FUMÉES
O ces rêves dans mes cigarettes, souvent!
Images, au plafond, de peupliers, de vignes
Et de prés par Avril inondés, jusqu'aux lignes
Des coteaux, où toujours un vieux moulin à vent,
Sans bras, le toit penché sur l'horizon, écoute
Si l'âne du meunier encor monte la route...
Province, en cette froide nuit, dont le rayon
De l'aube éveillera demain le paysage.
Si simple qu'on l'évoque en trois traits de crayon.
Et souriant de tendresse comme un visage.
Est-ce l'énervement du tabac, est-ce l'heure.
Et d'être seul, ce soir, dans ma chambre? ou, là-bas,
Dans l'insomnie, un cœur prudent n'aurait-il pas
Tremblé pour moi? Sait-on, parfois, pourquoi l'on pleure?