DANGER DU SOUVENIR
ne sont que les lendemains des vies précédentes, et si les eaux compatissantes du Léthé en ont effacé rimage, les forces accumulées dans l’âme au cours des âges n en font pas moins leur œuvre dans l’avenir.
Au contraire,^ l’injustice existerait, et sous une forme cruelle, s’il y avait persistance du souvenir; caria vision douloureuse d’un passé toujours rempli de xléfaillances honteuses, quant il n’est pas souillé par le crime, serait perpétuelle, Et si, de plus — comme le voudraient nos-contradicteurs — l’homme savait pourquoi il est puni, c’est-à-dire s’il savait que chacune de ces erreurs et de ces fautes passées, sans cesse présentes à ses yeux, va porter un fruit particulier,, et que de rigoureuses échéances ont été placées à chacun des pas de sa vie nouvelle, la punition ne dépasserait-elle pas sans mesure le péché ? Et de toutes les poitrines humaines ne s’élèverait-il pas une clameur de blasphème contre une Divinité transformant, par le souvenir, la vie en un tourment sans répit, en une éternelle terreur, détruisant toute activité, toute initiative, par l’anxiété de l’attente;en un mot, étouftant le présent sous le poids du cauchemar du passé !
« Les hommes, si injustes pourtant, et si peu api-
toyés, n’ont pas voulu donner à un condamné à mort le tourment de l'anticipation, et ce n'est qu’au dernier moment qu'on lui apprend le rejet de son pourvoi. La Loi divine serait-elle donc moins compassionnée que la loi humaine ?
« N’esL-il point téméraire à notre profonde ignorance de critiquer les œuvres de la Sagesse sans bornes ? Pour peu que nous fassions quelques pas vers la connaissance, pour peu que nous pénétrions le secret des œuvres de Dieu, nous obtenons la preuve que la Providence ne laisse aucune partie du Cosmos, aucun être privé de sa tutelle paternelle, et que là où noire cécité voyait un vide, une imperfection ou une injustice, un brillant rayon de lumière nous montre la Vie omniprésente distribuant sans faveur son amour à tous ses enfants, de l’atome en sommeil au radieux Esprit planétaire, dont la conscience a grandi jusqu’au point d’embrasser l'Univers.
« C’est spécialement après la mort que l’Ame, libre dc'ses enveloppes d’illusion, fait une revue impartiale de son incarnation dernière, suivant attentivement ses actes et leurs conséquences, marquant ses erreurs et ses chutes, avec leurs mobiles èt leurs causes. C’est à cette école qu’elle a augmenté son savoir et sa force et, lorsque dans une incarnation future, les