‹ Á côté de la grande histoireChapitre 24 sur 44 · EN · texte numérisé non relu

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Ce sont des miettes pour THistoire que ce livre, mais les miettes de la vérité sont encore quelque chose, et en fait d'histoire il ne s'agit pas de faire le fier ; il faut tout ramasser. L'homme qui a fixé ces souvenirs fut un professeur savant et modeste, qui, doué des aptitudes les plus rares de la pédagogie, dévoua sa vie à l'enseignement et ne chercha que là sa gloire. Il ne pensa jamais à être de pied en cap un historien... Il est mort même sans avoir publié ces notules historiques, qu'il avait peut-être préparées

1. Frédéric Vaultier. Souvenirs de r Insurrection normande dite du Fédéralisme, en 119S [Pays, 18 mai 1858).

pour d'autres plumes que la sienne, tout en se contentant d'initier les autres, de les renseigner, de les instruire, de venir en aide à quelque bon travail futur, et, par ce cûté-là encore, éternellement professeur !

Il ne lavait pas toujours été. Dans son extrême jeunesse, quand il eut Tàge d'écouter et de suivre la voix de la vocation, cette sirène qui n'a pas d'écueil, la Révolution l'avait déjeté, comme tant d'autres, du chemin où naturellement ses facultés l'auraient mis. C'était en 1792. « Quand l'insurrection du Fédéralisme « éclata », — comme dit G. Mancel, le biographe de Vaultier, avec une expression peut-être un peu sonore en parlant d'une chose qui rata d'une manière si honteuse pour ceux qui croyaient la faire éclater, — Frédéric Vaultier avait vingt-deux ans. Il connut à Caen les députés de la Gironde qui s'y étaient réfugiés et se compromit avec eux. Gela devait être : il était de tempérament girondin. Il n'y a que deux tempéraments intellectuels, deux sortes d'esprits dans le monde. Il n'y en a pas trois ! Quelle que soit la livrée que la fortune ou notre volonté nous attache, philosophes ou religieux, aristocrates ou démocrates, nous sommes tous, plus ou moins, Girondins ou Montagnards. Pour toutes les questions de la vie ou de la pensée, c'est toujours ou la mort sans phrases, ou la mort avec des phrases et des sursis, que nous agitons ! Vaultier, né pour la rhétorique, sensible à ce bien dire si vain, dut être pour les phrases et les beaux parleurs de la Gi-

l'insurrection normande en 1793 loi

ronde, et il faillit payer de sa tête son goût pour eux. Il n'échappa au lieu commun de la mort du temps qu'en s'engageant dans la marine, et l'ironie qui gouverne le monde fit du professeur de beau langage, du doux Ionien de la rhétorique que nous avons connu, un matelot à bord du Brûle-Gueule... Je n'oserai jamais dire un rude matelot !

Eh bien, ce sont les souvenirs de cette lointaine et première époque de sa vie que Vaultier avait écrits avec un détachement de tout, avec une absence de prétention si rare, que cela est presque de l'originalité dans ce temps où les grenouilles de l'individualisme crèvent dans tous les livres pour se donner des airs de bœuf insupportable ! Ses Souvenirs de V Insurrection normande en 1793 (1) ne sont pas de l'histoire, dans leur forme brisée, laconique, à peine appuyée, — des linéaments historiques ! — et ils ne sont pas des Mémoires non plus. Ils ne sont pas de ces Mémoires si chers en tout temps à la vanité française, mais plus que jamais à une époque d'importance personnelle oii chaque circonférence se croit centre et où l'amour-propre vous prend familièrement le genou en vous disant : « Écoutez-moi ! » Vaultier n'a point de ces façons. Il ne nous raconte pas ses impressions et sa vie, et ses manières, longuement déduites, de penser, et ses excuses pour avoir agi. Il ne trône

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