‹ A ceux qui souffrentChapitre 20 sur 44 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

amis chers lui souhaiteront la bienvenue, raideront à faire ses premiers pas dans cette existence qui va s’ouvrir pour lui. 11 ne craint rien. S’il a eu des faiblesses dans cette vie, il sait qu’il sera obligé de séjourner plus longtemps dans le monde aslral (qui équivaut assez bien au purgatoire du catholicisme); mais qu’il pourra, d’ici peu, s’y rendre utile et mener une existence active et dévouée: grande compensation à cette obligation de séjour. Il sait qu'infailliblement, par la force du temps, par ses propres efforts et ses propres aspirations, il sera libéré de ce qui le retient dans ce monde astral et qu’il entrera dans la vie céleste, aux joies intenses, indescriptibles.

Oh ! mes frères, la mort est si peu de chose!... pourquoi en faire ce qu’il y a de plus terrible au monde? Pourquoi en faire un gouffre plein d’ombre où Ton va tomber, alors qu’elle n’est qu’un pas de plus vers la lumière? Nos bien-aimés ne sont pas morts; si le voile de matière qui nous obscurcit la vue se dissipait, si nous sortions de notre corps physique, nous les verrions souriants et paisibles. Ils ne se sentent pas plus morts que nous; ils nous voient dans cer tains cas et voudraient nous encourager; mais nous ne les voyons ni ne les entendons, car les vibrations

rapides de leur corps subtil ne peuvent trouver de réponse dans notre corps physique (i). Et notre douleur les attriste^ car, véritablement, nous les pleurons comme si nous ne devions plus jamais les revoir, comme si l’immortalité, la vie de l'au-delà n’étaient que des mots pour nous et non des réalités.

Et cependant, bien souvent dans la nuit, nous allons les retrouver ; nous sommes auprès d’eux aussitôt que notre âme s'est dégagée du corps physique, par l’action même du sommeil. Nous sommes heureux alors auprès des êtres chéris. Et s’il ne nous en reste pas la mémoire, au retour, au réveil, c’est encore parce que les vibrations ^'apides de la conscience astrale ne peuvent se transmettre à notre cerveau physique, y éveiller de vibrations correspondantes. Parfois, cependant, de vagues impressions nous traversent l’esprit dans la journée, comme des fragments de rêves : en réalité, fragments de souvenirs de notre vie astrale, mais ils nous échappent d’autant plus vite que nous cherchons à les saisir.

(1) Il s’agit, surtout, dans ce paragraphe d’une classe spéciale de désincarnés, de ceux qui sont morts, soit brusquement, soit en pleine jeunesse, ou encore dans la force de l’àge. Leur corps astral est doué d’une vitalité si grande encore qu’il les retient prisonniers, un certain temps, dans les mondes inférieurs de l’Au-delà.

LA CONSTITUTION OCCULTE DE L HOMME

Sachez-le, ô mes pauvres frères qui pleurez vos bien-aimés, il ne tient qu’à vous, en menant une vie pure, en vous soumettant à de certaines conditions moralesetmentales, en développant certaines facultés existant à Tétât latent, il ne tient qu’à vous de rapporter le souvenir de la vie astrale dans votre conscience physique. Ce n’est qu’une question de temps, de volonté, de persévérance ; c’est le développement de la vie intérieure, de la spiritualité, de facultés internes, inconnues du vulgaire.

Je vais être obligée ici, pour jeter de la lumière sur ces paroles, de vous donner une idée sommaire delà constitution deThomme (i) au point de vue théosophique, et des dilYérentes régions où sa conscience peut fonctionner, au delà de notre monde physique.

L homme n’est point ce composé rudimentaire d’un corps et d’une âme, ainsi que cela nous est enseigné par les religions. En réalité sa composition est beaucoup plus complexe,... et n’est-ce pas rationnel? Notre seul corps physique comprendrait au point de vue anatomique et physiologique, tant

(1) L’homrae actuel n’a que trois corps développés.

de syslèines importants, vitaux, —le système nerveux le système circulatoire, etc., et tout ce qui en noiis^ pense, aime et aspire, tout cela serait réduit à la seule âme ?

