’occiput et au front, d’une fatigue accablante, de faiblesse et de manque de courage. Ses idées paranoïdes n’apparaissaient que par instants.

Les deux semaines qui suivirent, la malade resta déprimée, renfermée, soupçonneuse et défiante, se plaignant toujours d’une lourdeur de la tête. Sans cesse elle manifestait ses craintes de mourir ou de devenir aveugle. Parfois, ces craintes furent renforcées par des hallucinations paranoïdes : on discutait son cas à la radio, dans les journaux. Elle eut des hallucinations auditives, de contenu dépressif, tel que : «Il vous arrive quelque chose, vous devenez aveugle ». A d’autres moments, elle fut préoccupée de la mort menagçante, et se prit souvent le pouls pour s'assurer qu’elle était toujours en vie.

A la fin de ces deux semaines, une amélioration s'installa peu à peu. Au début, elle devint moins craintive et moins déprimée, malgré la persistance de ses idées paranoïdes et de ses hallucinations auditives. Il est intéressant de noter que, durant cette phase de guérison, les sentiments de dépersonnalisation se maintinrent, la malade demandait par exemple souvent au Docteur de lui dire comment elle allait, comme s'il restait une auto-identification si. troublée qu'elle était incapable de se connaître par ses propres sensations. Devenant moins occupée par ses hallucinations, il fut possible de se mettre en contact avec elle de façon plus positive. Au bout de

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deux semaines, elle fut guérie. Coïncidant avec l'amélioration de son état mental, apparut une rechute sévère de ses arthrites. Aussi, le 16 septembre, on commença la cortisone par voie buccale, et elle reçut 5,1 g. jusqu’à son départ, le 6 octobre. Grâce à cette thérapeutique, il se fit une bonne rémission de ses arthrites. Elle partit avec 150 mg. par jour de cortisone. Elle subit ce traitement pendant dix mois, sans apparition de complications psychiatriques.

OBSERVATION IX

Une ménagère de soixante-deux ans fut admise, le 17 octobre 1950, pour traitement d’un sévère rhumatisme chronique. Elle était superficielle, égoïste, sans suite dans les idées, avec une pauvre affectivité. Cependant, son adaptation superficielle avait été convenable jusqu'alors; il n’y avait pas d’antécédent psychiatrique net.

Entre le 23 octobre et le 4 novembre, elle reçut 2.775 mg. de cortisone intramusculaire. Le 1” novembre, on remarqua que sa conversation était décousue, mais ce fut trois jours plus tard qu’apparurent définitivement les symptômes anormaux.

A ce moment, elle parut déprimée, confuse, marchant sans repos, emballant puis déballant ses habits, mais assura qu'elle se trouvait « belle, élégante, le plus près du Ciel que j'aie jamais été ». Son langage devint peu à peu inintelligible à cause de l'interprétation de mots mal “hpIoMes. dSSS0BRHENS

ele et sale. Le 6 mile: les onDies a mais ur début d'amélioration fut manifeste quand elle dit qu elle savait que la « cortisone avait troublé ses esprits », au sujet de son langage altéré et inexact; deux jours plus tard, elle manifesta des hallucinations paranoïdes à propos du personnel surveillant, et s’accusa d’avidité, d’égoïsme, et d’avoir maltraité sa famille. Elle était agitée, méfiante, voulait quitter l’hôpital, et à un autre moment affirmait qu’on la mettait à la porte.

Le 13 novembre, elle devint peu à peu apathique et Vers mée. Les deux jours suivants, elle resta immobile dans son lit;

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elle était incontinente, insomnique, grognant de manière incohérente et négativiste envers ceux qui s’occupaient d’elle. Elle semblait avoir des hallucinations visuelles et auditives, et racontait qu’elle était morte, que son mari l'était aussi, et que le monde avait été détruit. Parfois, elle prenait une pose de morte, la bouche ouverte et flasque, les yeux révulsés.

Le soir du 15 novembre, elle eut brusquement un intervalle de lucidité pendant lequel elle parla librement et normalement, se mit à sourire, ayant un excellent contact avec son entourage. Cependant, après quelques heures, l’incohérence, l’isolement et la désintégration affectivo-intellectuelle réapparurent. Voici un exemple de son langage : « Je pensais que je pensais que j'avais pensé cette pensée, surtout cela. Là, maintenant, n’était-ce pas une réponse correcte ? Je ne me suis pas lavée la figure aujourd’hui. Etes-vous X... (son mari) ? ».

Le 16 novembre, la malade était immobile, n’exprimant aucune émotion, muette, sans parler à son entourage. La mobilisation passive des extrémités montrait une résistance ‘analogue à celle d’une roué dentée. Cliniquement, cet état ressemblait à la stupeur catatonique. Le jour suivant, toujours immobile.et fixée dans son attitude, elle obéissait cependant à des ordres simples. Il y avait quelques traces d’affectivité; quand elle répondait aux questions concernant son état de dépersonnalisation, elle restait immobile et parlait très peu, mais ses lèvres et ses mains tremblaient,

Le 19 novembre, bien qu’hypo-active, la malade commença à parler sans cesse d’une manière désordonnée. Deux jours plus tard, le changement était évident en ce sens qu’au début ses propos incohérents s’adressaient à son interlocuteur. Le 22 novembre, elle était normalement orientée, appela le psychiatre par son nom, et répondit correctement aux questions posées, mais son langage spontané: restait obscur: A partir de ce moment, une amélioration progressive se dessina dans l’intelligibilité de ses paroles, mais son langage restait encore pompeux, figuré, maniéré plusieurs semaines après qu’il fut devenu cohérent. |

Pendant la phase de guérison, des intervalles lucides alternèrent avec des périodes de confusion apparente, exprimant des idées partielles de tonalité déprimante. Après le 5 décem-

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