‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 102 sur 164 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

l'Académie française. J'y tenais peu. Cette institution de vanité officielle, qui ne donnait pas de talent et qui assignait une place inamovible dans la renommée oii l'on doit la conquérir sans cesse, m'avait toujours paru une fausse gloire à laquelle je n'aspirais pas. Mais mon père et mes oncles en jugeaient tout autrement que moi. Gentilshommes de vieille souche et de vieilles moeurs, ils aspiraient pour leur nom à une auréole positive qui les assurât que leur fils et leur neveu n'était pas seulement une illustration problématique de province, mais que cette estime locale était ratifiée par le choix du conclave httéraire de la France.

Je cédai de mauvaise grâce à ce préjugé de chef-lieu et je me mis sur les rangs, à la requête de deux illustres patrons qui voulurent bien provoquer et encourager ma candidature. L'opinion publique était pour moi en immense majorité. J'échouai néanmoins devant le nom seulement estimé, mais aujourd'hui un peu obscur, de M. Droz, auteur d'ouvrages bien intentionnés et d'un talent secondaire. Je rentrai un peu confus dans ma retraite des environs de Dijon, bien résolu à ne plus tenter pour si peu des démarches et des visites qui répugnaient à mon amourpropre autant qu'à ma modestie.

M. Daru fut enlevé à l'Académie; on me rappela à Paris pour briguer son fauteuil. M. Laine, M. Royer-CoUard et plusieurs autres membres de l'Académie se hâtèrent de m'écrire pour me prier d'y revenir et d'y recommencer mes visites, préalable obligatoire de toute candidature. Je m'y refusai péremptoirement; je répondis que j'avais suffisamment prouvé mon intention d'accepter si on me faisait l'honneur de m'y nommer, mais qu'à aucun prix je n'irais renouveler des visites qui n'avaient eu pour moi d'autre effet que de m'humilier devant certains hommes dont j'étais sûr d'avance de n'obtenir que des refus, et que je préférais n'être jamais académicien, si l'Académie ne passait pas à mon égard sur cette formalité. Elle eut la bonté, par exception, de me dispenser des visites. Je n'allai point à Paris et je fus nommé. Je m'y rendis alors pour remercier mes nouveaux collègues, et j'y passai quelques jours dans une douce joie avec mes amis.

Hélas ! cette joie était trompeuse comme toutes les joies de la terre. Un jour que je rentrais dans

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