‹ A cachecache comédie en un acte en vers et en proseChapitre 23 sur 28 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ANNETTE

Monsieur le marquis, vous avez gagné, et suivant les conditions, Lubin et moi, nous allons ?wus retirer... Mais où est-il?.. . Et Madame la comtesse ? Lubin! Lubin!...

( Elle remonte. )

LE MARQUIS

Laissez donc là Lubin... vous avez bien le temps De partir, ma mignonne... Et les quelques instants Qui nous restent encore à demeurer ensemble Seront vites écoulés.

ANNETTE

Laissez -moi.

LE MARQUIS

Chère Annette, il me semble Que Lubin est un drôle heureux, pour qui les dieux N’avaient pas allumé ces adorables yeux,

Ni dépouillé non plus leur divine palette Pour composer ce teint rosé !... C’est en toilette De grande dame, enfant, que je voudrais vous voir.

Quel trésor ce Lubin a là, sans le savoir !

ANNETTE

Ah! qu'il le sait bien, au contraire. (Honteuse.) Mais monsieur le marquis veut rire.

LE MARQUIS

Non, pardieu! c’est fort grave! Oui, vous êtes jolie A tuer de dépit la comtesse; et j’oublie Près de vous qu’elle existe. A votre douce voix Mon cœur palpitte. Annette!,., à chaque instant je vois Mille trésors en vous!... Vous avez la jeunesse Et la beauté : ce sont deux titres de noblesse Contre lesquels plus d’un de nos vieux courtisans Changerait volontiers ses titres blanchissants.

A CACHE-CACHE

c’est trop d’honneur que vous me faites, de vous occuper aussi longtemps d'une petite fille comme moi, et je ne vaux pas toutes ces paroles dorées dont madame la comtesse vous a peut-être déjà baillé un reçu.

LE MARQUIS

Vous me faites mourir!... Oubliez la comtesse.

Elle est toujours songeuse et pleine de tristesse.

Vous, vous êtes aimable et gaie. Ah ! laissez-moi Vous aimer, chère Annette, et n’ayez point d’effroi.

ANNETTE

Taisez-vous, monsieur le marquis. Il me semble que je fais mal de vous écouter. Nous n avons pas l’habitude de ces déclarations-là. Ordinairement, quand c’est un seigneur qui veut se faire bien venir, il nous prend le menton, pivote sur le talon et nous dit : Palsambleu! la belle fille que voilà!... Alors on s’en va, ou Fon reste, cela dépend de la dose de sagesse dont on est dotée... Ou bien, si c’est un paysan, il nous dit avec une bourrade : Bonjour, mamzelle Annette! On lui répond (Faisant la révérence) : Bonjour, monsieur François ! — Ça va bien, mamzelle Annette?... — Très-bien, merci, monsieur François !... ( Riant niaisement. ) Oh! oh! oh! A u revoir, mamzelle Annette! (Baissant les yeux.) — Au revoir, m’ sieur François! — El s’il recommence huit jours de suite, on sait que c’est une déclaration!... Voilà!... Tandis que vous... El puis d’ailleurs, j’aime Lubin .. j’ensuis certaine ... (Elle passe è gauche 1 .)

LE MARQUIS

Ah! vous êtes cruelle!... Aimez tout à votre aise Lubin ou Petit-Jean, Thomas, Lucas ou Biaise !... Prodiguez vos trésors à quelque gros manant Bien bête et bien joufflu... je me tais maintenant.

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