‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 47 sur 164 · LIVRE TROISIÈME I4I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME I4I

vement irrésistible. Pendant qu'il s'avançait ainsi vers la capitale, les escadres anglaises soulevaient et encourageaient d'autres soulèvements sur ses flancs. Les Turcs et les Russes, alliés de'la reine et des Anglais, formèrent à Corfou une expédition combinée de trente mille hommes, et débarquèrent sur les côtes de Naples pour se joindre au cardinal RufTo.

Les Français, auxiliaires de la république, combattirent valeureusement pour arrêter la marche du cardinal; mais, vaincus par le nombre et rappelés par les désastres de nos généraux vers le Milanais, ils se retirèrent, sous les ordres de Macdonald, abandonnant à son sort un royaume qu'ils ne pouvaient contenir. Cet abandon entraîna la chute de ce qui restait de république.

Le jeune général Rocca Romana, d'une bravoure antique et d'un caractère chevaleresque, qui avait formé un corps de cavalerie attaché à l'armée française sous la république, voyant les Français en retraite sortir du royaume et la république tomber faute de répubhcains dans la capitale, se rallia avec son corps aux troupes nationales du cardinal Ruffo et à la cause de ses anciens souverains pour comprimer une anarchie fatale à la nation tout entière. Naples était étouffée sous le flux des forces royales.

Le 1 3 juin, le cardinal Ruffo fit élever un autel à la vue des murs, et, après y avoir célébré les saints mystères au milieu de son armée, revêtu

la cuirasse et ceint l'épée, lança en plusieurs colonnes l'armée libératrice sur la ville. La population nombreuse des lanaroni faisait cause commune avec les assaillants. Les républicains, en petit nombre, et la garnison française, sous les ordres de Méjean, capitulèrent.

Le cardinal régna pendant quelques jours à Naples, au nom du roi, du peuple, delà religion; et, il faut le dire, le peuple régna au nom de la vengeance. La terreur qui, en France, avait immolé au nom de la démocratie sanguinaire, immola à Naples, au nom de la monarchie, tous ceux qui avaient trempé dans la république. La reine, en arrivant sur la flotte de Nelson, n'eut qu'à jouir de la réaction volontaire qui avait précédé les arrêts de la cour. Les lanaroni étaient les exécuteurs de ces aveugles ressentiments du peuple. La reine trouva la terreur toute faite.

Nelson, de plus en plus infatué de sa passion pour lady Hamilton, amie de la reine, ne lui refusa aucune des vengeances par lesquelles il présumait flatter la cour de Naples. Le meurtre de l'amiral napolitain Carraciolo, pendu à la vergue du vaisseau qu'il avait commandé sous la république, fut la plus cruelle de ces complaisances. Elle laissa sur le nom du héros des mers anglais une tache que sa gloire n'a pu eflacer, même après Trafalgar.

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