‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 58 sur 164 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

persuadé que cette révolution serait dissipée et confondue avec la même facilité qu'elle s'était imposée à la couronne. Il ne daignait pas négocier avec elle. Lié d'opinion avec le prince de Metternich, à qui la principale influence en Italie appartenait alors comme une oppression légitime, il ne songeait nullement à susciter la moindre révolution pour la lui disputer. Il lui suffisait que les tiares et les couronnes italiennes restassent intactes sur les têtes des souverains italiens, sous la sauvegarde de l'Autriche, pour que la France se déclarât satisfaite. Les lettres que M. de Fontenay recevait de Rome étaient toutes dans ce sens. Il fallait longtemps pour que les dépêches officielles de M. Pasquier, de Paris, nous rendissent assez de confiance et de liberté pour nous permettre de tenir avec quelque autorité le langage un peu aventuré de médiateurs.

Ce langage même, tout éventuel et tout timide qu'il fût, était agréable au duc de Calabre et aux ministres, mais mal accueilli des chefs du carbonarisme vainqueur et illusionné par la facilité de son triomphe.

D'ailleurs l'Angleterre, par son habitude de toujours contrarier la politique française, et aussi par la nécessité de paraître dans son parlement protéger les libertés des peuples en insurrection à Madrid, à Naples, en Grèce, partout où elle n'était pas intéressée à les maintenir dans la servitude, l'Angleterre avait dans sir William

A'Court, son ambassadeur à Naples, un diplomate habile, à double visage, à langage équivoque, mais hardi, qui donnait contre nous confiance et espérance illimitées aux carhonari, tout en les méprisant profondément et en se jouant d'eux sous cape. Ses promesses, ses encouragements à tout attendre de l'Angleterre furent certainement le principal obstacle à ce que la médiation française fût acceptée. Il alla bientôt après à Madrid jouer auprès des Cortès le même jeu qu'à Naples, cherchant de la popularité pour M. Canning et pour lui-même auprès des insurgés les plus violents, et abandonnant sans pudeur, à Madrid comme à Naples, les deux pays et les deux causes à la vigoureuse répression de l'Europe coalisée.

Les désordres les plus graves n'avaient pas tardé à suivre la révolution sectaire du 9 juillet, comme le contre-coup suit le coup. La Sicile, à son ordinaire, s'était insurgée sous ses princes féodaux contre Naples. Palerme et Messine avaient chassé les NapoUtains; le peuple avait inondé de sang ces deux villes. Le gouvernement du roi et les carhonari, qui lui imposaient leur ressenti-

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