‹ Á côté de la grande histoireChapitre 25 sur 44 · Le Gost-Clerisïse. Cacn · texte numérisé non relu

Le Gost-Clerisïse. Cacn

pas sur le moi de la personnalité. Quand le je, haï de Pascal et de tout le monde, arrive sous sa plume, c'est pour confirmer un détail par rautorité de son témoignage. // a vu. Voilà tout ! Seulement, ce témoignage si désintéressé, si sincère et si simple dans son expression qu'il ne colore même pas, est ce que nous connaissons de plus mortel à la charge de ce qu'on a appelé le fédéralisme révolutionnaire, — le plus bas côté d'une révolution qui n'en eut pas toujours de si hauts l

En effet, ce que la Révolution eut de terrible ne l'élève pas pour cela d'un degré de plus dans l'estime des hommes. L'estime des hommes est un sentiment pur de toute épouvante. La Révolution ne le mérite pas. Elle ne nous offre, quand elle n'est pas une hideuse tragédie, que le curieux et lamentable spectacle d'une nation qui se piquait d'être à la tête du monde, et que Dieu livrait aux principes du Contrai social. Cette théorie, imitée des Grecs par un ignorant qui ne connaissait pas la Grèce, cette théorie imbécille, même comme hypothèse, donnait le pays non pas à tout le monde, comme il est de naïfs historiens qui le répè-

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tent encore, mais aux mineurs, qui sont nécessairement le plus grand nombre dans toute société.

L'Égalité politique et physiologique de Rousseau, lequel ne comprit jamais rien à Tunité complexe de la famille, pesait les hommes comme mâles et ne les pesait pas comme pères, par conséquent noyait les forces morales de Tordre et de la société dans la force brute d'un nombre qui n'était pas du tout, malgré son titre, suffrage universel. L'application de cette théorie, — qui supprimait la famille chrétienne en faisant égaux en droit le père et le fils, renversait le foyer domestique et son crédit, donnait une prime aux turbulents, toujours prêts, contre les pacifiques, toujours promptement dégoûtés de ces orgies, et tout cela pour se terminer irrévocablement par des réactions que la force des choses veut et que le législateur devrait prévoir, ne fut-ce que pour organiser, — telle est, sans phrases, girondines ou autres, sans déclamation et sans haine, la Révolution française. Certes ! jamais éclipse de bon sens — et de bon sens national — ne fut plus complète :

Quand notre aveuglement sera mis en lumière, Nous serons indignés d'avoir pu le subir!

Ce n'était pas assurément une révolution conçue et réalisée dans de pareils termes qui pouvait jamais résoudre la question pour laquelle le fédéralisme se forma. Cette question, on le sait, fut la décapitation

de la France par Paris, la question de la centralisation même. Cette centralisation, du reste, ne doit pas être mise uniquement au bilan de la Révolution, qui a bien assez de ses autres charges sans celle-là. Le décret révolutionnaire qui changea nos provinces en départements ne fut — il est juste de le dire — que la consommation officielle d'un fait accompli depuis longtemps déjà. La prépondérance des politiques avec Henri IV, la dictature de Louis XIV et les hiauvaises mœurs de sa cour proxénète, le système de Law et ses conséquences, avaient été autant de causes de cette concentration hypertrophique que la Révolution augmenta, n'y pouvant remédier.

En créant les départements, la Révolution, tombée dans la démagogie, était impuissante à organiser la vie dans ces sortes de chefs-lieux. Elle n'avait pas reçu ce don du ciel. Elle ouvrait des abîmes, guillotinait, émiettait le pays tout en Fétouffant. Elle instituait des rivalités petites et mesquines contre le fantôme imposant des anciennes provinces et leurs souvenirs, espèces de sentinelles jalouses placées autour d'autant de tombeaux ! Nous qui sommes venus après elle, nous avons hérité de cette exhérédation. Beaucoup d'esprits, et de bons esprits, parmi nous, rêvent la décentralisation à cette heure, mais la décentralisation relative; car toute autre irait plus loin que notre constitution historique ou nationale ne pourrait le comporter.

