‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 127 sur 164 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Veux-tu que le drapeau qui la porte aux deux mondes, Veux-tu que les degrés du trône que tu fondes,

Pour piédestal aient un remord ?

Et que ton roi, fermant sa main pleine de grâces, Ne puisse à son réveil descendre sur tes places

Sans entendre hurler la mort?

(( Aux jours de fer de tes annales Quels dieux n'ont pas été fabriqués par tes mains?

Des divinités infernales

Reçurent l'encens des humains ; Tu dressas des autels à la Terreur pubhque, A la Peur, à la Mort, dieux de ta république :

Ton grand-prêtre fut ton bourreau !

De tous ces dieux vengeurs qu'adora ta démence. Tu n'en oublias qu'un, ô peuple ! la Clémence !

Essayons d'un culte nouveau.

« Le jour qu'oubliant ta colère.

Comme un lutteur grandi qui sent son bras plus fort,

De l'héroïsme populaire

Tu feras le dernier effort ; Le jour où tu diras: «Je triomphe et pardonne!... » Ta vertu montera plus haut que ta colonne

Au-dessus des exploits humains ; Dans des temples voués à ta miséricorde Ton génie unira la force et la concorde.

Et les siècles battront des mains !

« Peuple, diront-ils, ouvre une ère (c Que dans ses rêves seuls l'humanité tenta ;

« Proscris des codes de la terre

« La mort que le crime inventa !

« RempHs de ta vertu l'histoire qui la nie ; « Réponds par tant de gloire à tant de calomnie,

« Laisse la pitié respirer !

(( Jette à tes ennemis des lois plus magnanimes, « Ou, si tu veux punir, inflige à tes victimes

(( Le supplice de t'admirer !

« Quitte enfin la sanglante ornière (( Où se traîne le char des révolutions ;

« Qiie ta halte soit la dernière

« Dans ce désert des nations ; « Que le genre humain dise, en bénissant tes pages ; « C'est ici que la France a de ses lois sauvages

« Fermé le livre ensanglanté ; « C'est ici qu'un grand peuple, au jour de la justice, « Dans la balance humaine, au lieu d'un vil supplice,

c( Jeta sa magnanimité. »

« Mais le jour où le long des fleuves Tu reviendras les yeux baissés sur tes chemins,

Suivi, maudit par quatre veuves

Et par des groupes d'orphelins.

De ton morne triomphe en vain cherchant la fête. Les passants se diront, en détournant la tête :

« Marchons, ce n'est rien de nouveau ! « C'est, après la victoire, un peuple qui se venge. « Le siècle en a menti; jamais l'homme ne change :

« Toujours ou victime, ou bourreau! »

Les ministres furent sauvés par les remords anticipés de l'opinion publique, fortement exprimés en vers et en prose par l'éloquence des défenseurs, par le mâle courage de la Chambre des pairs, par la résistance cette fois généreuse du roi, par le concours de M. de La Fayette, et surtout par la présence et par les habiles dispositions

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