‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 56 sur 164 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

fanatisés de la jeunesse et par les partis démagogiques de la rue; enfin soutenait seul, avec une éloquence fluide et intarissable à la tribune, l'assaut du parti bonapartiste, du para jacobin et du parti ultrà-royaliste dans la Chambre. Ce furent là les années héroïques de M. Pasquier, qui cependant n'était pas un héros et qui prêta depuis au gouvernement orléaniste triomphant sous ce nom de chancelier un appui trop complaisant à tout ce qui s'appelait pouvoir. Il était de ces hommes qu'on ne peut blâmer, parce qu'ils servent l'ordre et la société sous tous les régimes, et que l'ordre et la société sont toujours méritoires; mais il était de ces hommes qu'on ne saurait louer sans réserve, parce qu'en soutenant les gouvernements, ils soutiennent les fortunes et les honneurs dont ces régimes soldent généreusement leurs services. On les estime justement pour leurs services, on ne peut honorer du même prix leur constance. Les parlementaires d'avant 1789, les émigrés de 1792, les bonapartistes de 1800, les Bourbons de 18 14, les orléanistes de 1850, ont eu également à se louer de M. Pasquier. Je ne le blâme pas d'avoir consacré son instinct de gouvernement à ces différents pouvoirs, sans en trahir aucun et en les conseillant sagement et fortement; j'honorerais même, comme le font les restes de tous ces règnes, sa verte vieillesse; mais la société ne doit d'estime sans réserve qu'aux services gratuits, inspirés et

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récompensés par la conscience seule. Les gouvernements, dans les temps d'agitation où nous vivons, ont besoin qu'on se dévoue à leur défense, car ils abritent derrière eux l'ordre social tout entier; mais ce qui est beau, c'est de les défendre avec désintéressement de toute ambition personnelle.

M. Pasquier donc, ministre des affaires étrangères et premier ministre de fait, parce qu'il combattait pour tous ses collègues, fut probablement très contrarié par l'explosion des sociétés secrètes de Naples.

Aux yeux du roi Louis XVIII et de sa cour, laisser aux peuples espagnols, napolitains, piémontais, ce fatal exemple du triomphe des conspirations anonymes, trahissant, opprimant ou renversant leurs gouvernements restaurés par la sainte-aUiance, c'était un tel encouragement aux factions patentes ou occultes partout, et surtout à Paris, qu'aucun trône n'était sûr du lendemain. D'un autre coté, déclarer la guerre à Naples, quand le souverain lui-même couvrait de son acquiescement et de son impunité la révolution, c'était un acte en apparence si illibéral que le

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