‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 41 sur 164 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

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premières convulsions d'une révolution, comme le calme après l'effervescence d'un fort accès de fièvre, pour aller chercher ma femme et ma bellemère à Rome. J'y arrivai comme courrier chargé de dépêches. J'en repartis immédiatement pour Naples. La route était couverte de postes considérables de troupes, disposés de quart de lieue en quart de lieue depuis Terracine, pour observer les mouvements de FEurope et les incursions des paysans des Abruzzes déjà descendus des montag^nes et très hostiles aux carhonari.

Nos deux voitures étaient escortées d'un poste à fautre par quelques carabiniers à cheval et par des groupes volontaires d'infanterie qui nous forçaient à aller presque au pas et qui se suspendaient aux sièges, aux courroies, aux trains des voitures. Mes conversations avec ces soldats me prouvèrent qu'ils n'avaient aucune conscience de la nature de leur révolution. Ils croyaient généralement que la France l'avait fomentée et qu'elle mettait en mouvement ses armées invincibles et très populaires à Naples pour les soutenir.

Entre Terracine et Fondi, nous passâmes à travers les coups de fusil des paysans qui appartenaient au parti des calderari, ennemis organisés des carhonari en ce moment triomphants par l'insurrection de farmée. A ces incidents près, si communs dans le royaume du soufre, nous arrivâmes heureusement à Naples.

Je me hâtai de jeter un coup d'œil de royahste

constitutionnel sur l'origine, la nature et le résultat probable de cette révolution intempestive qui réveillait en sursaut l'Europe déjà étonnée de la révolution d'Espagne. Voyons quelle signification elle avait aux yeux des carhonari qui la faisaient, de l'armée qui la secondait, et du peuple qui n'en comprenait, au fond, ni l'origine, ni le but, ni la pensée, si elle en avait une.

L'Italie, à l'époque de 17S9, n'était rien moins que ce que le Piémont, toujours ambitieux, et les journaux français, toujours engoués de quelque chose, nous la représentent aujourd'hui. A l'exception de la dynastie piémontaise, alliée presque éternelle de l'Autriche et de la papauté, ennemie acharnée de la philosophie et des réformes politiques en Europe, tous les gouvernements y étaient libéraux par les princes, par les vice-rois, par les ministres.

Le comte Firmian, ministre progressiste de la maison de Lorraine-Autriche, le philosophe Beccaria, l'écrivain moraliste Verri, avouaient hautement et pratiquaient résolument les doctrines administratives et économiques de la liberté la plus éclairée.

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