‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 42 sur 164 · LIVRE TROISIEME I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME I

Parme, gouvernée par un Bourbon d'Espagne, déclarait la guerre aux monopoles du clergé propriétaire, et remettait les rênes de son administration à un Français philosophe, le marquis Felino, narurahsé Italien.

Venise ne comptait plus que comme une ruine de répubhque aristocratique près de s'écrouler entre les mains de sa police et de ses sénateurs.

La Toscane était régie et on peut dire régénérée par l'archiduc autrichien Léopold, successeur des xMédicis. Ne pouvant la faire libre, il la faisait riche. Il lui donnait les lois de Saluste. C'était le philosophe sur le trône de ce petit peuple, s'exerçant à régner par la raison sur le vaste empire d'Autriche. L'admiration de l'Europe et l'amour de Florence y rappelaient les temps de Léon X. Sur aucun point de l'univers il n'y avait autant de liberté.

Rome, sous le règne de Pie V I , le bon et indulgent Bruschi, tendait à devenir la capitale des arts sous la tutelle d'un pontificat religieux plus politique que sacerdotal.

Le marquis Tanucci, le Choiseulou le Pombal napolitain, faisait à Naples aimer la dynastie espagnole par l'affranchissement graduel du peuple des mains de la noblesse et du clergé. Le roi Ferdinand IV y venait régner, à dix-sept ans, avec une jeune princesse autrichienne, sœur de Marie-Antoinette, reine de France, tout imbue alors du libéralisme de la cour de Vienne, de

l'esprit économique de Léopold de Toscane et de l'esprit philosophique de Joseph II. Tanucci, le ministre réformateur, trouva en elle un appui tout-puissant dans son influence. Elle fut la première révolutionnaire de son royaume, tant que la France ne menaça pas sa maison de dépossession du trône. Le roi Ferdinand IV, son mari, la laissait régner, pourvu qu'elle le laissât se livrer, comme un lanarone couronné, à toutes les oisivetés et à tous les amusements d'un esprit paresseux, très fin cependant, mais très insouciant, pour qui régner c'était jouir. L'amour, la chasse, la pêche sur ses beaux rivages, occupaient son besoin d'activité. Sa jeune femme, mêlant la faveur à la politique, choisissait ses ministres parmi ses favoris ; mais le sens de ce gouvernement était l'émancipation de la Sicile et du royaume de Naples des abus de l'ancien régime. Le règne de Louis XVI, si favorable au peuple et si novateur en institutions égalitaires, ne tentait pas des améliorations plus hardies que celles de la reine de Naples. Les utopistes même les plus aventureux et les plus chimériques n'égalaient pas la législation que le roi Ferdinand donnait à sa colonie pastorale de San-Leucio, auprès de son palais de Caserte, Versailles de l'Italie. C'était une page de Fénelon empruntée à Télémaque et écrite en code pour l'exemple des sujets et des rois. La page était absurde, mais l'intendon du souverain était assurément

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