AVANT-PROPOS
Ou a écrit maintes choses éloquentes sur la guerre, sur ses origines et ses conséquences, sur ses mêlées tragiques, toutes semées de sublime. Le flot d'héroïque souffrance dont elle inonde la terre a inspiré des thèmes lyriques. Leurs draperies éclatantes voilent peut-être un peu trop la tristesse de ces choses. Mais n'est-ce pas mieux ainsi ?
D'un point de vue différent j'ai recherché, au fil des heures vécues, non le « pourquoi » mais le « comment » de cette guerre, non sa sombre poésie, mais son mécanisme, comme on ferait d'une réaction chimique. On trouvera donc ici, à la fois mes impressions de soldat, et quelques vues d'ensemble sur le « phénomène guerre ».
vin AVANT-PROPOS
Parmi toutes les machines infiniment diverses qui entrechoquent leurs projectiles, pareils, dans le vent de la bataille, au pollen d'une monstrueuse flore métallique, le regard se perd tout d'abord.
J'ai essayé d'en donner une vision simple et claire à ceux mêmes qui sont des « laïques » en matière d'artillerie. L'image qui synthétise cette guerre est dun choc formidable d'engins, où la bravoure des guerriers n'agit plus que comme fait l'huile dans les rouages des machines. Il faut donc, et on l'a compris aujourd'hui, multiplier ces engins, et l'âme de la patrie, si on la veut sauver, doit être identifiée à celle des canons.
Mais si nous avons du matériel, celui-ci ne vaut que par le rendement qu'on en peut obtenir. Une accumulation d'engins et de projectiles n'est pas plus un piédestal pour la Victoire qu un tas de pierres n'est une maison. La pointe d'une épée n'est redoutable que par l'œil qui la dirige. C'est pourquoi si cette guerre est un problème matériel, elle demeure aussi comme toutes les guerres un problème céré-
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bral. Pour prendre d'assaut la Victoire il faut, suivant un mot profond du général Nivelle, « non pas une méthode, mais de la méthode. » Ces pages, où les souvenirs personnels et les réflexions se mêlent, ne seront point inutiles si elles contribuent à l'expliquer clairement.