LIVRE TROISIÈME
libéralisme français dans les Chambres, dans la presse, dans les élections parlementaires, réputait cet acte équivalant à une félonie du ministère et de la cour. De grands ménagements de paroles et de conduite étaient donc commandés à M. Pasquier, pour laisser au congrès deTroppau, formé de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, la faculté de s'inscrire en faux et de protester par les armes contre les concessions forcées du roi de Naples.
Nos dépêches de Paris, conçues en termes conciliants et ambigus, nous laissaient donc dans une incertitude de direction qui nous commandait une abstention assez bienveillante pour le nouveau régime napohtain. Nous pouvions même lui faire espérer une médiation française de famille, pourvu qu'il renonçât aux exigences démagogiques de la constitution d'Espagne, et qu'une assemblée constituante ramenât les esprits et les institutions à quelque chose d'analogue à la constitution française ou même à la constitution anglaise, compatibles avec les libertés monarchiques. C'est ce que nous nous efforcions d'insinuer au duc de Calabre, aux ministres nouveaux, et confidentiellement aux principaux chefs de la révolution modérée dans le parti vainqueur. Nous étions secondés dans ces loyales tentatives par le marquis de Salvo, Sicilien remuant, homme de beaucoup d'esprit, agréable à la fois aux deux partis, et porteur de paroles
lyo LAMARTINE PAR LUI-MÊME
non compromettantes entre les ambassades étrangères, la cour et les hommes d'État du nouveau régime. On ne peut douter que cette conduite ne fût de nature à consolider la réforme gouvernementale à Naples, à éviter tout scandale à Paris, à enlever à l'Autriche tout prétexte d'une intervention oppressive en Italie, et à donner à la France dans la Péninsule un rôle de conciliatrice, de pacificatrice et de patronne constitutionnelle des peuples et des rois.
Mais M. de Blacas, à Rome, donnait en son nom, et peut-être au nom du roi de France dont il était resté l'ami et dont la confiance semblait autoriser les paroles, des directions toutes contraires. Esprit absolu et téméraire, nourri dans les illusions de l'émigration, nullement corrigé par la fatale issue de son premier gouvernement terminé par la catastrophe du 20 mars iSi), tout ce qui lui rappelait une révolution était pour lui un objet de mépris et de haine. Longtemps ambassadeur à Naples, il avait conservé pour ce peuple, charmant mais inconsistant et gai, un dédain politique qui ne lui faisait prendre au sérieux aucune des jactances des carhonari. Il était