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A coups de Canon, notes d'un combattant;

f accepte bien volontiers l'honneur que vous faites à votre ancien colonel du début de la guerre en lui dédiant votre volume « A coups de canon ».

En le lisant je me suis reporté avec émotion aux premiers mois de cette guerre, au moment de l'nnpt. gui devait tant se prolonger, de notre poursuite après la bataille de la Marne.

S ai revécu nos attrayantes promenades sous le feu des balles et des obus, sur certains plateaux dénudés des rives de l'Aisne. C'était l'heureux temps : on vivait plus près de faction et du danger, avec moins de soucis et de préoccupations.

Cette vie active n empêchait pas le travail, la recherche fiévreuse de tout ce qui pouvait contribuer à nous donner une supériorité sur l'ennemi.

Cest ainsi que le jour même de votre arrivée à

mon poste de commandement, je vous ai associé à nos recherches sur le repérage des batteries ennemies par le son. Le lendemain vous m' apportiezla formule qui a servi de base à la solution du problème, et que mus ne tardiez prix, grâce à F étendue de vos ressources théoriques et pratiques , à faire passer dans le domaine de V application.

Votre méthode a pu subir depuis lors de nombreuses variantes, mais elle reste à la base de tout ce qui a été fait dans cet ordre d'idées.

Votre livre ne manquera pas. comme d'ailleurs toutes vos publications, d'avoir auprès du grand public le succès le plus vif, dû au pittoresque de votre style, aux images étincelantes et inattendues dont vous savez rémailler, à votre érudition universelle et limpide, qui rend faciles et agréables à lire les choses même les plus abstraites.

Est-il en effet un seul Français qui ne soit désireux de pouvoir suivre, dans toutes ses manifestations, cette longue et formidable guerre dont la complexité exige Je concours sans limites et sans réserve de toutes les sciences, de tous les arts, de toutes les nid us tri ps, dp toutes les énergies matérielles et morales, pu un mot dp toutes les forces

dp la Patrie?

Et c'est en somme la conclusion de votre dernier chapitre quand, rappelant une phrase d'une lettre écrite au début de la guerre, vous faites entendre qu'il ne doit pas y avoir de limites à la puissance et à la production du matériel et surtout des canons et des obus.

Il ne faut pas, toute/ois, et c'est là un écueil dans lequel votre esprit éminemment scientifique s'est bien gardé de tomber, rétrécir la question, conclure du particulier au général.

Chassés du cœur de la France, où ils s'étaient imprudemment aventurés, nos ennemis ont dû, pour arrêter une retraite précipitée, se résigner à cette forme de guerre inférieure qu'on appelle la guerre de retranchements : premier aveu d'impuissance.

Cette impuissance, plusieurs fois démontrée depuis, a été plus récemment et « définitivement » confirmée par l'échec complet de leur offensive, à intention décisive avouée, sur Verdun. Car ils considéraient cette place, tant qu'ils ont eu l'espoir de la conquérir, comme un autre Cœur de la France.

Mais si prolongée qu'elle soit, la lutte dé tranchées que nous poursuivons depuis deux ans sur

If

le même terrain n'est pourtant qu'une des nombreuses formes de la guerre, forme qui ne peut pas durer toujours, car elle ne saurait amener la décision.

Soyez sûr que les principes essentiels de la guerre, ceux de la guerre napoléonienne, n'ont rien perdu de leur valeur. Un jour ou l autre ils reprendront tous leurs droits, et il ne faut pas que nous puissions être pris au dépourvu. C'est pour les avoir méconnus, à l'inverse de nos ennemis, que nous avons été battus en 1870.

Chercher dans une formule qui ne serait applicable qu'au procédé de guerre actuel, qui dispenserait de réfléchir et de vouloir, la solution des problèmes variés à l'infini que pose la guerre ne serait pas digne d'elle — elle se vengerait ! — ni de notre magnifique armée.

Le moment approche où le coup décisif sera porté par le plus fort et le plus résolu : la forme sous laquelle il le sera ne peut et ne doit pas être préconçue.

La supériorité nécessaire, nous la frourerons alors non seulement dans notre outillage et notre armement, qui ne seront cependant jamais trop puissants , mais aussi et surtout dans la résolution

audacieuse, raisonnée e( confiante des chefs. Nous la trouverons dans le cœur de nos admirables soldats dont je pouvais dire récemment en les montrant avec orgueil au chef de l'Etat, venu pour décorer nos drapeaux : « Jamais, même dans la Vieille Garde, il n'y a eu de pareilles troupes. » Ces soldats venaient de recevoir un hommage éclatant de leurs ennemis mêmes, dans le cri échappé à cet officier supérieur prussien au moment où il était fait prisonnier : « C'est triste de finir la guerre ainsi, mais c'est une consolation pour moi de rendît mes armes à de tels soldats ; je n'ai jamais vu d'aussi belles troupes ! »

Cest qu'elles ont maintenant conscience de dominer l'adversaire de toute la force que leur donne leur bravoure éprouvée, leur confiance en l'armement, en leurs chefs et en elles-mêmes, la volonté sainte de venger nos morts d'un ennemi qui s'est mis hors Inhumanité, le sentiment du droit, la certitude de la Victoire.

Croyez, mon cher Nordmann, à mes sentiments bien affectueusement dévoués.

R. Nivelle.

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