‹ A. de Lamartine, 1790-1847Chapitre 60 sur 164 · LIVRE TROISIÈME IJ · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME IJ

sédition ouverte. En permettant à leur roi prisonnier dans son palais de s'éloigner, ils craignirent avec raison que ses serments du 15 juillet à la constitution imposée ne fussent trahis aussitôt que Ferdinand se sentirait libre. Le roi, impatient d'échapper à ses geôliers, redoubla de témoignages de sincérité et jura de nouveau qu'il ne demandait à se rendre au congrès que pour défendre les volontés de son peuple devenues les siennes et pour écarter du royaume les calamités de la guerre.

Les ambassadeurs étrangers, et nous particulièrement, se rendirent secrètement auprès du roi pour lui offrir de s'interposer entre son peuple et lui. Ils agirent également par des conseils confidentiels auprès des principaux membres du parlement et des chefs modérés du carbonarisme, pour les décider à protéger la liberté du roi, à se fier à sa parole et à attendre de sa présence au congrès quelques offres de transactions favorables à la Hberté constitutionnelle de l'Italie. Une séance du parlement fut fixée pour la délibération sur cette grave circonstance. Des carhonari violents entourèrent de groupes menaçants la salle des séances et firent entendre des cris de mort contre ceux des orateurs qui parleraient en faveur de la mesure proposée parle roi.

Les élections, quoique faites sous la pression des carhonari dans le premier moment de leur triomphe, avaient montré combien ce peuple était mûr pour le gouvernement représentatif et combien cette Italie méridionale si calomniée était, ainsi que la Toscane, plus à la hauteur des institutions Ubérales par l'intelligence, le caractère et le talent, que le rustique Piémont, retardé par la maison de Savoie, le plus arriéré des gouvernements italiens. Le gouvernement de la maison d'Espagne, sous le ministre Tanucci, sous la reine Caroline, sous le ministre Acton lui-même, ministre odieux par son caractère d'étranger, mais très progressiste, avait fait faire à la noblesse et à la bourgeoisie des provinces méridionales des progrès très prompts et très réels vers la liberté représentative. Le régime consdtutionnel, introduit par les Anglais en Sicile pendant les dernières années de leur suprématie dans l'ile, avait passé le détroit, s'était propagé jusque chez les barons du royaume : féodalité municipale acceptée du peuple. Enfin le règne tout français de Murât, prince militaire, héroïque, chevaleresque et bon, avait façonné le royaume à l'imitation

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des gouvernements libéraux revenus en France avec la Restauration. Les mœurs s'étaient libéralisées, l'administration s'était régularisée, les habitudes de libertés municipales s'étaient enracinées : tout était préparé par l'influence même des carhonari aux élections éclairées et modérées propres aux premiers moments d'une révolution en ordre. Cette basse envie des démocraties prolétaires qui ne veulent qu'abaisser ce qui les dépasse, ce qui les protège et ce qui les guide, n'avait pas eu le temps de naître et de se pervertir dans les populations sans industrie et par conséquent sans prolétaires de l'Italie. Les élections dans le scrutin de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple agricole étaient saines comme ces classes. Le parlement était l'honneur de la révolution, et conservateur comme l'esprit conservateur dont il était sord. Tout ce qu'il y avait de hautes existences, de grands noms et de talents remarquables dans la magistrature, dans l'armée, dans la cour et dans le barreau, y formait une majorité régulatrice et respectée. La populace seule, nombreuse à Naples, et soulevée par les émotions du carbonarisme, s'était formée en club et organisée en facdon impérieuse contre la sagesse parlementaire.

lyS LAMARTINE PAR LUI-MÊME

Cette populace agitée s'était portée en masse dans les tribunes et autour de la salle des séances du parlement, le jour où les ministres lui soumirent la demande du roi de s'absenter du royaume pour se rendre à l'invitation suspecte du congrès de Troppau. La plus haute éloquence d'Etat représentée par Borelli, par le baron Poerio, par le colonel Pepe, autre officier d'un grand mérite, du même nom que le général Guillaume Pepe, et que Florestan Pepe, vainqueur de la Sicile, parlèrent, sous les menaces et les vociférations des carhonari, avec le calme, la grandeur et l'impassibilité des orateurs de Rome devant Catilina. Ils emportèrent, chacun par des motifs différents, une résolution noble et respectueuse qui, en imposant au vieux roi des conditions patriotiques et des serments suspects, l'autorisait cependant à se rendre à Troppau.

Les carhonari, indignés, firent accourir des provinces les plus rapprochées les milices révolutionnaires à leurs ordres, prêtes à s'opposer par la force à l'exécution du vote du parlement. Naples, pendant quelques jours, présenta l'apparence de deux camps, prêts l'un à attaquer, l'autre

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