LE ROLE DES PENSEES
ce qu’on exige de lui..., peu importe si les motifs qui le font agir sont désintéressés, si ses pensées sont pures ou ne le sont pas. Que d’hommes ressemblent à ces beaux fruits, d’apparence savoureuse, que l’on ouvre pour les trouver entièrement pourris! Leur vie intérieure est dévorée par un ver rongeur : l’égoïsme et les pensées impures.
La théosophie donne, à ce point de vue, une direction morale tout à fait opposée à celle que le monde admet. Lorsque je vous ai dit quelques mots, touchant le problème du mal, vous avez déjà vu que son code de moralité ne ressemble en rien à celui du monde. La théosophie met infiniment plus d’importance à la maîtrise des pensées qu’à celle de la conduite. Si les pensées sont pures, nobles, si les intentions et les motifs sont justes, désintéressés, la conduite sera nécessairement bonne, et toute vie humaine pourra être ainsi un foyer de bien et de beau. L’homme, dont la conduite est correcte et les pensées gangrenées, est un danger grave pour son entourage et pour la société. Vous voyez quelle responsabilité nous assumons, tout simplement, en pensant.
Toute pensée devient une force active dansl’espace. Je ne parle guère ici de ces pensées vagues, sans
but ni précision, qui se succèdent continuellement dans le cerveau — celles-là ne font du tort qu’à nous-mêmes — mais de toute pensée vraiment nette, précise et définie. Ces pensées-là prennent une sorte de vie factice et revêtent des formes que les clairvoyant2(i) ont pu décrire. Plus une même pensée est répétée, plus sa vie s’alimente. Les pensées sont attirées par les milieux, par les surfaces pensantes ( 2 ) avec lesquelles elles se trouvent en affinité. Une pensée d’amour ou de générosité viendra donc renforcer d’autres pensées de même nature,... comme une pensée de haine et de vengeance pourra, en impressionnant un être faible, aux impulsions mauvaises, le pousser à commettre un meurtre si l'occasion s’en présente.
Nos pensées, vous le voyez, sont des aimants qui attirent à elles des pensées correspondantes. Il y a échange continuel d’individu à individu, et ce fait nous constitue une terrible responsabilité, car, si nous cachons des pensées perverses sous des apparences
(1) Ce que nous entendons par la clairvoyance, en théosophie, n’est point la voyance ordinaire et souvent contestable des diseurs de bonne aventure, des somnambules, etc. La clairvoyance véritable est généralement un indice d’un développement assez considérable de Tàme ou des corps subtils.
(2) Les corps subtils dont je parlerai plus loin.