‹ Á côté de la grande histoireChapitre 32 sur 44 · HENRI IV · texte numérisé non relu

HENRI IV

ET

Il y a quelque temps que Capefigue, l'historien religieux de la monarchie et de la politique françaises, aborda tout à coup une singulière spécialité historique, et deux livres, Tun sur madame du Barry, l'autre sur madame de Pompadour, dirent fort expressivement alors quelle était cette spécialité... Ce fut un scandale, mais un scandale gai. Bien loin de renoncer, comme on pourrait le croire, à cette spécialité délicate etris-

1. Capefigue. Gabrielle d'Estrèes et la politique de Henri IV {Pays, 6 décembre 1859).

quée, Gapefigue s'est affermi en elle et s'y cantoane. 11 ne s'agit plus pour lui du xviii* siècle ni des deux derniers cotillons — comme disait cet insolent Frédéric de Prusse — dans les plis desquels se prit la royauté de France pour aller tomber, un peu plus tard, la tête la première, sur Téchafaud.

11 ne s'agit plus de telle ou telle maîtresse de roi : il s'agit de toutes. Gapefigue s'en est fait Thistoriographe et nous annonce un travail d'ensemble sous le titre : Les Reines de la main gauche^ titre plus piquant qu'il n'est exact. Les reines de la main gauche, en effet, s'il en est quelque part, rappellent les lâches concessions et les doctrines bigames de Luther. Elles sont une idée allemande, une idée fausse du pays qui a en toutes choses la supériorité des idées fausses. Parlons correctement d'ailleurs. En Allemagne, les femmes de la main gauche, et non pas les reines, sont des maîtresses et quelque chose de plus. Ce sont des épouses quasi-légitimes de par la coutume, mais en France, pays de droit sens et de réalité, où les situations ambiguës sont antipathiques au génie même de la race, les maîtresses de roi, elles, n'ont jamais été que des maîtresses, — toujours désavouées et déshonorées par les mœurs.

Quoi qu'il en soit, du reste, voilà le genre d'histoire que Gapefigue a entrepris et veut épuiser. G'est tout un système, et non pas un goût plus ou moins suspect, qui le pousse vers les alcôves royales où l'histoire se

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fait comme ailleurs, car oii l'histoire ne se fait-elle pas?... En principe, nous n'avons pas le puritanisme de le condamner. Puisque l'histoire est là aussi, on peut bien l'y prendre, pourvu qu'on l'y prenne avec gravité et pudeur. Tant pis pour les rois qui l'y mettent ! L'historien, dont le passé est le mort, ressemble à l'anatomiste. Il est bien souvent obligé de plonger sa main dans le sang et dans la pourriture, mais, comme l'anatomiste, il ne doit pas oublier que c'est sur une table de marbre qu'il opère, marbre lui-même par l'impartialité! Malheureusement, quand, à propos des dernières maîtresses de Louis XV, le trop sensible Gapefigue ne craignait pas d'encourir pour sa peine le nom du Lebel de l'histoire, — et encore du Lebel rival de son maître ! — c'est le marbre qui a manqué.

Manquera-t-il toujours?... L'historien qui fut ferme autrefois s'est-il donc ramolli dans d'indignes admirations pour d'indignes et d'éclatantes drôlesses, et ne reprendra-t-il plus désormais la solidité de sa trempe première?... De ces prétendues reines delà main gauche, de ce musée de vice-épouses, comme dirait lord Byron, que Gapefigue nous prépare, il nous détache Gabrielle d'Estrées, la plus fameuse et la plus insignifiante maîtresse d'Henri IV, de ce roi qu'on appelle le Vert-galant dans les vaudevilles. Or, toujours enlevé par la toute-puissante Fonction intime dont il a semblé déjà deux fois avoir senti si prodigieusementl'infiuence, Gapefigue continuera-t-il d'être,

dans sa nouvelle histoire, Fhistorien qu'il fut dans sa Madame du Barry ou sa Madame de Pompadour ?

Franchement, nous Tavions cru d'abord ; nous avions cru en ouvrant ce volume, coquet de robe comme celle dont il est question, avoir encore à essuyer une de ces apologies qui furent presque des adorations sous la plume enivrée de Capefîgae. Mais la lecture du livre nous a détrompé. Quand on Ta lu comme nous venons de le lire, il est bien évident que ce n'est pas la grande Fonction intime que nous soupçonnions qui a fait perdre à Capefigue une tête ... regrettable, jusque-là sérieuse en histoire. Il est bien évident que la sympathie presque amoureuse de cet écrivain pour les deux célèbres maîtresses de Louis XY n'avait pas été la fascination de la qualité de maîtresse en titre de roi sur un royaliste à fond de train, mais un goût personnel, très vif, tenant à son idiosyncrasie à lui, Capefigue, mais la séduction momentanée de deux charmantes créatures entre toutes, sans aucune conséquence pour plus tard!

L'histoire de Gabrielle d'Eslrées (1) est la meilleure revanche que l'auteur pût prendre et nous donner sur ses histoires de Madame du Barry et de Madame de Pompadour. La fantaisie, la galanterie, les entraînements tendres ont disparu. Nous rentrons dans le ton de l'histoire. Celle-là pourrait assurément être plus

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