LIVRE TROISIÈME
à défendre le palais, La garde royale se montra résolue à faire observer à la fois le vote du parlement et l'indépendance de la majesté royale. Le duc de Calabre se conduisit en politique consommé, protégeant d'un côté son père et son roi, et d'un autre côté négociant l'obéissance raisonnée avec les chefs du parlement comme avec les chefs des carhonari, devenus plus maniables dans la main des hommes à deux faces qu'on était parvenu à gagner.
M. de Fontenay et moi-même, nous fûmes appelés secrètement au palais à des entretiens confidentiels avec la famille royale pour sonder les vues de notre gouvernement et pour prêter au départ du roi les conseils et les assistances diplomatiques que cette difficile démarche demandait. Ce fut dans ces crises de la cour de Naples alarmée, mais toujours digne, que j'appris à modifier mes opinions sur la prétendue puérilité du vieux monarque et sur la duplicité de sa famille. C'était un préjugé de la haine jacobine contre cette cour. Son chef, le vieux roi, montrait dans ces entretiens une politique innée et expérimentée qui jugeait très sainement et même très jovialement l'inconsistance de son peuple, et qui raillait très spirituellement ses démonstrations héroïques. Le duc de Calabre, le prince Léopold, la princesse son épouse et sa fille ainée, nous inspiraient autant d'intérêt pour leur cause, que la beauté de celle qui, depuis, fut la reine d'Espagne, inspirait
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de respectueux attrait aux regards du corps diplomatique.
Le chargé d'affaires du Piémont, M. de La Marguerita, représentait alors à Naples l'opposition la plus conservatrice et la plus passionnée contre les carhonari, si bien servis aujourd'hui par Charles-Albert et par son fils Victor-Emmanuel. La maison de Savoie, tour à tour autrichienne jusqu'à la trahison, jacobine jusqu'à la démagogie, lui a fait successivement une vertu ou un crime de ses services. Il a gouverné depuis, sous le règne contradictoire de Charles-Albert, au gré du parti sacerdotal, la poUtique du Piémont. Aujourd'hui proscrit des conseils et des affaires par le même roi, il s'oppose vainement comme orateur aux complicités de sa cour avec les successeurs des carhonari. Comme Alfieri, son compatriote, La Marguerita écrivait alors des tragédies nombreuses dont nous relisions les scènes le soir dans ma petite maison à Chiaja, au miUeu des scènes tragiques d'une révolution que nous étions chargés l'un et l'autre de surveiller et de combattre.
Tels furent mes débuts dans la diplomatie extérieure. Je n'eus à y déployer que du bon