Selon la théosophie il n en est pas ainsi. Lame, ce quelque chose d'indéfinissable, comprend en effet toutes ces facultés, mais elle se manifeste dans des véhicules divers, en des corps, qui représentent : les émotions, la pensée, l’intuition, ramour spirituel, etc.

Une image pourrait en rendre l'idée ; celle du fluide électrique, lequel, suivant la nature du récepteur qu’il traverse, se manifeste soit en lumière, soit en mouvement, soit en action chimique. — De même que ce lluide est identique, quoique se manifestant différemment selon les récepteurs employés, de même l'ame, énergie universelle, ayant tous les pouvoirs, reste toujours identique à elle-même, bien que les facultés exprimées au moyen des véhicules qu’elle anime varient avec la nature de ces véhicules, se traduisant tantôt par les émotions, tantôt par la pensée. Ces divers véhicules, ou corps internes, s’interpénétrent, de plus en plus subtils, à mesure qu’ils appartiennent à une région plus élevée.

L’idée des vies successives vous est familière, maintenant, n’esLce pas?... eh bien ! la personnalité

LA CONSTITUTION OCCULTE DE L HOMME

n’est pas autre chose que le représentant de l’individualité à chaque vie nouvelle ; le représentant ou rinstrument de Vhomme vrai^ de Vhomme éternel. Notre personnalité — tantôt masculine, tantôt féminine, agissant dans une condition modeste ou élevée, sous un nom quelconque, roturier ou royal — notre personnalité n’a d’autre but, d’autre fonction, qué de recueillir toutes les expériences nécessaires au développement de l’individualité, expériences, lesquelles, après chaque mort terrestre, vont s’emmagasiner dans cette individualité.

Or, de quoi se compose cette personnalité? me direz-vous. Je répondrai par une autre question : « De quoi est faite notre vie ? — D’actions, de sensations et d’émotions, de pensée... — Très bien. Par consé- (|uent nous avons un corps physique : instrument de l’action ; une nature émotionnelle et passionnelle, siège de toute sensation : le corps astral ; une nature pensante enfin, qui se manifeste par le mental.

Corps astral et mental ou corps astro-mental — car pendant une grande partie de l’évolution humaine la pensée se solidarise avec les émotions —

sont formés d’états de matière subtils, plus subtils encore que l’éther de l’espace. Entre les états de matière physique et astral nous trouvons un état intermédiaire : la matière éthérique. Cette matière éthérique, qui pénètre si bien notre corps physique qu’elle en constitue une doublure exacte, a la propriété d’absorber la \ie solaire qui se trouve répandue dans l’atmosphère, de l’assimiler et de la transmettre à notre organisme par le système nerveux. De plus, étant l’intermédiaire entre le corps astro-mental et le corps physique, elle transmet à ce dernier, et les sensations, et les émotions, et la pensée, dont le système cérébro-spinal est l’instrument.

C’est donc par le corps astral que nous jouissons et que nous soufïrons, par le mental que nous pensons. Identifier la sensation avec les nerfs, la pensée avec le cerveau, c’est confondre l’ouvrier avec son outil, l’artiste avec son instrument.

Après la mort le corps astral a une vie indépendante et devient le siège de la conscience, quittant définitivement son camarade, le corps physique. Pendant le sommeil il se dégage'momentanément du corps physique et peut s’en éloigner. Enfin il s’extériorise également au moyen des anesthésiques, * entraînant avec lui une partie du double éthérique.

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11 y a, par conséquent, dans ces cas, abolition plus ou moins complète de la sensation.

Voilà donc nos instruments de travail pour une vie î voilà les corps qui constituent notre personnalité, (car pour chaque incarnation ils sont renouvelés). — Et ces corps sont une expression fidèle de notre Karma : ils font partie de notre récolte, ayant été semés dans la vie antérieure. Tels qu’ils sont: médiocres ou bien conditionnés, aide ou entrave, il nous faut les accepter. Mais ce qui importe, c’est de chercher à les améliorer, à les utiliser avec sagesse, à en tirer tout le parti que nous pourrons en tirer. Ce faisant nous semons encore pour l’avenir.