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L'Empereur Napoléon I", qui aurait résolu ce problème s'il était venu à bout des coalitions qui l'ont renversé, Ta laissé dans son héritage, et un jour, jour prochain peut-être, le législateur avisera.

Mais en pleine révolution, quand les capitales des provinces, têtes somnolentes comme les fameux pavots qui tombèrent sous la baguette de Tarquin, avaient été abattues par la Convention, ce Tarquin monstre à trois cents baguettes, — qui coupait tant de têtes et qui n'en avait pas, — ce n'était pas une poignée de rhéteurs en fuite qui pouvait résoudre de haute lutte le problème que Napoléon Bonaparte a laissé pendant derrière lui.

Tel était, en effet, le groupe de ces hommes qui voulurent et tentèrent de ranimer ces villes dont la vie, absorbée par Paris, depuis longtemps s'était retirée. Ils échouèrent, et ils devaient échouer. Selon la loi de toute révolution populaire, celle qui eut son prodrome à la prise de la Bastille et son épilogue au 9 thermidor était déchirée en deux parts lorsque le mouvement dit du Fédéralisme se produisit en 1793 ; et pomme Caen, dit Vaultier, fut une des villes de France

OÙ le mouvement se prononça le plus (nous allons voir tout à riieure avec quelle vigueur), ce qui se passa à Caen donne Tidée de ce qui se passa dans les autres villes, et cela fait véritablement pitié.

Le mouvement fut digne de ceux qui l'avaient inspiré ou qui le fomentèrent, de ces principaux chefs de la Gironde, proscrits du « déplorable 31 mai », comme dit Yaultier, collégiens réussis qui furent des politiques manques, et qui, le doux Vaultier lui-même l'affirme, n'ont compris ni les hommes, ni les événements, ni le jeu des intérêts sociaux : rien que cela ! Ils étaient à Caen au nombre de vingt-deux. Barbaroux, Bergoing, Boutidoux, Buzot, de Cussy, du Châtel, Giroust, Gorsas, Guadet, Kervélégan, Larivière, Le Sage, Louvet, Meillan, Mollevaut, Pétion, Salles et Valady. C'est Vaultier qui nomme ces atomes. A l'exception de Barbaroux, de Guadet, de Louvet et de Pétion, l'histoire dédaigne d'écrire cette poussinière de noms déjà repris par le juste oubli. Ce n'est pas tout. Vaultier nous a laissé de petits portraits, encore trop grands, de ces mirmidons, dont le plus grand homme fut Louvet, l'auteur de Fauhlas. Il n'y a que pour Barbaroux qu'il ait gardé la tendresse d'une camaraderie de jeunesse. Il souscrit au mot ivre de Valady : « Barbaroux, cet étourdi sublime, qui dans dix ans sera un grand homme. » Sa mort l'empêcha de tromper cette espérance : les dix ans ne seraient jamais venus !

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Il faut ajouter, pour compléter cette liste de vingtdeux, Marchenna, Girey-Dupré et Riouffe, qui n'étaient pas députés, — et Fauchet, l'évèque intrus du Calvados, le seul homme de talent réel, une espèce de Diderot évêque qui aurait eu la foi, et à qui la foi et le sacrement de l'ordre sans doute valurent plus tard le repentir. Fauchet mourut comme les autres à la guillotine, mais avant de mourir il y abjura ses erreurs.

Quant au mouvement insurrectionnel dont Yaultier nous fait le récit en l'opposant au récit des Mémoires de Louvet et de Wimpfen, le général équivoque des forces armées du Calvados, il se borna, ce formidable mouvement, à la ridicule affaire de Brécourt, que des historiens à microscope, dès qu'il s'agit de la Révolution, ont exagérée. 11 faut voir cette grotesque expédition racontée comme il convient dans ces Souvenirs, avec un style qui ne poétise rien et qui dit le fait comme il fut. Il ne fat point héroïque. Ce fut une expédition de Sosies. De part et d'autre, on se sauva ; véritable guerre de lièvres, où tout le monde eut peur de tout le monde ! « Il paraît que le noyau « d'armée que nous avons attaqué à Brécourt était fort u peu de chose, — dit candidement l'honnête Yaultier. « — Or, cette troupe avait dû se disperser et s'enfuir « jusqu'à Nantes, dans le temps oii NOUS-MÈME « (superbe !) nous avions rétrogradé jusqu'à Évreux. »

