ENFANCE
Quand la ville, à Noël, agenouillée autour Des églises carrant debout leur haute tour, Attend qu'au ciel feutré de brumes minuit sonne, Quand la neige en essaim de mouches tourbillonne Aux vitres rousses des lanternes, c'est vers toi, Mère, que s'en revient mon cœur, et vers la foi De mon enfance, et vers les prières anciennes De mes petites mains jointes parmi les tiennes. Dans mon âme, des cierges brillent, un à un, L'encens fume, et voici revivre, en un parfum De grand messe et de cire chaude qui s'égoutte. Les crédules minuits et mon extase, toute. IVïfere, j'entends ta voix qui chante, et ce m'est doux, Blotti contre ta jupe, et sage, les genoux
Engourdis, d'écouter ce murmure d'eau fraîche.
Je voudrais t'embrasser, mais n'ose pas, la crèche
Est là, tout près, qui me fascine avec ses ors,
Ses bergers et le bœuf et l'âne, et je m'endors.
Et me raidis, et rouvre à moitié les paupières...
Je vois, parmi des pleurs de sommeil, les lumières
S'allonger démesurément et cribler l'air
De flèches qui bientôt deviennent un lac clair
Où mes cils éblouis se baignent... Puis les portes
S'ouvrent dans un grand cri de l'orgue, et tu m'emportes
Vite, et le vent glacé qui s'engouff're au tambour,
Noir et brusque, me rend plus cher ton cher amour.
Pour ce qu'en lui je sens vaguement de défense
Contre l'hiver et d'abri sûr aux peurs d'enfance.
Puis longtemps nous marchons dans l'ombre, et dans ta main
Ma main tremble, et derrière nous, sur le chemin,
Les traces de nos pas dans la neige vont l'une
Après l'autre rejoindre, au bord du ciel, la lune...