Mais ce n’est pas tout. Regardons-nous vivre, observons-nous avec attention : nous sentirons qu’il y a en nous quelque chose de supérieur à la pensée, quelque chose qui s’impose dans les heures de lutte et de souffrance et dans la paix profonde, quelque chose qui ne parle pas et cependant fait appel à ce que nous avons de plus élevé. Le tumulte de la nature

inférieure nous empêche d’entendre celte voix mystérieuse qui n’est pas une voix... Et ce n’est qu'après avoir fait taire les émotions et la pensée que nous pourrons communier avec VEsprit en nous... avec le Divin.

Plus compréhensible, plus facile à entendre est la voix de la conscience morale — synthèse de nos personnalités passées, résultat vivant de toutes les expériences emmagasinées dans le corps causal. Ce corps, qui s’est développé au cours de nos vies successives, par les expériences de nos personnalités diverses, ce corps est l’enveloppe permanente du moi, de l'égo. 11 se manifeste en nous soit par la conscience morale dont je viens de parler, soit par l’intuition. Sa voix est, et doit être notre meilleur guide : elle nous indique notre devoir, elle établit nos responsabilités, et relativement notre degré d’évolution. L’égo est enfin le tabernacle de l’Esprit divin, du Dieu en nous.

Si les expériences successives, faites par la personnalité font évoluer l’égo — que nous appellerons encore notre individualité — l’égo par son évolution même, son développement progressif, éveille et amène à l’activité toutes les facultés latentes, tous les pouvoirs de l’Esprit divin.

LA CONSTITUTION OCCULTE DE L HOMME

Comme vous le voyez, la constiluLion occulte de l’homme nous mène bien loin des théories simplistes généralement admises.

Nous voyons donc en rhomme :

I® une personnalitéagissante, composée de rouages divers, ayant chacune leur fonction, leur rôle à remplir;

2 ° l’égo, soit une conscience — embryonnaire au début de l’évolution — se développant graduellement en facultés et en pouvoirs et s’élargissant au fur et à mesure qu’elle se développe ;

3° une âme divine : b Esprit — moteur de toute notre évolution individuelle et personnelle — le « Dieu en nous » dont parlait saint Paul lorsqu’il disait « L’esprit de Dieu habite en vous,... Celui que proclamait le Christ lorsqu’il s’écriait : «Voici ! vous êtes tous des dieux ! »

De cette explication sommaire, le point capital à retenir est celui-ci : ne pas confondre la personnalité avec rindividualité; ne pas attacher une importance démesurée au rôle de cette personnalité, qui n’est

A CEUX QUI SOUFFRENf

autre que de servir d’instrument, qui n’est autre que de représenter notre égo; ne pas nous identifier avec cette personnalité, avec nos sensations physiques, avec nos émotions, nos pensées, ni même avec notre intelligence concrète. Combien de souflrances nous nous épargnerions, combien de force nous gagnerions dans la lutte, quel calme serait le nôtre si nous avions constamment cette pensée en nous 1

L'Esprit (//u/n qui assiste serein aux déchaînements de nos tempêtes humaines, sans y participer, voilà Celui avec lequel nous devons tacher de nous identifier, aspirant continuellement à nous unir avec lui.

« 11 faut qu'il grandisse et que je diminue », disait Jean-Baptisteenparlant du Christ. Image exacte dcce qui doit se passer en nous, (|uand nous avons réalisé les places respectives de l'individualité permanente et de la personnalité temporaire. Il faut ({ue celle-ci diminue po\ir faire place à la conscience toujours grandissante de lEsprit diuin^ du Dieu en nous. « Moi et mon Père, nous sommes un », a dit le Christ. Cette union divine, sublime, nous attend tous dans les temps futurs (i). En attendant « la véritable vie

(1) Lire iHomme el ses Corps^ d'Annie Besant, livre donnant une description détaillée de la constitution de riiomine, au point de vue théosophiquei

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