Encore une fois, nous aimons qu'on rappelle ces (iétails et qu'ils soient signés par un homme de bien.

témoin et dans Taction, pour qu'on les croie. Nous ne faisons fî de rien en histoire. Jamais on ne fera mieux équilibre à ce que la Révolution eut de terrible qu'en mettant à côté ce qu'elle eut de burlesque. L'homme est si lâche que Taffreux lui impose; mais voici l'antidote à côté du poison ! Le mouvement insurrectionnel du fédéralisme se résuma donc tout entier dans la ville du Refuge pour les Girondins, dans la déclaration anonyme de l'insurrection (ce fut Yaultier qui, en raison de ses bouillants vingt-deux ans, prit sur lui le dangereux honneur de signer cette déclaration qu'il n'avait pas écrite), et, dans l'expédition panique de Brécourt, un seul coup de canon qui ne porta pas et mit en fuite deux braves corps d'armée. Seulement n'est-ce pas trop de patriotisme de la part de Yaultier que de réclamer pour le compte de sa ville l'éclat de ces splendeurs de politique et de guerre, et de contester sérieusement aux Girondins arrivés à Caen Tinfluence d'événements pareils?. ..

Ainsi, c'est toujours la même chose. Misère d'une société dont le plan était troublé alors jusque dans ses dernières profondeurs ! Pendant tout le temps que dura la Révolution, toutes les villes, Lyon excepté, qui eut du moins le mérite de l'horreur (et nous ne parlons pas de la Vendée, cette guerre de géants, comme disait l'Empereur), toutes les villes se conduisirent à peu près de la même manière. Elles se pillèrent les unes les autres, tant elles eurent toutes le

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manque d'énergie, la lâcheté! D'abord, elles suivirent le mouvement comme des moutons, puis réagirent à l'étourdie ; puis la Convention lâcha sur elles un proconsul et elles ployèrent et demandèrent pardon, et, lors de la réaction définitive qui ne tarda pas, il ne resta que Tétonnement d'avoir eu peur et d'avoir obéi !

Voilà ce que les Souvenirs de Vaultier, très significatifs dans leur insignifiance, nous ont montré avec une clarté qui abrégera furieusement les offices de THistoire, si jamais on est tenté d'en écrire une sur le fédéralisme pendant la Révolution. Des gens qui exploitent toutes les idées ont essayé pourtant. Ils ont essayé d'enfler cette baudruche, d'animer ce fantôme, de donner un peu d'épaisseur à ce rien... C'a été peine perdue, recherche inutile. Le fédéralisme ne fut qu'une velléité d'impuissants. Même à part la Vendée, le royalisme eut encore de nobles jours. Mais le fédéralisme girondin des villes n'eut pas un quart d'heure de vie et d'honneur. La Montagne mit son pied là-dessus et l'écrasa net, sans en avoir à craindre la flèche de Paris ! L'avoir vaincue ne l'a pas grandie. Le fédéralisme girondin n'a pas mènie louché au

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manche du couteau de Charlotte Corday, à moins que Théroïque jeune fille ne l'ait saisi d'indignation en voyant la lâcheté de ses compatriotes, quand avortait chez eux ce qu'ils osèrent appeler une insurrection ! On devine qu'il est question d'elle dans ces Souvenirs. Et c'est là, en effet, ce qui attire le plus d'abord celui qui les ouvre, que ce nom d'une fille qui agit au lieu de parler, et fit, au prix de sa vie, de Vanlique réussi, parmi ces collégiens qui puaient la rhétorique apprise et jouaient l'antiquité comme des marionnettes. Malheureusement, Vaultier n"a vu mademoiselle Corday qu'à sa fenêtre^ et ce n'est pas assez pour nous renseigner beaucoup sur cette âme profonde, énigme de plus jetée par la silencieuse fierté d'un grand caractère aux vaines disputes des historiens !

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