‹ A ceux qui souffrentChapitre 36 sur 44 · PELERINAGE DE LA DOULEUR · texte numérisé non relu

PELERINAGE DE LA DOULEUR

Pardonnez-moi cette longue digression ; —elle était nécessaire pour couper court à toute équivoque; —... et reprenons notre pèlerinage de la douleur.

Le Sentier de Tépreuve est le cominencemeni de ce Calvaire, douloureux certes, mais mille fois plus glorieux encore. Le candidat, en y entrant, sait ce qui l’attend ! il sait ce qu’On demande de lui; un travail patient, ininterrompu dans le domaine intellectuel, moral et spirituel. Il se sent bien peu de chose, bien petit en force de pensée, bien pauvre en vertus. Il lui faut faire tous ses efforts pour acquérir la force, le contrôle de la pensée, la concentration de son esprit. Il faut qu’il devienne, petit à petit, maître de son mental. Et ce n’est pas chose facile. Il y a environ cinq mille ans, Arjourna disait à Krishna (i) : « O Krishna, le mental est inconstant, mobile et impétueux; il est aussi difficile à soumettre que lèvent. »

Mais, par-dessus toute chose, le candidat sait qu’il doit apprendre à dominer ses passions, à vaincre sa

(1) La Bhagavad Gita, transcrite par E. Burnouf.

nature inférieure, son égoïsme, à établir solidement les bases de son caractère, à développer en lui le dévouement, Fabnégation, laspiritualité, àapprendre à faire le bien pout le bien et non pour le désir de rapprobation, — pas même en vue du progrès personnel. « Croîs comme croît la Heur, inconsciente, mais ardemment désireuse d’ouvrir son âme à Fatmosphère. C’est ainsi que tu dois hâter l’éclosion de ton âme à Féternel. Mais il faut que ce soit Féternel qui sollicite Fépanouissement de ta force et de ta beauté, et non pas le désir de croître; car, dans lepremiercas, tu tedéveloppesdans toute la splendeur de ta pureté, dans l’autre, tu ne fais que t'endurcir ])ar l’inévitable passion de ta stature personnelle (i). » Bien des obstacles feront face à ce candidat, car Fâme, une fois qu’elle a adopté une certaine attitude intérieure, une fois qu’elle a résolu, consciemment, de se donner sans réserves à cette grande Cause de Fhumanité, Fâme verra fondre sur elle une foule de difficultés et d’épreuves. De ce qui l’attend, sur le Sentier de la douleur, elle en a déjà un avant-goiït dans sa condition présente. Elle sait que le Karma, amassé par elle dans nombre d'existences passées et

(1) La Lumière sur le Sentier, par M. C.

LE SENTIER DE l'ÉPREUVE

qui, dans le cas de révolution ordinaire, se déchargerait, peu à peu, de vie en vie, de son fardeau, — elle sait que ce Karma se déversera sur elle en quelques incarnations, et qu’elle boira, jusqu’au fond, la coupe des douleurs. Mais elle sait aussi qu’autrenient elle ne pourrait avancer très rapidement ; que cet amas de dettes anciennes serait une entrave à sa course, et elle accepte vaillamment les menaces de la tempête. Certes, bien des défaillances, bien des chutes à enregistrer sous l’assaut des tentations, bien des heures noires dans l’épreuve ; mais l’ânie fidèle est résolue à vaincre ; elle est dévouée aux grands Êtres qui la précèdent, lui montrant le chemin. Et elle ne se décourage pas. Elle continue son ascension s'accrochant aux buissons du chemin, aux aspérités du roc, dans les moments difficiles ; tombant pour se relever et reprendre la montée. La lumière divine une fois entrevue, l’âme ne «aura plus l’oublier ; le but glorieux reconnu, choisi en pleine conscience, l’âme, pleine d’enthousiasme et de foi, se sentira des ailes pour le réaliser, ardemment désireuse d’aider ses frères, prête à tous les sacrifices, même à celui de la vie s’il le faut, pour la Cause qu’elle est résolue à servir. Et, si les tentations surviennent irrésistibles, si la nature inférieure se soulève et la trahit, même

alors elle ne perd pas courage, elle ne renie pas son but. Et, défaillante, elle garde une image sainte par devers elle...

Au bout de quelques vies d’épreuve, peut-être, sera-t-elle jugée digne d’entrer dans le Sentier de la douleur. Alors la grande révélation de l’Unité la remplira de joie et de lumière ; elle sentira tressaillir en elle le divin nouveau-né, le Christ (i). Alors elle se trouvera face à face avec Ceux qu’elle pressentait, qu’elle vénérait, mais qu’elle n’avàit pu voir encore, et la main dans Leur main, cette fois, elle continuera son chemin. Chemin toujours plus escarpé, toujours plus sombre ;... elle connaîtra la souffrance sous sa forme la plus amère, la plus aiguë ; les épreuves les plus cruelles se déverseront sur elle, car maintenant il lui faudra acquitter, en très peu de vies — — une ou deux vies peut-êtré — les dettes qui lui restent à payer. .11 lui faudra faire face au déchaînement de la tempête, avec un front toujours plus

(1) La première grande Inilialion, qui n’a rien à voir avec les initiations dont la littérature courante parle si légèrement, consiste dans l’éveil du principe-Chrièi {âme spiriluellc ou principe bouddhique de la théosophie), lequel, lorsqu’il est complètement développé, ouvre au grand Initié les portes de l’Adeptat, car il est arrivé, alors, à la « mesure de la stature parfaite du Christ

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