‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 105 sur 164 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Cependant les événen:ients politiques marchaient à Paris pendant que je les oubliais dans ma retraite, noyé que j'étais dans ma douleur privée. Le ministère du prince de Polignac avait surgi du désespoir du roi de voir que l'inimitié des partis révolutionnaires, bonapartistes et orléanistes, réunis en une seule inimitié, ne lui laissait de chances qu'avec ses amis personnels.

Je connaissais intimement le prince de Polignac. C'était un homme honnête, pieux dans la prière jusqu'au quiétisme. Son attachement au roi et à la monarchie, mêlé d'un peu de suHisance ambitieuse qui lui donnait une assurance calme disproportionnée à ses forces réelles, en faisait un instrument immanquable et innocent de catastrophes. Il se choisit des collègues aventureux, qui consentirent à braver avec lui et à défier au besoin la France. Leur tort fut de ne pas conspirer dans un ministère qui n'était rien s'il n'était pas une conspiration contre les conspirateurs du libérahsme, et de gouverner chacun de son côté, sans spécialité ministérielle, sans plan et comme en pleine paix. ,

Le prince de Polignac, qui me savait royaliste et ami des Bourbons, pensa à moi dès le lendemain de son avènement aux affaires. Il chargea immédiatement M. de Genoude, un de ses croyants, de m'écrire en son nom de venir à Paris, où il me ménageait la seconde place du ministère des affaires étrangères, celle de secrétaire général, directeur de la partie politique. Je reçus sans étonnement la lettre de M. de Genoude. Je n'hésitai pas un moment : je lui répondis de remercier pour moi le prince de son souvenir et de sa confiance, mais de lui dire que l'état de santé d'une belle-mère âgée m'interdisait de penser à quitter ma retraite, et que je le priais de ne pas penser à moi.

Dans une lettre non ostensible et toute confidentielle, je disais à M. de Genoude les motifs réels de mon refus, ce Le prince, qu'il le veuille ou non, est un coup d'Etat à jour fixe, disais-je à M. de Genoude. Un coup d'État est une aventure qui ne réussit que quand il est nécessaire et qu'il est fait par la nation avant d'être tenté par le pouvoir. Celui qui se prépare est peut-être nécessaire, mais la nation ne le veut pas encore, et les

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