‹ A ceux qui souffrentChapitre 12 sur 44 · LE SACRIFICE DIVIN · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE DIVIN

comme dans un éclair, la vision de ce Sacrifice divin, de cette Rédemption grandiose, la flamme du sacrifice s’allume aussitôt dans notre âme^ Nous aussi, nous désirons faire écho à cette grande Voix d’amour; nous rêvons de participer à celte OEuvre immense de salut, de nous donner tout entiers, corps, âme et intelligence, au service du divin Maître et des agents de Sa loi.

Mais hélas ! nous sommes si petits que nous ne

pouvons planer qu’un instant dans ces hauteurs... nous

retombons dans notre vie d’égoïsme et de platitudes, et la flamme pure s’éteint, faute d'avoir été alijnentée.

Si vous avez compris maintenant par quel sacrifice l’Univers a été créé et évolue : par la limitation de rinfmi, de Dieu, par le don volontaire de l’Être suprême, vous comprendrez aussi que cette limitation temporaire (i) crée l imperfection temporaire. Dans les conditions où Dieu s’est placé, par amour pour nous, il ne peut agir en désaccord avec la loi de révolution. 11 ne peut créer de toutes pièces un homme parfait, un homme divin, mais il peut donnei

(!) Temporaire, parce que sa durée est celle de l’évolution complète d’un Univers.

à l’homme, en lui infusant Sa propre Vie, toutes les potentialités divines.

L’homme est un dieu inconscient de sa divinité ; il ne peut devenir conscient, comme je l’ai dit plus haut, qu’après avoir traversé tous les stades de révolution,' après avoir mordu au fruit de larbre du bien et du mal, après enfin que les germes de l’intelligence, de la force et de ramour,^ces potentialités divines en lui, se soient transformés en qualités individuelles.

Nous avons vu que la souffrance est un levier puissant pour nous élever au-dessus de la fange de nos passions; nous avons vu qu’elle est une condition fa^orable, nécessaire même au progrès; qu’elle est la grande éducatrice humaine. Nous avons vu que, de même que le mal a sa source dans l’ignorance, la souffrance a la sienne dans le mal. Et non seulement cette règle est générale, mais elle s’applique encore à tous les cas individuels et particuliers. xNos douleurs, quelles qu elles soient, sont le résultat de mauvaises pensées ou d actions répréhensibles, que nous nous en soyons rendus coupables dans cette vie, ou dans une vie antérieure.

LE KARMA

Nous voici donc en face de cette autre grande loi appelée, par les Hindous, Kanna, loi qui est le complément indispensable de la loi de réincarnation. On peut lui donner divers noms : loi de rétribution, loi de causalité, ou encore la Justice immanente. Ces divers noms vous feront comprendre déjà son fonctionnement et son rôle.

Et si vous saisissez ce rôle et cette action du Karma dans la grande vie collective de riiumanité, comme dans votre petite vie individuelle, vous verrez le problème de la souffrance s’éclairer merveilleusement, vous aurez résolu le mystère de toute destinée humaine; vous verrez resplendir la Justice divine partout où, le cœur martelé par l’angoisse, vous ne voyiez qu’injustice et (i) qu’iniquité.

11 semble que cette vérité ait quelque chose de familier pour nous. Cherchez bien. N’avez-vous pas souvent lu ces mots de saint Paul, le grand inilié chrétien : « Ne vous y trompez pas : on ne se joue point de Dieu ; ce que Thomme a semé, c’est ce qu’il moissonnera aussi. » Voilà la morale du Karma en quelques lignes. C’est la loi de la cause et de

(1) Lire Karma, de Mme Annie Besant, et le chapitre admirable, traitant de cette question, dans son livre Sagesse antique, exposé complet de la tliéosopliie.

l’effet : tout effet provient d’une cause; toute cause engendre un effet; et l’effet est proportionné à la cause qui l’a engendré...

Toutes les souffrances sont des dettes que nous payons soit aux hommes, soit à la Loi divine ellemême. Les êtres que nous avons fait souffrir dans le passé, le Karma les place sur notre route, dans notre vie actuelle, comme obstacles conscients ou inconscients à notre bonheur, comme instruments de notre infortune. Et voilà les dettes que nous payons directement aux hommes. Si nous avons offensé la loi, sans-faire de tort spécial à quelque individu, il nous faut payer notre dette à la loi. Et le Karma nous châtie par des événements et des souffrances dont, alors, les hommes ne sont pas responsables.

