‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 27 sur 164 · LIVRE DEUXIÈME 7I · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME 7I

ce moment et longtemps tous vos projets seront contrariés par la malignité de la fortune, et que vous serez trois fois dans votre vie un des plus malheureux des hommes; mais que cependant vous avez trois étoiles qui veillent derrière les nuages du haut du ciel sur vous et qui vous donneront trois grandes destinées qu'elle ne peut pas déchiffrer assez clairement dans les caractères compliqués et entre-croisés de votre main, mais que les trois étoiles sont évidentes pour elle. Mais, soit que ces trois étoiles représentent trois personnes qui vous aiment, qui vous ont aimé, qui vous aimeront et qui ne cesseront de veiller sur votre destinée du sein de Dieu où elles seront rappelées avant vous; soit que ces trois étoiles veuillent dire seulement trois facultés diverses dont vous serez doué par Celui qui les distribue si parcimonieusement aux enfants des hommes, telles que poésie, politique, action peut-être, et qui vous protégeront contre les dangers que vous aurez à courir dans votre vie: je les vois, comme je vois là-haut les trois étoiles de cette constellation, et dans le cours de votre existence qui vous est inconnue comme à moi, toutes les fois que les événements, en se déroulant, vous feront reconnaître l'influence de quelque principe supérieur mettant la main dans votre destinée, adorez une de ces étoiles et pensez à moi. »

Je reçus en badinant cet oracle de la chiromancie, de la bouche de cette pauvre bohémienne.

et je voulus offrir une pièce de monnaie à chacune des deux jeunes filles qui m'avaient amené; mais leur mère, avec un geste majestueux, leur prenant le bras, fit tomber à terre le salaire de la prophétesse, que le plus petit des enfants ramassa et me rapporta. « Non, dit-elle ou parutelle dire à ses enfants, n'acceptez rien devant moi ni derrière moi de ce jeune homme; il est de ceux qu'on ne prophétise pas pour de l'argent. » Je fis de vains efforts pour vaincre leur résistance; ni mère, ni filles, ni petits enfants ne voulurent accepter une obole. La mère reprit son attitude et ses soins domestiques autour du foyer, et les deux jeunes filles me reconduisirent respectueusement jusqu'à la sortie du faubourg.

Bien que je fusse, dès cette époque, le moins superstitieux et le moins encUn à la séduction du prestige de tous les hommes, je les quittai pour rentrer dans mon auberge, un peu moins sombre que je n'en étais sorti. Quand on ne voit plus rien sur la terre que néant de ses espérances, séparation de ce qu'on adore, désespoir de ce qu'on rêve, et qu'on se tourne involontairement vers la mort comme vers le seul horizon oii les choses

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