Mais le mot de châtiment est mal venu ici, quoique le mal souffert prenne la forme de châtiment. Ce mot indique un Dieu punisseur et nous donne une vague idée de Jéhovah châtiant scs enfants. Non, la bonne loi ne châtie pas; elle se contente de redresser; elle rétablit l’équilibre troublé, en donnant une leçon utile et juste à l’imprudent. Si le petit enfant se brûle le doigt, en mettant la main dans le feu, direz-vous que c’est un châtirnent? Nombre de nos actions se trouvent dans ce cas; nous commettons le mal par

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ignorance; la douleur s’ensuit; est-elle nécessairement une punition? N’est-elle pas plutôt la leçon qui nous apprendra à ne plus commettre cette mauyaise action ? Et c’est ainsi que, grâce à ces leçons sévères, mais salutaires, grâce à ces expériences, nous sortons peu à peu de l’ignorance.

La loi de l’évolution est une grande loi d’harmonie. l’équilibre a été rompu par un acte

coupable, cet équilibre ne peut être rétabli que par la souffrance infligée à celui qui avait accompli l’acte coupable. C’est l’histoire de la branche d’arbre attirée vers le sol par un enfant^ et qui, lui échappant, le frappe au visage en reprenant sa place. Ne cherchez pas d’autre explication à l’action du Karma.

« Si le mal est commis involontairement, c’est injuste, me direz-vous, d’en porter la peine.» Mais comment serait-il possible d’éviter cette peine, puisque c’est un effet amené par la cause, et qu’il n’y a pas de cause sans effet? Il est tout aussi impossible de l’éviter, que de placer la main dans le feu sans être brûlé.

Néanmoins, soyez certains que, dans la balance du Karma, les motifs et les intentions pèsent beaucoup plus lourd que les actes. Les actes ne peuvent avoir 4e répercussion que sur le plan physique, dans notre

monde matériel, tandis que les intentions et les motifs en ont dans les mondes invisibles où l’action est bien plus puissante qu’ici-bas. Ainsi une action bonne et utile, dont le motif aura été égoïste, produira certainement un bonheur relatif ; — chose inévitable, puisque cette action avait causé du bonheur à des êtres humains ; mais celui qui l’a accomplie avait des motifs impurs, aussi la souffrance ne l’épargnera pas. Ce cas est bien plus fréquent que l’on ne pense ici-bas. Un homme construit un hôpital dans le but d’être décoré, d’avoir la renommée d’un bienfaiteur de l’humanité. Son action, qui aura produit de bons résultats dans le monde matériel, lui procurera, dans une autre vie, des satisfactions dans ce même monde, par exemple, un entourage agréable : mais en revanche ses motifs égoïstes lui vaudront des souffrances morales.

En somme, le résultat d’une cause a autant plus d’importance que le motif en est plus important.

A mesure que l’homme évolue, à mesure son Karma devient plus compliqué, car à toute heure il peut engendrer des causes karmiques contradictoires. Il peut agir généreusement et injustement dans l’espace de quelques instants. Les grands Êtres préposés au fonctionnement du Karma ont une tAche

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bien lourde, en vérité. Ces causes contradictoires ne pouvant souvent produire leurs effets dans une même vie, ils font le triage et répartissent le bon et le mauvais Karma entre plusieurs existences. Car, si une seule et même vie ne constitue pas le terrain nécessaire pour faire fructifier divers effets karmiques, ceux-ci doivent attendre, à l’état latent, l’occasion de se manifester dans une autre vie.

Ce sont toutes ces causes karmiques qui tissent notre destinée, qui nous font ce que nous sommes, qui nous placent dans tel pays, dans tel entouragefavorable à leur manifestation, qui préparent les grands événements, tristes ou joyeux, de notre existence. Nous ne nous étonnerons donc pas si nos bonheurs sont rares et courts ; si le malheur frappe souvent à notre porte ; — le mal ne l’emporte-t-il pas sur le bien dans nos destinées d’êtres moyennement évolués? Nous ne nous étonnerons pas, surtout, si nous savons combien nos pensées et nos intentions pèsent lourd dans la balance karmique.

Il est, par contre, consolant de nous dire qu’avec la connaissance nous sommes plus ou moins les maîtres de notre destin. L’ignorant est l’esclave de ses passions et de ses désirs, par conséquent l’esclave de sa destinée. Si, au contraire, nous connaissons

la Loi, si nous la comprenons, nous pouvons nous <îréer du Karma favorable par des actions et des pensées charitables et pures (i). Nous ne pouvons, hélas ! empêcher le Karma produit antérieurement de nous atteindre, — il nous faudra payer toutes nos dettes, — mais il nous est possible de neutraliser, en quelque sorte, les effets du Karma présenl.

Pour citer un exemple : si nous avons fait du mal à quelqu’un dans cette vie, nous pouvons neutraliser le résultat de souffrances qui nous attend, en tâchant de lui faire tout le bien possible, en tâchant, dès maintenant, de lui payer notre dette. Des êtres très élevés, connaissant leurs vies antérieures, ont ainsi pu réparer des torts commis dans le passé.

Vous me demanderez peut-être ici : Quelles sont les souffrances karmiques qui peuvent être produites

'[!) Ceci est presque aussi intéressé, dira-t-on, que la mora^le du Salut personnel. En réalité, la théosophie nous enseigne une morale plus austère : celle de faire le bien pour le bien, sans le désir de la récompense, ni même celui de l’approbation. Mais le fait de créer du bon Karma n en est pas moins réel et peut servir de stimulant aux âmes jeunes qui ne peuvent encore éliminer toute ambition, ou tout désir personnel.

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par tel vice, par telle faute? On ne peut établir de règle générale à ce sujet. Il serait puéril de s’imaginer que si, dans un accident de chasse, vous cassez la jambe à un ami, par un coup de fusil, celui-ci vous rendra la pareille dans une existence future. Vous porterez, sans doute, la peine de votre imprudence,, mais cela peut avoir lieu autrement que par une fracture de jambe. La nature de Teffet et celle de la cause peuvent ne pas être semblables, — mais il y a toujours et partout équivalence des forces.

Souvent, néanmoins, certaines causes amènent des effets équivalents, lorsqu’une occasion favorable se présente, dans telle ou telle existence. Un meurtre, par exemple, produira une mort violente de la même nature, une vie de débauche amènera une vie d’infirmité, de souff rances physiques. Si la débauche a été portée j usqu’à la dépravation, elle donnera lieu àl’idiôtie (i): en général, la satisfaction immodérée de désirs déréglés produira des privations en tous genres. La cruauté, nous dit-on, cause souventla folie ; la paressé, rinintelligence, l’orgueil et la vanité, une vie d’humiliations; l’égoïste n’aura pas d’amis et cherchera en vain et douloureusement l’aftection autour de lui;

(1) D’autres causes karmiques encore, dont il est inutile: de parler, ici, peuvent amener l’idiotie.

celui qui aura laissé échapper des occasions de progrès spirituels sera privé de toute occasion de progresser: la mère qui aura maltraité son enfant, ou qui l’aura négligé, retrouvera cet enfant dans une vie prochaine, mais pour l’adorer et le perdre prématurément. Les enfants martyrs ont, peut-être, été jadis des tyrans et des bourreaux.

Voilà quelques-uns des effets karmiques succédant à certaines causes. Mais, je le répète, on ne peut faire ici de règle générale ; l’action du Karma étant pour cela beaucoup trop compliquée.

Et, pour vous donner une idée nouvelle de cette complication, je vous dirai que la loi de Karma ne régit pas seulement les destinées individuelles, mais qu’elle régit encore les mondes. Chaque nation a son Karma, auquel tout individu participe ; les guerres, les grandes catastrophes, les épidémies terribles qui parfois déciment les pays sont des effets karmiques, tout comme nos destinées individuelles.

« Rappelle-toi que le péché et l’opprobre du monde sont ton péché et ton opprobre, car tu fais partie du monde. Ton Karma est inextricablement lissé avec le grand Karma (i). »

(1) La Lumière sur le sentier, par M. B.

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